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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 20:28

Il s´agit du dernier préjugé à la mode dans les cercles, décidément très tourmentés, de l´Aikido:

 

Ueshiba Morihei aurait, en réalité, pratiqué le Daito-ryu Aikijujutsu pendant toute sa prolifique carrière martiale en utilisant différentes appellations: Aiki-jujutsu, Aiki-bujutsu, Aiki-budo avant d´opter définitivement pour le terme Aikido. Plus surprenant encore, O´Sensei n´aurait pas apporté de modifications significatives dans l´exécution des techniques, et ne serait pas non plus à l´origine de l´évolution technique et philosophique de l´art constatée après guerre, cette tache ingrate incombant à Ueshiba Kisshomaru, fils du fondateur et à Tohei Koichi.

 

Bien évidemment, cette affirmation est très loin de faire l´unanimité parmi les pratiquants de cet art moderne et, meme si cette nouvelle piste de recherche pourrait, à première vue, préter à sourire, elle mérite néanmoins que l´on y accorde une attention toute particulière.

 

En réalité, cette hypothèse est d´autant plus controversée que Ueshiba Morihei, puis l´Aikikai par la suite, n´ont eu de cesse, à partir des années 1930, de faire disparaitre quasi systématiquement tous les liens qui reliaient la méthode Aikido et son fondateur avec le Daito-ryu Aikijujutsu et sa principale figure de proue Takeda Sokaku.

 

Il est donc relativement surprenant que certains pratiquants d´Aikido s´évertuent à prouver la réalité d´une transmission et d´une continuité  technique entre ces 2 grandes figures du Budo du XX ème siècle bien après leur séparation officielle qui intervient en 1936. Une démarche qui tient bien plus de la gageure que d´une réflexion censée reposant sur des éléments concrets.

C´est à Engaru,en 1915 dans le  nord du Hokkaido que Ueshiba fait la connaissance de Takeda Sokaku, l´un des plus grands maitres d´arts martiaux de l´époque. Ce dernier est issu d´une famille de samourais comprenant de nombreux experts en arts martiaux et enseigne une méthode de Bujutsu qui était autrefois  exclusivement réservée aux seuls hauts dignitaires du clan Aizu: le Daito-ryu (aiki)jujutsu.

 

Ueshiba, un solide trentenaire connu pour sa force herculéenne est complètement dominé par Takeda Sokaku et décide immédiatement de devenir son élève. Ueshiba, qui est à la fois doué et enthousiaste, devient très rapidement un des meilleurs pratiquants de Daito-ryu.

 

Ainsi entre 1915 et 1919, date à laquelle Ueshiba quitte définitivement le Hokkaido, il aura participé à pas moins de 9 sessions d´entrainement d´une durée de 10 jours chacun, un chiffre considérable qui le place sans conteste parmi les élèves les plus assidus de Sokaku.

 

Les relations entre les 2 hommes commencent à se tendre à partir de 1922. A cette époque, Ueshiba est à Ayabe ou il enseigne les technique du Daito-ryu Aikijujutsu à des adeptes d´une secte religieuse connue sous le nom d´Omoto-kyo.

 

Sokaku et le nouveau mentor spirituel de Ueshiba, Deguchi Onisaburo, n´entretiennent pas de relations cordiales, loin s´en faut, sans qu´il soit pour autant possible de définir avec précision le ou les motifs d´une telle inimitié. A l´issue du séjour de Sokaku à Ayabe, entre avril et septembre 1922, ce dernier décerne le Kyoju Dairi (un certificat de maitrise avancée) à Ueshiba.

 

Ce long séjour à Ayabe constitue un véritable tournant dans l´évolution des relations entre Ueshiba et Takeda. En effet, après cette date, il apparait que les rencontres entre le maitre et l´élève se soient réduites comme peau de chagrin puisqu´il n´est possible d´établir avec certitude que 2 contacts entre 1922 et 1936.

 

Il existe beaucoup d´hypothèses sur les raisons profondes et réelles qui ont conduit à cette séparation progressive mais inéluctable. Elles sont à la fois nombreuses et, d´une certaine facon, liées entre elles. Il est évident que la personnalité, la vision du monde, l´orientation religieuse de Ueshiba n´était guère compatible avec celles de Sokaku. Or, ces memes différences vont profondément imprégner l´Aikido de Ueshiba par opposition au Daito-ryu Aikijujutsu de Takeda Sokaku.

 

Par chance, il existe un document tout à fait exceptionnel et miraculeusement préservé datant de 1935 qui nous offre la possibilité de juger des techniques de Ueshiba au cours d´une démonstration d´un art qui ne s´appelle pas encore Aikido dans le dojo du quotidien Asahi-news à Osaka.

L´étude de ce film laisse déjà apparaitre d´importantes différences, et non des moindres, tant dans le fond que dans la forme entre les techniques de Daito-ryu Aikijujutsu, telles qu´elles ont été préservées et transmises par Takeda Sokaku puis par son fils Tokimune, et celles qui seront popularisées à grande échelle sous le nom de Aikido.

 

On notera tout particulièrement l´absence totale de la notion de distance (ma-ai) ainsi que du zanshin. Les uke de Ueshiba se ruent littéralement à l´assaut  et saisissent sans grande conviction le poignet qui leur est tendu avant d´etre projetés. Cette facon de procéder est en complète contradiction avec celle en vigueur en Daito-ryu. En effet, en Daito-ryu, il appartient à l´agresseur de venir saisir tori d´ou l´importance de la distance. C´est cette dernière qui permet à tori de se préparer en appliquant dans des conditions optimales go no sen. Une fois projeté, uke est ensuite maintenu au sol à l´aide d´une multitude de katame waza, toutes plus douloureuses les unes que les autres avant d´etre symboliquement "achevé" (todome).

