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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 20:28

Il s´agit du dernier préjugé à la mode dans les cercles, décidément très tourmentés, de l´Aikido:

 

Ueshiba Morihei aurait, en réalité, pratiqué le Daito-ryu Aikijujutsu pendant toute sa prolifique carrière martiale en utilisant différentes appellations: Aiki-jujutsu, Aiki-bujutsu, Aiki-budo avant d´opter définitivement pour le terme Aikido. Plus surprenant encore, O´Sensei n´aurait pas apporté de modifications significatives dans l´exécution des techniques, et ne serait pas non plus à l´origine de l´évolution technique et philosophique de l´art constatée après guerre, cette tache ingrate incombant à Ueshiba Kisshomaru, fils du fondateur et à Tohei Koichi.

 

Bien évidemment, cette affirmation est très loin de faire l´unanimité parmi les pratiquants de cet art moderne et, meme si cette nouvelle piste de recherche pourrait, à première vue, préter à sourire, elle mérite néanmoins que l´on y accorde une attention toute particulière.

 

En réalité, cette hypothèse est d´autant plus controversée que Ueshiba Morihei, puis l´Aikikai par la suite, n´ont eu de cesse, à partir des années 1930, de faire disparaitre quasi systématiquement tous les liens qui reliaient la méthode Aikido et son fondateur avec le Daito-ryu Aikijujutsu et sa principale figure de proue Takeda Sokaku.

 

Il est donc relativement surprenant que certains pratiquants d´Aikido s´évertuent à prouver la réalité d´une transmission et d´une continuité  technique entre ces 2 grandes figures du Budo du XX ème siècle bien après leur séparation officielle qui intervient en 1936. Une démarche qui tient bien plus de la gageure que d´une réflexion censée reposant sur des éléments concrets.

C´est à Engaru,en 1915 dans le  nord du Hokkaido que Ueshiba fait la connaissance de Takeda Sokaku, l´un des plus grands maitres d´arts martiaux de l´époque. Ce dernier est issu d´une famille de samourais comprenant de nombreux experts en arts martiaux et enseigne une méthode de Bujutsu qui était autrefois  exclusivement réservée aux seuls hauts dignitaires du clan Aizu: le Daito-ryu (aiki)jujutsu.

 

Ueshiba, un solide trentenaire connu pour sa force herculéenne est complètement dominé par Takeda Sokaku et décide immédiatement de devenir son élève. Ueshiba, qui est à la fois doué et enthousiaste, devient très rapidement un des meilleurs pratiquants de Daito-ryu.

 

Ainsi entre 1915 et 1919, date à laquelle Ueshiba quitte définitivement le Hokkaido, il aura participé à pas moins de 9 sessions d´entrainement d´une durée de 10 jours chacun, un chiffre considérable qui le place sans conteste parmi les élèves les plus assidus de Sokaku.

 

Les relations entre les 2 hommes commencent à se tendre à partir de 1922. A cette époque, Ueshiba est à Ayabe ou il enseigne les technique du Daito-ryu Aikijujutsu à des adeptes d´une secte religieuse connue sous le nom d´Omoto-kyo.

 

Sokaku et le nouveau mentor spirituel de Ueshiba, Deguchi Onisaburo, n´entretiennent pas de relations cordiales, loin s´en faut, sans qu´il soit pour autant possible de définir avec précision le ou les motifs d´une telle inimitié. A l´issue du séjour de Sokaku à Ayabe, entre avril et septembre 1922, ce dernier décerne le Kyoju Dairi (un certificat de maitrise avancée) à Ueshiba.

 

Ce long séjour à Ayabe constitue un véritable tournant dans l´évolution des relations entre Ueshiba et Takeda. En effet, après cette date, il apparait que les rencontres entre le maitre et l´élève se soient réduites comme peau de chagrin puisqu´il n´est possible d´établir avec certitude que 2 contacts entre 1922 et 1936.

 

Il existe beaucoup d´hypothèses sur les raisons profondes et réelles qui ont conduit à cette séparation progressive mais inéluctable. Elles sont à la fois nombreuses et, d´une certaine facon, liées entre elles. Il est évident que la personnalité, la vision du monde, l´orientation religieuse de Ueshiba n´était guère compatible avec celles de Sokaku. Or, ces memes différences vont profondément imprégner l´Aikido de Ueshiba par opposition au Daito-ryu Aikijujutsu de Takeda Sokaku.

 

Par chance, il existe un document tout à fait exceptionnel et miraculeusement préservé datant de 1935 qui nous offre la possibilité de juger des techniques de Ueshiba au cours d´une démonstration d´un art qui ne s´appelle pas encore Aikido dans le dojo du quotidien Asahi-news à Osaka.

L´étude de ce film laisse déjà apparaitre d´importantes différences, et non des moindres, tant dans le fond que dans la forme entre les techniques de Daito-ryu Aikijujutsu, telles qu´elles ont été préservées et transmises par Takeda Sokaku puis par son fils Tokimune, et celles qui seront popularisées à grande échelle sous le nom de Aikido.

 

On notera tout particulièrement l´absence totale de la notion de distance (ma-ai) ainsi que du zanshin. Les uke de Ueshiba se ruent littéralement à l´assaut  et saisissent sans grande conviction le poignet qui leur est tendu avant d´etre projetés. Cette facon de procéder est en complète contradiction avec celle en vigueur en Daito-ryu. En effet, en Daito-ryu, il appartient à l´agresseur de venir saisir tori d´ou l´importance de la distance. C´est cette dernière qui permet à tori de se préparer en appliquant dans des conditions optimales go no sen. Une fois projeté, uke est ensuite maintenu au sol à l´aide d´une multitude de katame waza, toutes plus douloureuses les unes que les autres avant d´etre symboliquement "achevé" (todome).

 

Ce qui est différent par rapport aux autres écoles, c´est que l´on maintient l´adversaire au sol en utilisant le genou.. Puis, on saisit les cheveux de l´adversaire de facon à lui trancher la tete. Il s´agit de la véritable facon d´appliquer la technique en Daito-ryu. On pourrait se demander: "Quel sens cela a t´il à notre époque?" Il s´agit néanmoins d´un concept de base en Daito-ryu. Lorsque l´on maintient un adversaire au sol avec le genou, les mains sont libres. Puis, on peut lui trancher la gorge. Il est impératif de rester vigilant jusqu´à cet instant. Il est également possible de gérer des situations face à plusieurs agresseurs en utilisant nos mains libres dès lors qu´un agresseur a été bloqué au sol avec le genou. C´est l´essence meme du Daito-ryu. Lorsque l´on maintient un adversaire au sol avec tout notre poids corporel concentré dans le genou, l´ennemi ne peut pas se relever. Chaque technique est létale, Aucune technique n´offre d´ouvertures. La méthodologie en Daito-ryu est complètement différente de celles des autres écoles[....] Nous enseignons ces méthodes de facon stricte aux étudiants. Par conséquent, la pratique est violente, et un petit peu différente comparée aux autres types de pratique et également différente de la pratique souple utilisant l´aiki.