 

Ce qui est différent par rapport aux autres écoles, c´est que l´on maintient l´adversaire au sol en utilisant le genou.. Puis, on saisit les cheveux de l´adversaire de facon à lui trancher la tete. Il s´agit de la véritable facon d´appliquer la technique en Daito-ryu. On pourrait se demander: "Quel sens cela a t´il à notre époque?" Il s´agit néanmoins d´un concept de base en Daito-ryu. Lorsque l´on maintient un adversaire au sol avec le genou, les mains sont libres. Puis, on peut lui trancher la gorge. Il est impératif de rester vigilant jusqu´à cet instant. Il est également possible de gérer des situations face à plusieurs agresseurs en utilisant nos mains libres dès lors qu´un agresseur a été bloqué au sol avec le genou. C´est l´essence meme du Daito-ryu. Lorsque l´on maintient un adversaire au sol avec tout notre poids corporel concentré dans le genou, l´ennemi ne peut pas se relever. Chaque technique est létale, Aucune technique n´offre d´ouvertures. La méthodologie en Daito-ryu est complètement différente de celles des autres écoles[....] Nous enseignons ces méthodes de facon stricte aux étudiants. Par conséquent, la pratique est violente, et un petit peu différente comparée aux autres types de pratique et également différente de la pratique souple utilisant l´aiki.

 

Takeda Tokimune

 

La citation ci-dessus illustre à merveille les principales différences entre ce qui est enseigné en Daito-ryu et ce que l´on peut constater sur la vidéo de 1935, pourtant estampillée Aikido d´avant guerre, et sur laquelle on ne retrouve aucun des éléments indiqués par Takeda Tokimune. Ma-ai très approximatif, redondance des "attaques", peu ou prou de katame waza, absence totale d´atemi final (todome) et de zanshin. Quant à la forme et à la dynamique de la démonstration, elle préfigure sans l´ombre d´un doute les nombreuses démonstrations à venir après la seconde guerre mondiale. Ueshiba effectue de larges esquives et des tai sabaki très amples face à des attaquants qui se jettent littéralement sur lui.

 

Il apparait donc que Ueshiba avait déjà très sensiblement modifié les techniques et l´esprit du Daito-ryu dans son élaboration personnelle et, ce avant 1935, comme le démontre le film tourné à Osaka. L´hypothèse avancée par certains chercheurs ne résiste donc pas à la plus simple et à la plus basique analyse que l´on prenne en considération l´aspect Aiki ou non. Si le lien historique perdure, la filiation technique est, pour sa part, bien révolue. A ce titre, le terme de Daito-ryu Ueshiba-ha apparait bien peu pertinent tandis que le choix d´Aikido prend tout son sens.

 

 

 

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 20:59

Figthing-spirit-of-Japan.jpg

 

 

 

Nous avons déjà évoqué  dans un précédent article, Jūdo vs Jū-Jutsu, la réalité au delà du mythe,   Ernest John Harrison, journaliste Britannique et fervent pratiquant de Kodokan Judo. Après une brève expérience au sein de la Tenjin Shin´yo ryu à Yokoyama, Harrison obtient en 1911, à Tokyo, le grade de Shodan. Il devient, ainsi, l´un des tous premiers Occidentaux à atteindre ce grade et poursuivra avec passion la pratique du Judo bien après son départ du Japon en 1912.

 

Journaliste de profession, il est également l´auteur d´un ouvrage relativement peu connu du grand public   "Figthing spirit of Japan" qui constitue un témoignage très coloré d´un passé désormais définitivement révolu mais ô combien passionnant pour les amateurs de culture japonaise traditionelle. Sans surprises, le livre traite abondament de Judo Kodokan, la précision a son importance, mais également des aspects plus ésotériques du Bujutsu. A ce titre, Harrison dès 1912, fait allusion à des termes jusque là largement inconnus en Europe, voire même au Japon, tels tanden, bujin, kappo et aiki.

 

Partenaire d´entrainement de Yokoyama Sakujiro et de Mifune Kyuzo!!!  Harrison rencontre au cours de ses pérégrinations un certain  Kunishige Nobuyuki,  expert en Shinden Isshin ryu et directeur technique du Dojo Shidokan  à Shimbashi dans un quartier de Tokyo. A l´instar de nombreux Maitres de Ju-jutsu authentique, Kunishige maitrise plusieurs disciplines martiales: Kenjutsu, Yari (lance), Tessen (éventail de guerre) et "Judo" n´ont guère de secrets pour lui.

 

Kunishige est âgé de plus de 70 ans lorsqu´il fait la connaissance du jeune Britannique. Au cours d´une froide soirée, Harrison, accompagné d´un ami Japonais maitrisant parfaitement l´anglais est, à sa demande, convié au Dojo Shidokan pour assister à une lecture sur les arts martiaux suivie d´une démonstration pratique.

 

"Suite à la requête de Harrison, présent ce soir,  étudiant enthousiaste de Judo et qui a l´intention de rédiger un livre sur les arts martiaux afin de les faire connaitre à l´étranger,  je commencerai donc mon récit bien que je ne retienne pas être la personne la plus qualifée pour le faire.

 

Avant toute chose, il est important que je vous explique la différence entre le Judo, qui découle du Ju-jutsu, et le Taijutsu.

Ce dernier (le Taijutsu) est une partie du Judo et, à mon grand dépit, est souvent confondu avec celui ci. En fait, c´est effictivement le Taijutsu qui est enseigné actuellement dans les écoles de Judo actuelles.

 

(le terme Judo employé ici par Kunishige Nobuyuki ne doit pas être confondu avec le Judo Kodokan fondé par Kano Jigoro N.D.A).

 

Le Taijutsu est une partie, mais n´est pas tout le Judo, gardons néanmoins à l´esprit que le Judo, sans le Taijutsu, perdrait bonne partie de ses fondements et deviendrait, par conséquent, une discipline très difficile à enseigner.

 

La principale différence entre les deux disciplines réside dans le fait que le Taijutsu renvoie principalement à la culture physique tandis que le Judo a pour but d´amener ses adeptes, dans une certaine limite, à pénétrer les secrets de la vie et la mort qui sont contenus dans l´aiki no jutsu.

 

Ainsi, le Taijutsu, qui a comme objectif premier  la culture physique ne prévoit pas l´étude de l´ate tandis que les kuatsu en font partie et sont relativement facile à enseigner.

 

Une rencontre de Taijutsu se termine généralement lorsque l´un des deux adversaires est projeté au sol, tandis que dans le Judo, à proprement parler, les choses ne se déroulent pas de la sorte: le simple fait de projeter au sol l´adversaire n´est pas nécessairement synonyme de victoire puisque le projeté, s´il est expert, pourrait avoir recours aux atemi pour mettre temporairement hors combat l´adversaire.

 

De surcroit, le Taijutsu ne comprend pas, par exemple tsukide et ke-ashi, qui font partie des ate et appartiennent plus précisemment au Judo.

 

Cependant, Taijutsu et Judo sont en étroite relation et il est préférable, pour un étudiant, de commencer par le Taijutsu avant de pratiquer le Judo à proprement parler.

 

Si, en Judo, l´adversaire tente de frapper aux yeux, il faut etre en mesure de se défendre en essayant d´arreter le coup avant qu´il n´atteigne sa cible et, de la sorte, frapper l´adversaire sur un point vital, kyusho, le rendant ainsi inoffensif.

 

Ce coup est un atemi qui est une des caractéristiques essentielles du Judo, par opposition au Taijutsu, lequel comme nous l´avons déjà spécifié, en constitue une partie importante.

 

L´atemi rendra donc l´adversaire inoffensif et il devra, par la suite, être réanimé à l´aide d´une technique de kuatsu ou de kappo.

 

C´est dans ces mêmes atemi que se retrouve l´utilisation réelle d´un art martial entendu pour le combat de survie.

 

Les Maitres de certaines écoles sont enclins à séparer l´enseignement du Judo et du seikotsu (l´art de réduire fractures et autres luxations) tandis que, dans mon école, pour des raisons évidentes, ces deux aspects sont enseignés conjoitement.

 

Les parties vitales du corps sont: ninchu (sous le nez), juka (sous les oreilles), daino (cerveau), kono (occiput), suigetsu (sternum), niuka (diaphragme), ekika (sous les aisselles), hihara (flanc antérieur et flanc postérieur), ces parties sont connues au sein de notre école comme Kiukon (neuf organes vitaux).

 

Un ate porté contre un des ses organes influt sur les organes internes correspondant.

 

J´ai en ma possession des documents, dans lesquels les principaux points vitaux et leur connexion spécifique avec le système nerveux et les organes internes, sont clairement indiqués, mais j´estime nécessaire de les divulger à un nombre restreint de personnes car il s´agit d´informations potentiellement dangereuses surtout si elles devaient venir à la connaissance d´individus sans scrupules. De surcroit, ces informations me furent transmises par un Maitre expert lequel m´a recommandé la plus grande discrétion.

 

 

 

ek-ae kyusho kagami


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                    Planche anatomique désignant les principaux point vitaux du corps humain

 

 

 

Une côte, lorsqu´elle est frappée avec violence, peut se rompre et le kuatsu permet de réparer les dommages s´il est appliqué dans un délai inférieur à deux heures à partir du moment ou le coup a été porté. L´aiki, discipline du seikotsu est particulièrement efficace quand l´ate a touché l´un des 9 organes précedemment cités.

 

Ainsi, les étudiants de Judo ne doivent pas refuser d´apprendre le seikotsu qui peut également leur servir à rendre plus efficace le kuatsu.

 

Le Taijutsu est efficace lorsque l´on affronte peu d´adversaires, mais s´ils sont nombreux, il devient quasiment inutile."

 

 

Afin d´illustrer ses dires, Kunishige relata un épisode s´étant déroulé peu de temps auparavant au comissariat de police ou fut organisé une rencontre entre un maitre de Taijutsu et 3 policiers.

 

 

"Le Maitre devait réussir à projeter chaque policier mais il fut défait parce que les 3 policiers l´empoignèrent solidement l´empechant ainsi de les projeter."

 

Kunishige ajouta qu´avec une préparation appropriée en Judo, il aurait été possible de les vaincre, le Maitre aurait ainsi avoir recours à l´ate et ceci sans pour autant  causer des dégats permanents et en pouvant par la suite annuler l´effet des coups en ayant recours au kuatsu.

 

Au cours de la soirée, Umezawa, l´ami Japonais que Harrison avait amené avec lui pour assister à la lecture, pose la question suivante: "J´ai entendu parler par mon ami Harrison de certaines prouesses que vous effectuez afin de démontrer l´aiki. Oserai je vous demander une démonstration"?

 

Kunishige nous fit asseoir en seiza en me demandant d´agripper fermement  ses oreilles et de tirer le plus fort possible, chose que je fis promptement, je ne suis pas faible et je m´efforçais de tirer sur les oreilles mais cela ne fit aucun effet à Kunishige. Aucune réaction de souffrance ne pouvait se lire sur son visage et il ne bougea pas le moins du monde tout le temps que dura l´épreuve, soit environ une minute, tandis que je me sentais, pour ma part, de plus en plus épuisé, comme si j´essayais de déplacer une énorme statue.

 

A cet instant, Kunishige m´avertit que ma force allait décroitre ultérieurement et, tout en m´incitant à continuer à tirer sur ses oreilles, il recula  en utilisant ses hanches et il me déplaca facilement dans sa direction.

 

Il me proposa ensuite l´exercice suivant: il s´agissait de poser une ou les deux mains sur sa poitrine et de le pousser. Une fois de plus, je fus incapable de le déplacer d´un millimètre et il lui suffit d´exercer une légère poussée pour me faire perdre l´équilibre.

 

Il me demanda ensuite d´essayer de tordre les doigts de sa main vers l´arrière, j´avais beau m´efforcer, ses mains semblaient de marbre et je n´y parvins absolument pas. Pendant ce temps, Kunishige, impassible s´adressait à Umezawa et lui expliquait que s´il pouvait ressentir une douleur, il était complètement indifférent à cette dernière.