 

Takeda Tokimune

 

La citation ci-dessus illustre à merveille les principales différences entre ce qui est enseigné en Daito-ryu et ce que l´on peut constater sur la vidéo de 1935, pourtant estampillée Aikido d´avant guerre, et sur laquelle on ne retrouve aucun des éléments indiqués par Takeda Tokimune. Ma-ai très approximatif, redondance des "attaques", peu ou prou de katame waza, absence totale d´atemi final (todome) et de zanshin. Quant à la forme et à la dynamique de la démonstration, elle préfigure sans l´ombre d´un doute les nombreuses démonstrations à venir après la seconde guerre mondiale. Ueshiba effectue de larges esquives et des tai sabaki très amples face à des attaquants qui se jettent littéralement sur lui.

 

Il apparait donc que Ueshiba avait déjà très sensiblement modifié les techniques et l´esprit du Daito-ryu dans son élaboration personnelle et, ce avant 1935, comme le démontre le film tourné à Osaka. L´hypothèse avancée par certains chercheurs ne résiste donc pas à la plus simple et à la plus basique analyse que l´on prenne en considération l´aspect Aiki ou non. Si le lien historique perdure, la filiation technique est, pour sa part, bien révolue. A ce titre, le terme de Daito-ryu Ueshiba-ha apparait bien peu pertinent tandis que le choix d´Aikido prend tout son sens.

 

 

 

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 10:45

L´expression Waza wo nusumu, littéralement "voler les techniques", est un élément constitutif caractéristique des arts martiaux japonais. Cette formule, pourtant courante, n´est pas toujours bien comprise, ni bien appréhendée par les pratiquants contemporains. En effet, pour beaucoup, voler les techniques d´un modèle trop souvent idéalisé (le maitre local déifié par ses élèves) ou voler des techniques appartement à d´autres méthodes constitue l´essentiel du message.

 

Aussi, bon nombres de pratiquants, de "fondateurs" et d´experts auto-proclamés collectionnent des centaines, voire des milliers de techniques disparates, et généralement peu compatibles entre elles, puisées ça et là, pensant ainsi acquérir une connaissance exhaustive,  elle même garantissant de facto une efficacité majeure en combat.

 

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, certaines méthodes assument entièrement leur choix et en font même un argument d´autorité. C´est le cas notament du très exotique "ju-jutsu" allemand qui énonce fièrement " En 2000, une commission a introduit une remaniement de la méthode de ju-jutsu. Sous le slogan "toujours adapter ce qu´il y a de meilleur dans les différents systèmes de combats", de nouvelles influences, dont certaines n´appartenant pas aux arts martiaux Japonais, ont été intégrées au ju-jutsu au sein d´un système structuré et méthodique". Dans le cas du ju-jutsu allemand, au delà du très classique  triptyque Judo, Aikido, Karate, viennent désormais s´ajouter une poignée de drills basiques "empruntés" aux arts martiaux phillipins, quelques combinaisons s´apparentant vaguement à du kick Boxing et, pour la partie condition physique, de la Zumba. Le résultat, en plus d´être profondement désolant, est absolument indigeste.

 

Néanmoins, cet "exemple" a le mérite d´illustrer parfaitement une dérive toujours plus répandue dans le milieu des arts martiaux, à savoir celle de la copie de la forme externe au détriment du principe, véritable fil conducteur de la méthode, et de la stratégie.

 

Le concept Waza wo nusumu au Japon est très ancien et repose paradoxalement sur une relation Maitre-élève à la fois solide et consentie. L´enseignant dispense son savoir, en général à une poignée d´élèves, sans s´embarrasser véritablement d´explications. Cette pédagogie particulière constitue l´essence même de la relation entre le maitre, qui accepte de montrer une partie de son savoir et de ses connaissances, et l´élève qui s´engage, de son coté, à s´adonner corps et âme à l´étude et à découvrir par lui même ce qui relève réellement du véritable enseignement. A terme, la valeur des découvertes faites par le disciple est sanctionnée par le Maitre qui lui décerne un ou plusieurs titres, le plus généralement sous la forme de makimono (certificats), correspondant au niveau atteint par l´élève dans le Ryu (école).

 

Par définition, tous les élèves n´étant pas égaux aux yeux du Maitre, et la transmission étant réservée à peu d´élus soigneusement choisit, il arrivait que l´expression Waza wo nusumu ait dû être prise littéralement par certains disciples particulièrement perspicaces et  doués qui ont réussi à saisir l´essence des techniques au delà de leurs apparences.

 

Dans l´ouvrage monumental qu´il consacre à Miyamoto Musashi, Tokitsu Kenji révèle certains aspects de l´enseignement martial à l´époque féodale:

 

 

"Garder secrète l’existence d’une technique particulièrement efficace était habituel dans toutes les anciennes écoles d’arts martiaux. La technique secrète était généralement dissimulée sous le couvert d’une autre technique proche.

 

Par exemple, dans l’art du combat à main nue, une technique qualifiée de « coup de pied de clou » est souvent dissimulée sous l’apparence d’un coup de talon. Lorsqu’on s’exerce au coup de pied en maintenant verticalement le pied et en poussant le talon en avant, on pense généralement qu’il s’agit d’un coup de talon. La technique plus subtile et plus dangereuse est de frapper avec la pointe du pied, verticalement vers le haut. Mais, tant que l’on attache son attention au talon, il est quasiment impossible de découvrir l’utilisation de la pointe du pied. Pour dissimuler une technique importante, il était donc usuel de donner une autre explication plausible afin de détourner l’attention d’un éventuel investigateur. Si on cache la totalité, les adeptes d’autres écoles continueront à chercher jusqu’à ce qu’ils trouvent le secret ; mieux vaut céder, au moment juste, une technique plausible. Ainsi satisfaits, ils abandonneront la piste du secret . Telle était l’attitude habituellement adoptée pour transmettre les arts secrets.

 

 

Ce mode de transmission s’est stabilisé au Japon au cours de la période Edo dans le système d’enseignements des techniques, avec l’opposition omote (surface) et ura (arrière ou caché). L’apprentissage d’une école commence toujours par les techniques montrées (omote waza), puis les élèves choisis apprennent les techniques cachées (ura waza). Le passage de l’apprentissage des omote waza aux ura waza exige une ancienneté qui implique confiance et attachement à l’école, ce qui ouvre à une participation à ses secrets. Parfois, on désignait ces techniques du nom de ura gei et omote gei. Il faut comprendre qu’il s’agissait de techniques de combat ou se jouent la vie et la mort. La divulgation faisait l’objet de sanctions mortelles."