 

Nous échangeames les roles mais ni Umezawa ni moi ne furent capables de résister plus de quelques secondes à cause de la douleur importante que nous ressentions.

 

Kunishige fit ensuite un exercice avec l´un de ses élèves, nidan (2ème Dan). Il dénoua la ceinture de son kimono et la passa autour de son cou ainsi que celui de son élève. Il se mirent face à face et l´élève commenca à tirer, non pas uniquement avec la nuque mais également avec les mains, Kunishige, non seulement ne bougea pas mais, en se cambrant, il fit perdre l´équilibre à son élève qui lui tomba dessus.

 

Enfin, Kunishige réussit à nous trainer sans aucun effort à travers la pièce, bien que nous résistions. Ce qui nous impressiona le plus fut l´absence totale de force, de fatigue et de peur chez le Maitre.

 

Deux dernières considérations sont á faire au sujet de Kunishige, non seulement il a plus de 70 ans mais il a également accompli ce genre d´exploit en public face à des Sumotori pesant presque deux fois son poids.

 

 

                                                                                                        Tiré de Figthing spirit of Japan de E.J Harrison.

 

 

Nous constatons donc l´existence d´un savoir ésotérique au Japon au début du XXème siècle, probablement une survivance d´un savoir relativement ancien. Un savoir jalousement gardé et strictement transmis aux adeptes jugés dignes de recevoir de telles connaissances. L´existence de planches anatomiques donnant l´emplacement exact des points vitaux ainsi que informations précises sur la manière de les stimuler à des fins de destruction et/ou de réparation est historiquement attestée (voir à ce sujet les deux ouvrages monumentaux de Fujita Saiko aux éditions Budo). ces techniques ne seront révélées au "grand public" que bien des décennies plus tard. De surcroit, l´auteur pratiquant émérite de Judo et partenaire d´entrainement de Budoka de très haut niveau ne cache pas sa stupéfaction face aux capacités martiales de Kunishige. Son témoignage apparait donc à la fois vraisemblable et crédible, d´autres experts en Budo reproduiront plus tard, au cours du XXème siècle, des "exploits" similaires. 

 

L´apparition du mot aiki dans un contexte exogène au Daito-ryu Aikijujutsu est également très intéressant. La description des prouesses de Kunishige Nobuyuki n´est pas non plus sans rappeler les démonstrations auxquelles Takeda Sokaku, puis ses meilleurs élèves après lui, (Sagawa Yukioshi, Ueshiba Morihei, Yoshida Kotaro, Horikawa Kodo pour en citer quelques uns) se livraient pour impressionner leurs élèves.

 

Si le texte peut apparaitre, par moments,sibyllin, la faute est partiellement imputable au vocabulaire utilisé par Kunishige au cours de sa lecture. Il utilise, d´une part, les termes spécifiques à son école lesquels ont la particularité d´etre généralement incompréhensibles pour des non membres ou des non initiés, tout en désignant, dans le meme temps, des savoirs communs à d´autres écoles authentiques. D´autre part, l´utilisation du mot Judo  ajoute à la confusion. Il est vraisemblable que Kunishige désignait sous l´appelation Judo la pratique martiale totale orientée vers le combat de survie et incluant tout le savoir secret et caché, inaccessible à la grande majorité des pratiquants. Par opposition, Taijutsu désigne une activité physique d´origine martiale mais dans laquelle les aspects les plus profonds de la pratique ne sont pas présents, ni meme abordés.

 

On pourrait se poser légitimement la question suivante: pourquoi un expert tel que Kunishige a t´il tenu à faire la démonstration de ses capacités peu communes à un sujet Britannique, pratiquant le Kodokan Judo de surcroit?

 

Si l´on considère que la grande majorité des pratiquants Japonais de l´époque n´avait vraisemblablement meme pas conscience de l´existence de telles capacités et de leur potentialité, on ne peut qu´etre très surpris par la décision de Kunishige. Ce dernier n´a t´il pas souhaité démontrer à Harrison la profondeur du Bujutsu Nippon et lui faire comprendre que la voie qu´il poursuivait avec tant de zèle était à peine plus qu´une simple pratique physique dont l´efficacité s´estomperait avec le temps? Nous ne le saurons probablement jamais avec certitude, mais la question méritait d´etre posée.


 

 

 

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 15:24

En juin de la même année, le préfet de police Tsuyo Mishima organise une rencontre entre les différentes écoles de Jū-Jutsu de la ville, et le Kōdōkan est sur la liste des écoles invitées. Pour les représentants du Jū-Jutsu ancien, c´est une occasion de prouver leur supériorité et de réduire à néant les prétentions de Kanō. Le tournoi a pour but l´attribution de postes d´instructeurs d´arts martiaux de la police métropolitaine de Tōkyō................ Le jour „J“, les principales écoles de Jū-Jutsu de Tōkyōsont présentes: Ryōi shintōryū, Yōshin ryū, Takenouchi-santo ryū, Sekiguchi-shin-shin ryū, etc., le Kōdōkan, de son coté, est représenté par une équipe dans laquelle sont présents: Tsunejirō Tomita, Sakujirō Yokoyama, Yoshiaki Yamashita, Ichirō Munekata, Katsutarō Oda, Matsujirō Honda, Hoken Iwasaki, Shizuya Iwanami et bien sur l´invincible Shirō Saigō. Les combats commencent dès le matin et voient l´élimination successive de presque toutes les écoles classiques de Jū-Jutsu. Le soir, deux écoles restent en lice pour la grande finale: la Yōshin ryū du Maitre Totsuka et le Kōdōkan de Kanō........

 

...Le jour du tournoi de la police, Yoshiaki Yamashita l´emporte face à TarōTerushima avec une projection debout de type ippon-seoi-nage. Ichirō Munekata étrangle son adversaire jusqu´à l´inconscience, Sakujirō Yokoyamaremporte lui aussi son combat, tandis que Katsutarō Oda fait match nul. Hoken Iwasaki et Shizuya Iwanami furent les seuls à perdre leur match.

 

Le combat vedette est celui qui oppose Shirō Saigō à Entarō Kochi, surnommé le démon de l´´ecole Totsuka [.......]

 

[...]le représentant du Kōdōkan se jette de nouveau sur son opposant et lui applique sa technique favorite: yama-arashi. Kochi heurte lourdement le tatami avec la tete et reste étendu, inconscient sur le sol.

 

Dans l´assistance, le maitre Hikosuke Totsuka vient de comprendre que le règne de son école au sein de la police est terminé............... cette victoire du Kōdōkan, maintes fois commentée, fut véritablement décisive dans l´évolution du Jūdō.“

 

 

                                                                        Patrick Lombardo „Encyclopédie mondiale des arts martiaux".Kano-Jigoro-nel-14--anno-dell-era-Meiji--1881--a-22-anni--.jpg

                                                                                Un jeune Jigoro Kano

 

 

 

 

En 1882, Jigorō Kanō fonde, dans un total anonymat, le Jūdō en s´appuyant techniquement sur deux écoles de Jū-Jutsu: le Tenjin Shin´yo ryū et le Kito ryū. Il souhaite s´affranchir des traditions du passé et ambitionne de créer un système de combat à visée éducative basé sur des principes scientifiques.

 

D´après Jean François Hernandez: „le Jūdō de Kanō est une méthode de formation physique, intellectuelle et morale qui s'appuie sur le principe du développement (éducation) (puis du perfectionnement) de soi, de son corps comme de son esprit, qui apprend à mieux utiliser ses capacités ("énergies") avec un côté utile, agréable, social, etc.“

 

Des méthodologies héritées du passé, Kanō souhaite faire table rase. Il supprime toutes les techniques jugées dangereuses, inapliquables, obsolètes ou qui requièrent une utilisation trop importante de la force physique. Aussi, définit-il le Jū-Jutsu comme „un ensemble de techniques conçues principalement pour estropier ou tuer un ennemi, mais en aucun cas comme quelque chose de positif, que cela soit moralement, intellectuellement ou physiquement“.

Il décide, néanmoins, de conserver une partie non négligeable de ce patrimoine dans la pratique des kata classiques.

 

Selon Kanō, cette démarche n´a, dans un premier temps, pas été receuillie favorablement par la poignée de pratiquants de Jū-Jutsu tentant désespérement de maintenir en vie leur tradition depuis la restauration Meiji. Afin d´exprimer leur mécontentement, des adeptes de certaines écoles de Jū-Jutsu apparaissent ponctuellement au Kōdōkan pour venir défier les élèves de Kanō. Affrontements qui n´auront de cesse de se multiplier au cours des années à venir jusqu´au dénouement, ô combien dramatique pour le Jū-Jutsu, en 1888, au cours d´un tournoi organisé par un organisme de la police nationale japonaise.

 

 

L´épineux problème des sources.

 


Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de se pencher, au préalable, sur les sources fiables dont nous disposons. En effet, il est communément admis que lors de ce tournoi fatidique, l´équipe représentant le Kodokan Jūdō a littéralement balayé les autres écoles de Jū-Jutsu, unies dans leur désir de détruire ce jeune art martial. Il existe tellement de versions différentes relatant les faits qu´il serait absolument impossible de toutes les consigner ici. Certains auteurs ont manifestement fait preuve d´une imagination débordante et se sont vraisemblablement laissés emportés par leur fougue tant ils ont donné de détails précis, rédigés sur un ton péremptoire qui ne laisse aucune place au doute et encore moins à la réflexion. Une simple recherche sur internet permet de s´en convaincre définitivement.

 

Le véritable problème, en ce qui concerne ce fameux tournoi, réside, d´une part, dans l´absence quasi totale de sources et, d´autre part, dans le fait que ces dernières, hormis celles directement reliables à  Jigorō Kanō, ne font jamais mention de ce tournoi, mettant ainsi très sérieusement à mal les théories avançées jusqu´ici et qui ont été très largement vulgarisées depuis près d´un siècle.

 

En 2007, dans son ouvrage Jūdō no rekishi to bunka( L´histoire et la culture du Jūdō), l´auteur, Tōdō Yoshiaki fait cette suprenante confession: „On prétend qu´en 1885, une rencontre opposant la branche Totsuka de l´école Yoshin et le Kodokan a eu lieu dans le dojo de la police métropolitaine, mais il n´existe aucune archive précisant les règles en vigueur“.

 


Tōdō Yoshiaki est professeur à l´université de Tsukuba, il est également 7ème dan de Jūdō et a rédigé de nombreux articles sur son art martial conjointement avec Murata Naoki, le responsable des archives au sein du Kodokan. En d´autres termes, lorsque Tōdō affirme qu´il n´existe aucune trace écrite concernant les règles utilisées au cours de ce tournoi, il ne s´agit pas là d´une affirmation fantaisiste mais, bien au contraire, d´une information fiable et dûment vérifiée.

 


Plus surprenant encore, aucun chercheur Japonais n´a, jusqu´à ce jour, réussit à trouver la moindre trace de l´événement dans la presse de l´époque, pas un article, pas une coupure de presse, pas une seule photo pour relater et commenter l´épisode. Les archives nationales japonaises sont, à ce sujet, entièrement muettes et n´apportent pas la moindre information, ni n´offent  le moindre détail.

 


D´autres éléments ajoutent à la confusion: en 1912, Ernest John Harrison, sujet Britannique, l´un des tous premiers Occidentaux à obtenir le shodan en Jūdō publie un livre intitulé „Figthing spirit of Japan“. Il s´agit là du premier ouvrage mentionnant le Jūdō rédigé par un „Gaijin“. E.J Harrison pratique assidument le Jūdō et se lie d´amitié avec certains grands noms de la discipline comme, excusez du peu, Mifune Kyūzō et Yokoyama Sakujirō. Au sujet de ce dernier, il lui consacre un chapitre entier intitulé „les souvenirs d´un champion“

   
Quand E.J Harrison fait la rencontre de Yokoyama au début du XXème siècle (1864-1912), ce dernier a la flatteuse réputation d´etre le plus brillant Jūdōka de sa génération. Harrison souhaite léguer à la postérité les exploits martiaux de celui qu´il considère comme un ami, amitié visiblement réciproque. Il l´invite donc un soir chez lui pour recueuillir ses confidences.