 

 

Il est fascinant de voir le degré de raffinement et d´intelligence atteint par certains Maitres et à quel point le culte du secret imprègne le monde des arts martiaux japonais classique.  Il est également possible d´entrevoir le génie et le degré d´abnégation nécessaire, à un "non élu", pour arriver à percer les secrets d´un Ryu et, par conséquent, d´ en "voler" les techniques les plus efficaces. A la lumière de ce que nous apprend Tokitsu Kenji,  il n´est pas non plus difficile de comprendre pourquoi les adeptes qui se sont emparés de ces secrets rechignent à les divulguer.

 

Les Koryu Bujutsu se transmettent traditionnellement au sein d´une même famille, idéalement de père à fils, que ce dernier soit un enfant biologique ou adopté. Seul le successeur désigné a théoriquement accès à l´enseignement le plus secret, le plus caché, le plus fondamental. Au risque de décevoir les "collectionneurs de techniques", la notion même de technique secrète dans les méthodes de combat à mains nues appartient infiniment plus à la légende qu´à la réalité. Il existe, bien évidemment, des techniques dites supérieures qui sont plus efficaces, plus expéditives et plus faciles à mettre en oeuvre que d´autres, mais ces dernières ne constituent néanmoins pas l´essence véritable de l´école, ni la souce de son efficacité.  

 

 Deux adeptes du passé personnifient parfaitement cette conception de l´enseigement. Le premier, Takeda Sokaku a, pendant plus de 40 ans, parcouru inlassablement le Japon afin de transmettre le Daito-ryu Aikijujutsu et de le léguer à la postérité. Le second, Sagawa Yukiyoshi, particulièrement doué, a réussi, au delà de toute attente et alors qu´il n´était pas formellement destiné à être initié au secret de l´école, a voler ce qui faisait de son Maitre un véritable phénomène martial à savoir l´Aiki, une méthode corporelle très raffinée qu´infiniment peu d´adeptes, toutes époques confondues, ont réussi à maitriser. Sagawa, à force de travail et de recherche, a réussi à s´approprier ce qui constiutait la source du pouvoir de Takeda Sokaku. Il ne fait pourtant guère de doutes que Takeda Sokaku ne s´embarrassait pas d´explications, ni de conseils lorsqu´il enseignait. Il se contentait de montrer une technique deux fois uniquement avant de passer à la suivante, à charge pour ses élèves de saisir immédiatement ce qu´il y avait à prendre et de le faire fructifier par la suite.

 

Dans Transparent Power, Sagawa offre de nombreuses reminiscences de son apprentissage sous la houlette de Sokaku qui permettent de prendre conscience à quel point l´expression Waza wo nusumu prend ici tout son sens.

 

Le successeur dédigné de Sokaku, son troisième fils, Takeda Tokimune a vraisemblablement bénéficié d´un enseignement plus ciblé comme semblent l´attester ses nombreuses notes  (voir l´article de Eric Grousilliat sur ce point). Pour autant, il est difficile d´imaginer que Sokaku ait fait montre de beaucoup plus de patience et de pédagogie à l´égard de son propre fils qu´il  n´en avait démontré à ses élèves les plus proches.

 

Pour conclure, plusieurs conditions sont nécessaires pour "voler des techniques". Nécessaires, incontournables et cumulatives. Il faut, dans un premier temps, suivre l´enseignement d´un véritable Maitre, s´investir inconditionnellement dans la pratique (avec les difficultés que la vie moderne implique) et saisir chaque occasion de mettre en pratique ce qui a été si chèrement acquis. Les temps changeant, d´authentiques experts aux capacités très largement supérieures à la norme ont décidé de rendre leur enseignement accessible à qui souhaite faire évoluer sa pratique. Akuzuwa Minoru de l´Aunkai, Hino Akira ou encore Kuramoto Nariharu font partie de cette nouvelle catégorie d´enseignants qui enseignent ouvertement les principes les plus profonds de leur méthode.

 

Cette ouverture d´esprit et cette générosité ne saurait toutefois s´affranchir du travail personnel et pour rester dans le ton du sujet, il ne faut pas oublier que selon la formule consacrée "le véritable enseignement n´est pas de te parler mais de te conduire". Certaines traditions s´inscrivent résolument dans la durée, pour le plus grand bénéfice de ceux qui se donnent la peine de suivre la voie.

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 14:12

Le terme Aiki a été popularisé au sortir de la seconde guerre mondiale par Ueshiba Morihei (1883-1969) le fondateur de l´Aikido, un art martial moderne japonais. Si l´Aikido est un art relativement récent, le terme Aiki qui en compose partie du nom est, pour sa part, beaucoup plus ancien ou, plus exactement, renvoit à une méthode corporelle dont l´origine précise se perd dans les méandres de l´histoire des arts de combat.

 

En terme de chronologie, le terme "Aiki" est vraisemblablement couché sur le parchemin pour la première fois (il convient de considérer qu´il s´agit  là du document le plus ancien retrouvé et préservé à ce jour) en 1858 sur un makimono, pour l´exactitude, appartenant à une Koryu, la Toda-ha Buko-ryu, spécialisée dans les techniques de naginata (arme longue à lame courbe).  En dépit des apparences et des tentatives de récuparation, il est sage de ne voir ici qu´une simple homonymie.

 

C´est entre la fin du XIXème et le début de XXème siècle que le concept Aiki apparait dans le contexte des arts de combats à mains nues. En effet, c´est à cette époque qu´un Aizuppo, descendant en ligne directe du fameux seigneur de la guerre Takeda Shingen, fait une apparition fracassante sur le devant de la scène en la personne de Takeda Sokaku.

 

Pendant plus de 40 ans, Takeda Sokaku va inlassablement parcourir l´archipel nippon, de Koshu en Koshu (séminaires d´une durée moyenne de 10 jours) pour assurer la diffusion et la transmission du Daito-ryu Aikijujutsu faisant entrer de plain-pied l´Aiki dans le paysage martial japonais.

 

 

Tentative de définition sommaire de l´Aiki.

 

 

Si les arts se revendiquant de l´Aiki sont pratiqués par des milliers de pratiquants à travers le monde, aucune définition proposée n´a jamais obtenu, jusqu´à ce jour, un agrément général. Proposer une définition, même sommaire, relève donc de la gageure et s´apparente plus à un exercice d´équilibriste sur une corde raide, sans filet, en extérieur et par grand vent, qu´à une simple formalité. Obtenir un consensus est d´autant plus difficile que le terme Aiki est utilisé par différentes écoles, elles mêmes divisées en plusieurs courants, et qui n´ont pas la même appréciation et la même compréhension du mot.

 

Je me limiterai donc à donner une définition par nature empirique et qui n´a pas vocation à être acceptée comme représentative ou exhaustive du concept. L´Aiki décrit une capacité technique d une très grande technicité atteinte par le pratiquant sur la base d´une méthode corporelle universelle et qui repousse les limites purement physiques des techniques dites conventionelles. Cette capacité s´obtient à travers le triptyque suivant: Kata keiko (étude des techniques de base et avancées de l´école), Tanren ( travail de conditionnement en solo mettant l´accent sur différents aspects), et  Randori (applications libres avec partenaire).