 

SakujiroYokoyama.jpg                                                                                   Yokoyama Sakujiro

 


A l´époque féodale, il existait de nombreuses écoles de Jū-Jutsu; je commençai la pratique (du Jū-Jutsu n.d.a) au cours de mon enfance sous la houlette d´un Maitre de la Tenjin Shin´yo ryū.  

 

A cette époque, les combats étaient très violents, parfois on pouvait meme mourir au cours d´un match; ce n´est pas un hasard si mes parents étaient préoccupés et qu´ils me faisaient systématiquement promettre de rentrer vivant à la maison.

 

Au cours des affrontements, peu de techniques étaient interdites, on n´hésitait pas à recourir aux coups les plus dangereux pour se défaire de  l´adversaire.

 

Ce n´est que plus tard que les techniques les plus dangereuses furent interdites, tant pour réduire les risques importants de blessure que pour rendre la discipline plus accessible et plus populaire.

   
A l´age de 23 ans, j´affrontai Samura Masahara du Takenouchi ryū , la rencontre se déroula dans le dōjō de la police métroplitaine et j´eus la chance de remporter la victoire.  

 

Quelques jours plus tard, dans le meme dōjō, je défiai Nakamura Haruze du Ryōi shintō ryū lequel venait à peine d´atteindre la plénitude de ses moyens physiques et qui avait la réputation d´etre le Jū-Jutsuka le plus fort de la région.

 

La rencontre dura 55 minutes, le temps le plus long jamais enregistré et se conclût sur un match nul; pousuivre le combat aurait pu nous occasionner des blessures, meme si nous étions préparés pour les supporter, aussi l´arbitre qui était le capitaine de la police Mishima Tsuyo, mit un terme à notre affrontement.

 

Ces deux combattants furent les meilleurs adversaires que j´eu à affronter dans ma vie. A cette époque, un classement des champions de Jū-Jutsu fut établit. Nakamura y était désigné comme le champion oriental et moi, comme le champion occidental.

 

La plupart de mes rencontres à l´époque se concluaient après 2 ou 3 minutes.

 

A partir de 1890, la passion pour le Jū-Jutsu commença à décliner et les ryūgi (écoles) se mirent à perdre toujours plus d´élèves, mais avec l´affirmation du Kōdōkan, elle reprit de la vigueur et il y a aujourd´hui des nouveaux enseignants compétents [...]

 

[...]En dehors du Kōdōkan, on retrouve d´autres Maitres renommés tels Imai de Okayama, comparable à un 5ème dan (du Kōdōkan n.d.a), Tanabe (il s´agit vraisemblablement de Tanabe Mataemon du Fusen ryū, expert en ne -waza n.d.a), lui aussi de Okayama et Yamamoto de Chiba tous deux comparables à des 4ème dan.

 

Les Yudansha du Kōdōkan sont éparpillés dans toutes les provinces du Japon, ou ils essaient de diffuser la discipline, certains ont meme émigré à l´étranger ou ils ont acquis une grande réputation.“

 


Comme nous pouvons le contaster, Yokoyama, au soir de sa vie, (il décède en septembre 1912) et,  alors qu´on lui demande de raconter ses exploits martiaux,  ne fait pas mention d´un tournoi au cours duquel le futur et la survie du Kōdōkan Jūdō était en jeu. Certes, il confirme avoir affronté des adeptes d´autres écoles mais ne parle pas de la grande rencontre qui nous intéresse ici. On peut légitimement se demander pourquoi un événement d´une telle importance et qui est considéré comme l´acte fondateur du Kōdōkan, et  comme la preuve absolue de la pertinence de la démarche entreprise par Kanō envers et contre tous, n´est pas évoqué dans les souvernirs de Yokoyama.  

 

En réalité, il semble que bon nombre d´informations au sujet du tournoi qui aurait opposé le Kōdōkan aux autres écoles de Jū-Jutsu proviennent de la meme et unique souce: Jigōrō Kanō.

 

 Les mémoires de Jūdō de Jigōrō Kanō (Judo memoirs of Jigoro Kano), rassemblées, compilées et traduites par Brian N. Watson nous permettent d´en savoir en peu plus sur l´événement.

 


A cette époque, le Jūdō avait acquis une flatteuse réputation. Aussi recevions nous des demandes toujours plus nombreuses de défis de la part de dōjō rivaux de Jū-Jutsu. Par conséquent, nous devions toujours nous tenir prêts et bien que les meilleurs compétiteurs du Kōdōkan étaient désireux d´accepter des adversaires venant du Japon tout entier, peu sont ceux qui se manifestèrent les jours ou des matches étaient organisés (au Kōdōkan n.d.a). Le peu de challengers qui se présentèrent furent, toutefois, vaincus. En partie grace à la réputation grandissante du Jūdō, l´administration de la police nationale décida de convoquer et de réunir tous les figures proéminentes de la nation en arts martiaux. Le Kōdōkan fut informé et prié d´envoyer des représentants. Ni Saigō, ni Tomita ne purent y assister, mais Yamashita, Yokoyama, Sato, Toharitaki et d´autres encore acceptèrent d´y participer.

 

Parmi les représentants du Kōdōkan, certains n´étaient pas des pratiquants de premier ordre, cependant, à partir du moment ou la police nous avait sollicité, nous étions contraints d´envoyer une effectif complet en réponse à leur demande. La compétition s´avéra plutôt hardue. Les matches qui attirèrent le plus l´attention furent ceux opposant les représentants du Kōdōkan à ceux de la fameuse école de Yōshin ryū  de Totsuka. La plupart de nos hommes exécutèrent correctement les techniques de projection, mais lors du travail au sol, certains d´entre eux se retrouvèrent souvent en difficulté. Cet évènement constitua pour nous une sérieuse prise de conscience et nous commençames à effectuer une révision urgente et une étude plus approfondie de nos techniques au sol.“

 

Les informations fournies par Kanō sont, dans ce contexte précis, fondamentales. En effet, nous apprenons que l´invincible Shirō Saigō ne faisait pas partie de l´effectif défendant les couleurs du Kōdōkan et que les élèves de Kanō ont eu maille à partir avec des adeptes de Jū-Jutsu versés dans l´art du ne waza (combat au sol). Ce témoignage direct tord ainsi le cou à deux légendes jusqu´ici tenaces: la présence systématique, en tant que grand champion, de Shirō Saigō dans les „défis“ relevés par le Kōdōkan au cours de ses jeunes années et la confirmation que les Jūdōka n´ont pas, loin s´en faut survolé les débats. Enfin, preuve est faite qu´ils possedaient déjà un certain bagage technique, quoique manifestement lacunaire, en ne waza. Tanabe Mataemon du Fusen ryū n´a donc pas véritablement été le révélateur de la faiblesse du Jūdō avec sa science du combat au sol comme il est communément admis.

 


Dés 1887, le jeune Kōdōkan avait commençé à acquérir une certaine réputation à l´échelle du pays. Cette réputation grandissante attira de nouveau l´attention de l´administration de la police nationale. En 1888, une compétition fut organisée entre 15 représentants du Kōdōkan et 15 autres de l´école Totsuka. 2 équipes de 10 combattants furent engagés. De surcroit, des „candidats libres“ affrontèrent d´autres pratiquants de Jū-Jutsu appartenant à d´autres écoles (différentes de celle de Totsuka n.d.a).

 

Parmi les représentants de l´école Totsuka se trouvaient deux de ses meilleurs élèves, Taro Terushima, un excellent tacticien, et Teisuke Nishimura. Terushima combattit contre Yoshigitsu (Yoshiaki ) Yamashita, Nishima fit face à Sato et Kawai affronta Katayama. A part deux ou trois matches nuls, tous les autres combats furent étonnament remportés par des représentants du Kōdōkan. Même si mes élèves avaient progressé, je n´attendais pas d´eux qu´ils remportent la compétition par une telle marge. Je crois que le résultat favorable était une réflection de leur esprit combatif. En dépit de la haute réputation de l´école Totsuka, mes élèves s´étaient montré à la hauteur et par conséquent s´était démontré loin d´être inférieurs (à leurs adversaires n.d.a).

 

A ce propos, les surveillants employés à la prison de Chiba étaient formés dans l´art du Jū Jutsu par des élèves de Totsuka. Suite à ces compétions, le préfet de Chiba accompagné par certains des hauts gradés de l´école Totsuka visitèrent le Kodokan pour assister à une conférence sur les méthodes d´entrainement en Jūdō. S´en suivit une démonstration de randori par Shirō Saigō. Hideyoshi Totsuka  fut apparement impressioné par la performance de Saigō et formula des appréciations favorables. Quand j´eus vent de tout ceci, j´en fus fort satisfait“.

 


Ce témoignage met de nouveau à mal les „versions officielles“ proposées au grand public comme celles rédigées par Patrick Lombardo et par tant d´autres encore. Yokoyama et Saigō n´ont visiblement pas participé à cette rencontre dont le dénouement, même s´ il est,en tout état de cause, invérifiable, est infiniment moins dramatique pour le Jū Jutsu que ne le laissent entendre certains „historiens“ auto-proclamés des arts martiaux. De fait, cet événement n´en est, de facto, pas un, et n´a pas eu d´incidence significative sur le développement exponentiel du Jūdō, ni sur la lente érosion du Jū Jutsu au cours des années à venir.

 

Nous sommes très loin de la rude réalité des compétions de Vale Tudo qui se développeront au Brésil dans la première moitiée du XX ème siècle, et surtout,  les enjeux et la rivalité étaient bien moins intenses entre les différentes factions par rapport aux versions généralement admises.

 

 Considérée l´absence totale  de sources  entièrement impartiales confirmant les dires de Kanō, et en confrontant les différents témoignages entre eux, il apparait très clairement que le fameux tournoi organisé par la police métroplitaine de Tokyō en vue d´assigner des postes d´instructeur appartient plus à la mythologie, savamment orchestrée et habilement entretenue par Jigōrō Kanō, qu´à un fait historique avéré et indiscutable.

Que des rencontres plus ou moins viriles aient eu lieu entre différents adeptes de certaines écoles incluant le Kōdōkan ne fait aucun doute. En revanche, leur importance et leur brutalité a été très largement surévaluée par toute une génération d´historiens vulgarisateurs. Les nombreux récits écrits par des adeptes des deux camps (Jūdō et Jū Jutsu) relatant les événements en question à travers des articles dans lesquel le sensationalisme le dispute au pathétique sont, d´un point de vue purement historique, majoritairement apocryphes et manquent singulièrement de rigueur.

La version des faits rapportée par Kanō a été admise en tant que telle, sans avoir été préalablement vérifiée.

 


Le Jūdō doit une grande part de son succès et de son expansion à ses méthodes d´entrainement révolutionnaires pour l´époque et non pas en raison de la supériorité, réelle ou supposée, de ses principes et de son répertoire technique. A cet égard, l´attitude de Kanō laisse une désagréable impression de parvenu. On pourrait se demander ce qui a pu le motiver dans cette voie pourtant très éloignée de ses grands principes. La réponse se trouverait elle in fine dans les „mémoires“ du Professeur Kanō?

 


Peu de temps après la chute du shogunat, le Jū Jutsu de l´école Totsuka avait atteint le summum de sa réputation. Des instructeurs de Tenjin Shin´yo ryū et de Kitō ryū avaient perdu face à des représentants de cette école lors de rencontres au Kobusho (centre d´entrainement militaires ou plusieurs styles de Jū Jutsu, entre autres disciplines martiales, étaient enseignés). Ainsi, mes étudiants et, en particulier Saigō qui s´était montré si brillant face aux hommes de Totsuka me firent un plaisir immense. Aujourd´hui encore, je garde de fiers souvenirs de ces jours passés“.