 

Aiki consiste en la capacité immédiate et spontanée à impacter très sensiblement l´adversaire lors d´une confrontation physique afin de pouvoir, dans un premier temps, reprendre la main, puis, de porter le combat à son terme le plus rapidement possible sans utiliser indûment de la force, ni en créant des tensions structurelles perceptibles et exploitables pour l´adversaire. Dans sa version "défensive", l´Aiki est quasi exclusivement go no sen, c´est à dire une réaction appropriée face à une sollicitation aggressive et qui permet de reprendre le contrôle de la situation.

 

Au niveau du ressenti, l´Aiki annule la force de l´adversaire ou bien lui interdit de s´en servir ce qui revient peu ou prou à la même chose et ce, à l´instant du contact. L´effet et l´impact sont donc très déconcertant pour qui les subit car il n´y a aucun moyen de s´en prémunir tant cette sensation est étrangère aux différents arts de combat "classiques".

 

Si on ne peut pas affirmer qu´il s´agit d´une force supérieure stricto sensu, on peut en revanche se risquer à dire que l´Aiki est une force non conventionelle contre laquelle un non initié (en Aiki ou en force interne) n´a guère de chances de s´en sortir tant il perd le contrôle de son propre corps.

 

On prétend, probablement avec raison, qu´une image vaut mille mots. J´ai donc sélectionné certains clichés de pratiquants ayant obtenu un excellent niveau en Aiki. Certains sont très connus, d´autres moins. L´avantage des photos c´est qu´elles arrivent à saisir les réactions des Uke (personnes qui subissent la technique) qui ne durent généralement qu´une fraction de seconde (et donc difficilement perceptible à l´oeil nu) mais qui prouvent de façon incontestable que l´impact au contact a bien été ressenti. Aussi est il intéressant de s´intéresser à la structure corporelle défaillante de Uke plutôt qu´à celle de Tori.

 

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Une illustration quasi parfaite du principe Go no sen par Takeda Tokimune Soke. Alors que Uke s´apprête à dégainer son sabre, Takeda Tokimune Soke intervient avant que le geste n´ait pu se développer, simultanément il frappe aux yeux en pique, une technique appelée Metsubushi.

 

 

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Défense contre Kubijujijime (étranglement en croix) par Takeda Tokimune Soke, dès la saisie, Uke est immédiatement déséquilibré vers l´arrière alors que son attaque était censée lui apporter un avantage décisif.

 

 

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Sagawa Yukiyoshi Sohan en action, l´impact sur Uke est très puissant tandis que Sagawa Sohan se déplace à peine pour un effet maximal.

 

 

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Sato Norio Sensei applique l´Aiki à partir d´une saisie sur le poignet à Kodama Goro Sempai au Hombu Dojo de Kitami (Hokkaido). Il est possible à partir d´un mouvement à la fois simple et souple de provoquer une contrainte articulaire douloureuse.

 

 

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Nakano Sensei déséquilibre Kodama Goro Sempai au Budokan de Kitami. A partir d´un mouvement tout en relachement et en souplesse, Nakano Sensei déstructure complètement Kodama Sempai qui décolle lègèrement du sol à l´impact, les épaules entravées. Notez la puissance et la soudaineté de l´impact sur le visage de Kodama Sempai.

 

 

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Akuzawa Minoru Sensei aux prises avec son élève Christophe Ksiazkiewicz aka Kiaz, instructeur certifié d´Aunkai et pratiquant émérite. Sur une saisie pourtant vigoureuse et assurée, Akuzawa Sensei déséquilibre Kiaz, un solide gaillard pourtant peu coutumier du fait, en se déplacant légèrement. A la surprise générale, Kiaz est repoussé vers l´arrière et perd le bénéfice de la prise d´initiative. Il est à noter, cependant, que Akuzawa Sensei ne désigne ses capacités extraordinaires en utilisant le terme Aiki, mais plutôt celui de force interne.

 

 

Il existe bien d´autres clichés illustrant le principe Aiki, j´en ai choisit quelques uns qui me plaisaient particulièrement, soit parce qu´ils ont une valeur historiques et qu´ils rendent un hommage amplement mérité à des grands noms du passé qui ont réussit à transmettre ce patrimoine fantastique, soit parce que j´ai moi même été témoin de ces moments qui sont particulièrement impressionants et inspirants, que l´on soit dans la position de simple spectateur ou dans celle de Uke.

 

En guise de conclusion je rappelerai ce que Sagawa Sohan considérait comme fondamental dans l´étude des arts martiaux:

 

"La pratique intermittente, quelle que soit son degré d´intensité, est parfaitement inutile. Vous devez pratiquer chaque jour de votre vie. Ceci, et ceci uniquement, constitue le véritable entrainement ou Shugyo".

 

 

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 10:56

Le titre de l´article est volontairement affirmatif et il n´est pas de moi. Il s´agit de la traduction littérale d´une vidéo que l´on peut dénicher sur le net. Comme beaucoup de vidéos, elle traite de l´Aiki et a la prétention de donner des pistes de travail visant à l´acquisition de ce principe à la fois traditionnel et mystérieux des arts martiaux japonais, lui même probablement hérité d´un creuset encore plus ancien originaire d´Asie centrale.

 

La vidéo est proposée par la Daito-ryu Saigo-ha Shodokai dirigée par Sogawa Kazuoki. Comme son nom l´indique, il s´agit d´une école de Ju-jutsu qui se réclame du Daito-ryu mais qui revendique une filiation parralèle: celle de Saigo Tanomo, un ancien haut dignitaire (hittōgarō ) du clan Aizu principalement connu pour les liens étroits qu´il aurait entretenu avec deux grandes figures des arts martiaux japonais du début du XXème siècle: son fils adoptif Saigo Shiro et un certain Takeda Sokaku.

 

Sogawa Kazuoki est également un auteur prolifique: de nombreux ouvrages et pas moins de 7 DVD sont à découvrir.

 

L´authenticité de ce groupe, et plus particulièrement de sa filiation, est néanmoins très controversée dans le monde du Daito-ryu. La plupart des chercheurs s´accordent pour dire que la version historique des faits proposée par la Saigo-ha est très vraisemblablement apocryphe. Un constat que semble confirmer les vidéos publiées par ce groupe. Si l´expertise de Sogawa est évidente et ne souffre guère de contestations, le lien avec Aikido est très apparent et constitue probablement la matrice technique du système martial élaboré par Sogawa.

 

 

 


 

 

La vidéo propose différents mouvements à effectuer en solo ou avec un partenaire. On y retrouve des exercices de respiration, des suburi et des déplacements en shikko parmi d´autres. A chacun de se faire une idée sur la validité de ce qui est proposé et, selon les avis, d´y trouver ,éventuellement, une source d´inspiration et matière à réflexion.

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 08:58

 

Autant le confesser immédiatement, un OVNI ne s´est pas posé dans mon jardin et je n´ai pas non plus rencontré d´improbables petits hommes verts à la technologie très avançée. En revanche, j´ai récemment eu la chance, car c´est en une, de rencontrer un artiste martial aux capacités extraordinaires lesquelles m´ont tout naturellement inspiré le titre de ce compte rendu.

 

Une chose est néanmoins sûre: lorsque l´on évoque Akuzawa Minoru Sensei et, par extension, l´Aunkai, il convient préalablement de se munir de son dictionnaire des synonymes et de se rapprocher de la rubrique des superlatifs si l´on souhaite éviter les répétitons.

 

J´ai donc participé du 20 au 24 octobre dernier à la formation intensive Aunkai qui s´est tenue à Villars les Dombes. J´avais découvert l´Aunkai par l´intermédiaire de Kiaz en décembre 2013 et suite à cette rencontre, je m´étais promis de rencontrer un jour le fondateur de cette méthode. A ce titre, la tenue d´une formation intensive s´étalant sur 4 jours correspondait tout à fait à ce que je recherchais.

 

Je dois également avouer que j´étais intrigué par le parcours de Akuzawa Sensei et que je demandais quels pouvaient être les éléments communs entre l´Aunkai et ma pratique, le Daitō-Ryū Aikijūjutsu, et si leur éventuelle pratique conjointe était envisageable. Je savais également que Akuzawa Sensei avait fait un passage par l´un des Dojo les plus mystérieux et inaccessible du Japon: le Sagawa Dojo et j´étais curieux de savoir si l´on retrouverait des éléments de cette forme particulière du Daitō-RyūAikijūjutsu dans l´Aunkai.

 

Ce qui suit est un compte rendu de ces 4 jours de pratique sans affabulations complaisantes, ni exagérations. Il va sans dire qu´en raison de mon inexpérience en Aunkai et de ma compréhension forcement limitée de cette méthode, mes propos pourront sembler inexacts, incomplets voire complètement hors sujets aux pratiquants autrement plus avancés que moi. Si cela devait être le cas, je les invite à me corriger sans tarder.

 

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                                                             Akuzawa Minoru Sensei fondateur de l´Aunkai

 

 

1. Le gel mental.

 

Aussi étrange que cela puisse sembler, j´ai rencontré Akuzawa Sensei quelques minutes seulement après son arrivée. J´imagine qu´il a du voir les Kanji Daitō-Ryū brodés sur mon Gi et que cela a du l´amuser. Nous en avons donc profiter pour parler de Daitō-Ryū Aikijūjutsu et de son expérience au sein du Sagawa Dojo. Akuzawa Sensei me confirme ce que je savais dèjà, à savoir qu´il n´a pas réellement appris de techniques stricto sensu au sein de ce Dojo.

 

La formation commence avec toute une série d´exercices propres à cette méthode réellement étonnante dans lesquels je me noie littéralement. A un certain moment, Akuzawa Sensei s´approche et me demande de la frapper en tsuki au torse. Je m´éxecute et mon poing vient s´écraser contre son torse. Il me demande alors de recommencer avec un petit sourire mais en précisant de frapper un peu plus fort. Je frappe alors d´une façon plus décidée. Au moment ou moin poing va toucher le corps de Akuzawa Sensei, il est inexplicablement stoppé par un mouvement de sa main souple et imperceptible provoquant chez moi ce qu´il convient d´appeler un „gel mental“ dans le sens ou j´ai été, l´espace de quelques secondes, complètement paralysé par ce qui venait de se passer. Mon coup, au moment même ou l´impact allait se produire, avait été complètement absorbé sans effort et apparement sans mouvement de la part de Akuzawa Sensei. Pire encore, j´ai été absolument incapable de réagir ou d´enchainer complètement abasourdi par ce qui venait de se produire ce qui dans une autre situation aurait été autrement plus dommageable.

 

Nous avons reproduit l´exercice plusieurs fois et à chaque fois mes coups ont été totalement absorbés comme si je n´avais personne en face. Dans le même temps, je ressentais une formidable énergie irradier autour du Hara de Akuzawa Sensei et qui se propageait. A plusieurs reprises, j´ai du reculer tellement cette énergie était puissante, j´irai même jusqu´à dire, effrayante. Pour la première fois, j´ai compris ce qu´ont pu ressentir certains adeptes du sabre lorsqu´ils faisaient face à d´authentiques experts et qu´ils étaient vaincus avant même d´avoir engagé physiquement le combat.

 

En ce qui me concerne, j´ai immédiatement pris conscience de l´abime qui sépare mes „capacités“ de celles de Akuzawa Sensei, la différence de niveau n´est pas importante, elle est tout simplement abyssale.

 

 

 

 

2. L´annulation de la technique.

 

Le deuxième jour de la formation a également été l´occasion de constater la profondeur et la puissance phénoménale de la forme de coprs de Akuzawa Sensei. Nous avons, à un certain moment, travaillé Aiki nage (Age Te en Aunkai). Si les noms sont légèrement différents, le principe est, pour sa part, identique. Il s´agit de faire chuter le partenaire depuis la position idori (à genoux) tandis que ce dernier nous maintient fermement les mains sur les genoux. Pour que l´exercice soit considéré comme utile, il convient de ne pas exercer une force musculaire brute mais au contraire de ne pas solliciter les épaules outre mesure et, d´une certaine façon, d´aller chercher la „force ailleurs“ tout en restant parfaitement décontracté.

 

Pratiquer cet exercice avec Akuzawa Sensei a été une expérience formidable. Que je maintienne ses mains ou non, j´ai systématiquement été projeté sans jamais avoir pu opposer un semblant de résistance. Le corps de Akuzawa Sensei n´offre pas de prises sur lesquelles s´agripper. A aucun moment, je n´ai eu la sensation que j´allais pouvoir, sans mauvais jeu de mots, reprendre la main. Dès que j´initiais un mouvement pour me libérer de sa prise ou le retenir, j´étais projeté immanquablement. La prise de Akuzawa Sensei est également très singulière, on a l´impression qu´un cadenas vient d´être posé sur notre main. La prise est douce et presque imperceptible et pourtant le poignet est pris sans parler de la force de gravité qui s´exerce sur ce dernier.

 

Akuzawa Sensei étant très pédagogue et très patient, j´ai eu l´opportunité d´essayer différentes combinaisons techniques pour me dégager de sa saisie. En vain, la forme de corps et la maitrise exceptionnelle de Akuzawa Sensei ont complètement annulé toutes mes tentatives, déséspérées à ce point, de lui appliquer avec succès une technique. J´ai alors réalisé que ce n´était pas un abysse qui nous séparait mais plus simplement une dimension.