 


La mythologie créée par Kanō peut être interprétée comme un hommage aux traditions martiales anciennes japonaises. Les écoles de Jū Jutsu aiment à se référer à une figure mythologique ou historique, voire historico-mythologique pour expliquer leur génèse et l´origine de leurs incomparables techniques.

Kanō, homme résolument moderne et rigoureusement engagé dans une démarche scientifique ne peut pas faire référence à des forces surnaturelles qui l´auraient guidé ou à un improbable satori. C´est l´analyse subtile et exhaustive des grands principes physiques et la rigueur scientifique qui l´ont mené dans la création de son Jūdō.  Pouvait il  décemment imaginer une meilleure occasion que cette compétion organisée dans un cadre prestigieux et remportée sans coup férir pour assoir définitivement sa légitimité?

 Dans son esprit, ces rencontres auraient du symboliser le nécessaire passage de témoin entre l´ancien et le nouveau, entre la tradition surranée et le modernisme triomphant dans lequel le Japon tout entier  s´était engagé.

 

Lorsque l´on réalise que les premières informations au sujet de ce tournoi ont commencé à apparaitre dans les „témoignages“ de Kanō bien des années après les faits et sans qu´aucune source ou document ne vienne étayer substantiellement ses dires, on est en droit penser qu´il s´agit d´une  manipulation peu élégante et d´une contre vérité historique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 08:58

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Maeda Mitsuyo (1878-1941), formé au Jūdō Kodokan par Tomita Tsunejiro revendique 2000 combats au cours de sa carrière. Il a affronté avec succès des adversaires plus grands, plus lourds, physiquement plus puissants que lui en Amérique du nord, sur Cuba, en Europe et en Amérique centrale avant de s´installer définitivement au Brésil. Pour ce faire, il utilise sa science du combat au sol (Ne Waza) dont les techniques sont partiellement issues du Fusen Ryū Jūjutsu et transmises par l´intermédaire de Tanabe Mataemon.

 

tanabe armbar

                                                                                                                       Tanabe effectuant Juji Gatame

 

Il rencontre un certain Gastão Gracie qui l´assiste dans sa tentative de fonder une colonie japonaise en plein coeur de l´Amazonie. Afin de lui démontrer sa gratitude, Maeda accepte d´enseigner à son jeune fils, Carlos, les bases de son art martial, rompant ainsi la règle qu´il s´était pourtant imposé, à savoir ne plus enseigner à des non Japonais, en réaction aux difficultés et brimades subies par ses compatriotes au Brésil. L´histoire est en marche, Maeda vient, sans en prendre conscience,  d´ouvrir la voie au Jiu Jitsu brésilien. C´est un autre Gracie, Helio, frère cadet de Carlos, qui donnera ses lettres de noblesse à l´art familial en affrontant, lui aussi, des adversaires physiquement plus imposants. Etrangement, l´histoire de cette vidéo croise celle de la famille Gracie,  En 1934, Helio affronte Miyake Taro, le Uke de la vidéo, et gagne le combat par étranglement. S´en suivront d´autres rencontres avec d´autres Jūdōka Japonais: Yano, Masagoshi, Ono, Kato jusqu´au clash des Titans en 1951 avec le monstre sacré du Jūdō, Kimura Masahiko.

 

 

kimuragracie.jpg

                                       Le clash des Titans, Kimura affronte et défait Helio Gracie au Brésil devant une foule survoltée

 

Il n´existe pas, á ma connaissance, de documents filmés reprenant Maeda. Aussi, la vidéo de 1912 est d´autant plus précieuse qu´elle montre leJūdō du début du XXème siécle à l´époque ou ce dernier est encore un art martial à part entière, pas encore coupé de ses racines classiques et pas entièrement tourné vers la compétion. De surcroit, il est possible de constater  que les techniques de Ne Waza étaient déjà très avancèes à l´époque et qu´elles ne diffèrent pas réellement de celles du Jiu Jitsu brésilien. Cette vidéo constitue en quelque sorte le lien manquant entre le Jūdō des origines et son rejeton le plus célèbre: le Jiu Jitsu tel qu´il a été popularisé et diffusé dans le monde entier par la famille Gracie.  La vidéo permet également de réaliser à quel point le Jiu Jitsu brésilien est techniquement redevable au Jūdō, n´en déplaise à ceux qui prétendent le contraire.

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 07:29

 

 


 

Cette vidéo de 1912 est un document très précieux. Il met en scéne deux experts Japonais de l´époque formés au Judo Kodokan, à une époque ou ce dernier est encore un art martial complet et ne s´est pas encore totalement affranchit de l´influence technique des Jūjutsu.Tobari Takisaburo  démontre les techniques (Tori) tandis que son partenaire (Uke) est un certain Miyake Taro.

 

Kano Waki Gatame

 

La première partie de la vidéo s´ouvre sur un levier articulaire appelé Waki Gatame, on voit ci-contre Kano Jigoro, fondateur du  Jūdō, effectuer cette meme technique, s´en suivent toute une série de mouvements au sol (Ne Waza) executés à partir de différentes positions. Ces techniques sont étrangement familières et ne sont pas sans rappeler celles du Jiu Jitsu Brésilien fondé par différents menbres de la famille Gracie. La seconde partie est ce que l´observateur moderne pourrait définir comme une mise en situation en situation dans un cadre "réel". Un expert Japonais, élégament vêtu à l´occidentale est assailli par des "voyous" et utilise les techniques du Jūdō, principalement des projections (Nage Waza) pour se défendre. La tenue utilisée par l´expert Japonais donne également une impression de déjà vu, et pour cause, elle rappele celle qu´affectionait une véritable légende du Jūdō Nippon, Maeda Mitsuyo.

 

Maeda_ca__1910.jpg

 

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