 

photo-15-1.jpg

                                                                           Aiki nage par Sagawa Yukiyoshi

 

 

3. Une technique, mille techniques.

 

Une fois passé le choc des deux premiers jours, et avec l´aide de certains participants à la formation intensive, j´ai commencé à entrevoir ce qui constitue l´originalité de la méthode. A partir de quelques mouvements de base et de principes se déclinent une série pratiquement illimitée de techniques librement applicables selon les circonstances. Je dois avouer que sans l´aide, la patience et les explications de certains pratiquants avançés d´Aunkai, j´aurais probablement traversé la semaine comme une âme en peine et que je n´aurais absolument pas compris certains éléments clés de la méthode.

 

L´Aunkai est un Bujutsu mais, contrairement aux autres écoles de Bujutsu ou l´on enseigne des techniques au travers de Kata qui contiennent des principes, en Aunkai on enseigne une „forme de corps universelle“ qui au fil de la pratique se transforme en techniques. Acquérir un corps Aunkai, c´est à dire connecté, souple, débarrassé de toutes les tensions superflues, relâché tout en restant puissant et prêt à toute éventualité est le but de la pratique. Le corps et, par extension l´esprit, s´affranchissent de la technique en étant tout simplement actifs. Je bouge donc j´agis pourrait être une tentative de définition.

 

 

 

4. La méthode qui transcende toutes les méthodes.

 

L´Aunkai est il compatible avec d´autres arts martiaux? Après mûre réflexion, j´en suis intimement persuadé. Peu importe le style ou la stratégie, un pratiquant avec l´esprit suffisament ouvert et la volonté nécessaire ne peut que tirer que des bénéfices de la pratique de l´Aunkai même si cela implique dans un premier temps de revenir sur un certains nombres d´acquis et d´accepter la sensation de régresser. Dans un premier temps, il convient de se débarrasser de toutes les tensions inutiles qui parasitent immanquablement le corps en l´empêchant d´exprimer pleinement son formidable potentiel, d´acquérir souplesse et relachement tout en restant actif et réactif, d´avoir conscience de la puissance de la gravité et de l´importance fondamentale de la connexion. Apprendre à générer une puissance supérieure d´une manière différente ne devrait laisser aucun adepte sérieux totalement insensible.

 

S´il semble évident que tous n´atteindront pas un niveau comparable à celui de Akuzawa Sensei, loin s´en faut, les bienfaits à tirer de la méthode restent néanmoins indéniables. L´Aunkai ouvre une porte vers une autre façon de penser, de concevoir les arts martiaux. Plus important encore, Akuzawa Sensei est en mesure de prouver la validité de sa méthode avec des explications claires, détaillées et dépourvues de tout mysticisme. Surtout il est capable de les appliquer systématiquement et invariablement avec succès face à des pratiquants chevronnés, pour la plupart enseignants, non complaisants et déterminés. En tant que pratiquant de Ju-jutsu, j´ai été absolument époustoufflé par certaines techniques effectuées par Akuzawa Sensei telles Shiho nage, Kote gaeshi et d´autres encore. Connaitre leur degré de difficulté et voir avec quelle facilité elles sont exécutées laisse littéralement sans voix. A ce jour, je n´ai jamais vu un adepte allier précision technique avec une telle vitesse d´exécution. Il est tout aussi superflu de parler de la formidable puissance de frappe de Akuzawa Sensei tant elle hors norme.

 

Akuzawa Sensei est, à n´en pas douter, de la trempe de Takeda Sokaku, de Ueshiba Morihei ou de Sagawa Yukiyoshi pour ne citer que des experts japonais. Nous devons mesurer la chance que nous avons d´avoir l´opportunité de pourvoir benéficier de son enseignement et de sa formidable ouverture d´esprit.

 

 

5.(relativement) jeune deshi cherche Mao pour relation à long terme.

 

 

S´il est un devoir que chaque pratiquant doit avoir vis à vis de lui même et de sa pratique, c´est bien celui de l´honnêteté. Sans nécessairement pousser l´introspection au niveau d´un Luigi Pirandello, un pratiquant doit savoir reconnaitre quand le moment est venu de donner une nouvelle impulsion à son parcours afin de poursuivre sa progression et d´acquérir de nouvelles capacités. L´Aunkai est une méthode formidable à l´image de son fondateur. Loin d´être facile, elle implique une profonde remise en cause de nos acquis, de nos habitudes, de nos certitudes, de notre façon de penser et de concevoir l´affrontement. Elle suppose également de parvenir à un compromis historiquement difficile à obtenir: allier compréhension intellectuelle et gestuelle du corps spontanée, les deux étant très rarement compatibles.

 

Les exercices créés par Akuzawa Sensei vont dans ce sens, ils sont absolument indissociables de la méthode et ne peuvent, à mon avis, en aucun cas être négligés sous peine de passer complètement à côté de ce qui est l´essence de l´Aunkai. Il convient donc de les pratiquer quotidiennement, correctement et en gardant bien à l´esprit qu´il récelent probablement en eux d´autres principes et enseignements qui ne pourront que s´acquérir et s´apprécier qu´avec l´expérience et une certaine forme de conscience.

A ce titre, les mots de Sagawa Yukiyoshi prennent tout leur sens. „La pratique intermittente, quelle que soit son degré d´intensité, est parfaitement inutile. Vous devez pratiquer chaque jour de votre vie. Ceci et ceci uniquement constitue le véritable entrainement ou Shugyo“.

 

 

 

Enfin, je souhaiterais remercier tous les partenaires qui ont fait preuve d´une infinie patience, d´une grande pédagogie, d´amitié et de sympathie vis à vis d´un pratiquant très inexpérimenté qui a certainement du les ralentir dans leur apprentissage. Je leur adresse mes plus sincères remerciements en espérant pouvoir leur retourner un beau jour la faveur.

 

Merci également à l´organisateur Kiaz de m´avoir permis de participer à cette formation.

 

 


 

 

 

 

 

 


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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 16:07

Besser ein Ende mit Schmerzen, als Schmerzen ohne Ende.

 

 

C´est avec une grande tristesse que nous avons tout récemment appris le décès de Sano Matsuo Shihan, élève direct de feu Takeda Tokimune et fondateur du Daito-Ryu Aikijujutsu Shiseikan. Depuis environ 3 ans, Sano Shihan souffrait d´une maladie qui l´a progressivement éloigné des tatami. Il ne participait plus, en effet, qu´au traditionnel Keiko du dimanche matin au cours duquel, contraint par la maladie à rester assis, il pratiquait le Junbi Taiso avec une volonté et une énergie remarquable.

 

Sano Shihan a consacré sa vie à l´étude puis au développement du Daito-Ryu Aikijujutsu en Hokkaido, puis dans en Europe. A la fin de la seconde guerre mondiale, les contraintes de la vie professionelle le mènent en Hokkaido, à Abashiri pour l´exactitude, ou il apprend qu´un certain Takeda Tokimune enseigne un style de Ju-jutsu encore relativement peu connu du grand public: le Daito-Ryu Aikijujutsu.

 

Le Keiko est assurement rude et physiquement éprouvant sous la conduite sévère mais bienveillante de Takeda Tokimune. En 1956, le Daitokan Dojo, solide batisse en bois construite sur la propriété de Takeda Tokimune Soke est inauguré. C´est dans ce Dojo que certains des grands noms de l´école Daito seront formés. Parmi eux, Suzuki Shinpachi Shihan, dont on prétend qu´il fut le meilleur élève de Takeda Tokimune, Kato Shigemitsu Shihan, Arisawa Gunpachi Shihan et bien évidemment Sano Matsuo Shihan. Avec la disparition de ce dernier, c´est une page entière de l´histoire du Daito-Ryu Aikijujutsu qui se tourne de manière inexorable. Sano Shihan était connu pour sa grande maitrise de l´Aiki et pour son terrible kote gaeshi. Je garde, à titre personnel, le souvenir d´un homme d´une très grande et sincère humilité, au regard intimidant et à la passion débordante.

 

 

Ci-après un court extrait d´une émission qui lui avait été consacré alors qu´il était encore en bonne santé.

 

 


 
Une autre vidéo de Sano Shihan éditée par la société BAB.

 

 

Il est difficile d´exprimer avec ces quelques lignes toute notre gratitude et notre reconnaissance à Sano Shihan pour la générosité dont il a fait montre tout au long de sa vie. Nous exprimons nos plus sincères condoléances à la famille de Sano Shihan ainsi qu´à nos Maitres, amis et partenaires de Keiko de Kitami. A nous désormais de préserver et de transmettre le formidable héritage technique que nous a légué Sano Shihan.

 

 

 

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 11:43

 

yojokun

 

Yojokun,  les leçons sur la culture de la vie est un ouvrage rédigé au début de la période Edo par un Samourai originaire de Kyushu, Ekiken Kaibara (1630-1714).

 

Le livre répresente la somme de plus de 60 années de recherches et d´observations visant à préserver la santé, la vitalité et la qualité de vie de l´Homme et, ce,  jusqu`à un âge avancé. A ce titre, il peut être considéré comme un guide destiné à la classe des Samourai.

 

Pour Ekiken, la prévention, associée à  la modération,  est la clé fondamentale qui permet de préserver la santé et la longévité du corps.

 

Comme il est dit dans le classique de la médecine interne de l´Empereur jaune:

 

"Ecoutes mes paroles: Guérir une maladie qui s´est déjà développée ou tenter de résoudre un trouble qui s´est déjà manifesté équivaut à commencer à creuser un puit alors que tu as déjà soif ou à fabriquer des armes une fois la bataille terminée. Ne serait il pas déjà trop tard?"

 

Ekiken partage cette conviction et la développe tout au long de son monumental ouvrage. Il affirme en outre que:

 

"Au moment de sa naissance, chaque individu, à de rares exceptions près, se voit attribuer un corps prédisposé pour durer 100 années. La façon dont nous en prenons soin au niveau mental, spirituel et physique déterminera si nous  serons en mesure de vivre notre vie au maximum de sa plénitude, en en jouissant du début jusqu´à la fin. L´élément clé se trouve dans la modération, dans le controle de nos désirs, dans l´appréciation des choses justes et dans nos capacités de régulation de la force vitale qui se trouve en nous."

 

Ekiken est généralement considéré comme l´un des intellectuels les plus éminents de son temps. En tant que Samourai, il est initié à l´art de sabre, de la lance, du tir à l´arc et de l´équitation en sus de sa formation de médecin. Véritable érudit, il s´intéresse également à la botanique, à l´agriculture, à l´astronomie, à la zoologie et, tout naturellement, aux tactiques militaires, liste non exhaustive. Au cours de sa longue vie, il rédige plus de 100 volumes dont le fameux Yamato Honzo, un ouvrage consacré à la faune et à la flore japonaise.

 

Voyageur et chercheur infatiguable, Ekiken s´est également lié d´amitié avec la plupart des scientifiques de son époque. Sa mort en 1714, à l´âge vénérable de 84 ans, après une vie entière consacrée à la recherche est une preuve éblouissante de la pertinence des ses théories en matière de santé. Théories qui aujourd´hui encore n´ont pas à rougir plus de 300 ans après avoir été couchées sur le parchemin.

 

Le Yojokun s´articule autour de 8 chapitres d´une grande richesse et passionants à plus d´un titre.

 

L´ouvrage n´est malheureusement pas disponible, à ma connaissance, en langue française. On le trouve, en revanche, en anglais, en allemand et en italien. Souvent présenté comme une anti thèse au Hagakure, ce classique de la littérature japonaise de la période Edo est à découvrir et à explorer, n´en déplaise à Ekiken, sans aucune modération.

 

 

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 16:38

Les amateurs de Koryu Bujutsu résidant dans la ville éternelle ont d´excellentes raisons de se réjouir. C´est en 1982 à Rome que l´association  ASD Il Ponte a été fondée. Parmi les activités proposées, on y retrouve la pratique du Ju-jutsu et plus particulièrement celle de l´Asayama Ichiden Ryu, l´ une des plus anciennes écoles japonaises.

 

Il est possible de classifier cett école dans la catégorie des Sogo Bujutsu, ces systèmes composites qui proposent l´étude de plusieurs disciplines à leurs adeptes (Ju-jutsu, Kenjutsu, Sojutsu etc...). L´une des particularités de l´Asayama Ichiden Ryu est d´avoir été officiellement enseignée dans de nombreux Han (clans) dont celui d´Aizu à l´époque Edo. La guerre de Boshin qui voit la destruction du clan d´Aizu et la dispersion de ses Samourai a également failli avoir raison de cette école dont seule la partie Tai-jutsu a pu être préservée.

 

 


 

 

 

La vidéo de démonstration ci-dessus illustre bien les éléments techniques caractéristiques d´une Koryu. On peut y apprécier l´intensité de l´intention, la fluidité des mouvements, la vitesse d´exécution, les saisies en gyakute pour une soumission rapide de l´adversaire ainsi que l´ utilisation optimale du corps. D´autres concepts, comme kobo ichi et go no sen, sont également présents.

 

Du fait de la proximité géographique et d´une similitude frappante entre les techniques, certains chercheurs s´interrogent sur les possibles liens de parenté entre Asayama Ichiden Ryu et Daito-ryu Aikijujutsu. Les deux écoles ont également en commun des origines obscures et il est difficile de proposer une version historique qui soit à la fois totalement fiable et dûment documentée.

 

La principale question est de déterminer quelle école a pu avoir une influence sur l´autre et d´en préciser la nature. Les deux systèmes se sont ils cotoyés et enrichis mutuellement au cours des années ou l´un des deux styles a t´il servi de base technique pour l´élaboration du second? Si la réponse ne sera vraisemblablement jamais tout à fait exhaustive, ni satisfaisante, la question, elle, méritait d´être posée.

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 18:45

Après avoir été l´apanage quasi exclusif, pendant des siècles, de la seule classe militaire, les arts martiaux se sont progressivement démocratisés, voire vulgarisés, souvent pour le meilleur mais parfois également, pour le pire.

 

Aujourd´hui de nombreuses tendances se cotoient et se disputent un "marché" visiblement toujours plus lucratif. La mercatique appliquée s´est désormais emparée du monde des arts martiaux, et si l´offre est probablement supérieure à la demande, certains pratiquants ont toutefois réussi à créer de véritables empires.

 

Or si l´offre est très (trop?) importante, la qualité, le sérieux de ce qui est proposé sont loin d´etre égaux d´une méthode à une autre et il est regrettable de constater que certains individus n´hésitent pas à vendre de véritables hérésies à une certaine catégorie de personnes facilement influencables.

 

Les deux vidéos ci-après illustrent à merveille les dérives actuelles de certains systèmes tout en exposant à la fois la crédulité de certains pratiquants d´arts martiaux à la recherche d´une méthode "miracle" et la malhonnêteté caractérisée d´un certain nombres d´organisateurs.

 

Commençons par l´empty force (force vide), un système originaire de Finlande et qui consiste à faire chuter et à soumettre un agresseur grace à des mouvements minimalistes et sans utilisation de force, en d´autres termes sans efforts.

 


 

 

Le résultat final laisse peu de place au doute quant au bien fondé et à la validité du système mais devrait néanmoins amener le pratiquant sérieux à se poser un certain nombres de questions et, en premier lieu, le désormais traditionnel "mais comment est ce possible?" (sous entendu d´en arriver là).

 

 

La seconde vidéo est d´autant plus significative qu´elle met en scène une personnalité relativement bien connue dans le monde des arts martiaux. De surcroît, la méthode en question connait un franc succès à l´échelle de la planète et ce, même parmi des pratiquants de disciplines réputées "sérieuses".

 

 

 


 

 

La méthode en question est le kyusho jitsu développée par un Américain, George Dillman. Là encore, on retrouve tous les éléments classiques de la mercatique appliquée. On notera avec intérêt les photos exhibées par le "fondateur " du style en compagnie de l´acteur Bruce Lee et du formidable boxeur Mohammed Ali assorties de certaines déclarations fracassantes telles que "je peux entrainer au sol la personne la plus forte que vous puissiez trouver avec un seul doigt".

 

Le Kyusho Jutsu est une discipline authentique et ancienne. Elle constitue dans la plupart des écoles japonaises classiques une partie non négligeable de l´enseignement dit caché, voire secret (okugi, hiden, okuden) et n´est pas accessible à tous. Si ces techniques sont susceptibles d´être efficaces, voire déterminantes au cours d´un affrontement réel, elles n´en constituent pas pour autant une méthode miracle ou une garantie de succès. A ce titre, elles font simplement partie de l´une des nombreuses stratégies que l´adepte peut choisir d´appliquer en combat.

 

A l´inverse, le kyusho jitsu tel qu´il est présenté et vendu se veut un système à la fois infaillible et révolutionnaire garantissant une efficacité maximale avec un minimum d´efforts et, surtout, accessible (pour ceux en mesure de payer naturellement) à tous et à toutes. Le conditionnement mental, une certaine forme d´hypnose suggestive et une dangereuse propension  à la crédulité, ou plus simplement un besoin désepéré de croire à l´improbable peuvent partiellement expliquer le succès de ces méthodes et le fait que des pratiquants soient sincèrement convaincus de l´efficacité de ce genre de techniques.

 

Les 2 vidéos présentent au moins un point commun sur lequel il est intéressant de se pencher. Les "Maitres" se révèlent incapables d´appliquer les techniques qu´ils ont pourtant personellement élaborées sur des "sujets" qualifiés de sceptiques, qui ne sont, à priori pas, des sportifs de haut niveau ou des professionnels des arts martiaux et surtout qui n´opposent aucune forme de résistance si ce n´est leur réserve, fort compréhensible au demeurant,  sur la véracité et l´authenticité des méthodes proposées.

 

L´ efficacité absolue, l´absence d´efforts physiques et la facilité d´apprentissage sont pourtant les aspects sur lesquels ces disciplines insistent le plus, promettant monts et merveilles à leurs élèves, toujours plus nombreux, en dépit du caractère hautement discutable de la méthode. Si l´on ne peut s´empecher de sourire en constatant les déconvenues de ces gourous d´un nouveau genre et en écoutant leurs tentatives d´explications pathétiques, il est plus difficile, en revanche, de ne pas s´inquièter face à la montée en puissance du phénomène et de ses possibles dérives. On ne saurait  se montrer trop reconnaissant vis à vis des personnes qui ont le courage de dénoncer de tels agissements et qui n´hésitent pas à s´exposer personnellement.

 

Quant aux chercheurs de méthodes miraculeuses, amateurs de tours de magie, nous nous limiterons à leur conseiller de se mettre à la recherche d´une méthode sérieuse et de bien prendre conscience que la recherche de l´efficacité ne saurait s´affranchir d´ efforts, d´une abnégation totale et d´un investissement personnel sans commune mesure avec ce qui est présenté au cours de ces séminaires. A défaut, l´expérience de la réalité d´une confrontation physique pourrait se révéler très cruelle.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 18:06

La montagne (et le sentier qui la serpente) est une métaphore populaire dans le monde ses arts martiaux pour désigner le chemin à suivre pour arriver (hypothétiquement) au sommet. Il arrive que plusieurs itinéraires menent au final à ce même sommet, indépendament de l´origine du style.

 

 

Tamotsu Miyahira est un pratiquant Japonais de "Bujutsu chinois". Son style, le Tian Xing Jien est percutant, rapide, puissant, fluide et incisif.  Frappes, contrôles articulaires visiblement douloureux, projections, forme de corps très développée font partie intégrante de ce style de Wushu très complet qui n´est pas sans rappeler certaines écoles, précisemment, de Bujutsu japonais.

 

Ci dessous, une démonstration des capacités très impressionantes de Tamotsu (à partir de 3´11)

 

 

 


 

 

Les pratiquants de Budo "reconnaitront" certains classiques comme shiho nage, tekubi osae ou encore shuto zume.

 

 

 


 
On appréciera le relachement de Tamotsu, la génération de puissance, le timing dans l'interception des attaques ainsi que la justesse des déplacements. Autant d'éléments qui constituent la preuve, si besoin en était, d´une universalité certaine des grands principes des arts martiaux.
 

 

 

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