Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 11:00

oyama

 

 

"J´ai commencé mon entrainement personnel avec ce que l´on appele les 18 techniques, mais j´ai très vite réalisé que développer exclusivement la force physique revenait à essayer de sculpter une statue du Bouddha sans véritablement impliquer son esprit dans cette entreprise".

 

 

"Consacrez à l´entrainement un temps supérieur à celui que vous accordez à votre sommeil. Peut importe votre but: vous ne le regretterez jamais si vous en faites une règle inflexible".

 

 

"Au cours des 1.000 premiers jours de pratique, un individu est un débutant qui trouvera la vérité après 10.000 jours de pratique".

 

 

 

 

 

                                                                                              Oyama Masutatsu, fondateur du Karate Kyokushin.

 

 

 

 

 

 

"Les secrets sont comme vos sourcils, bien qu´ils soient près de vous, vous ne pouvez pas les voir".

 

 

                                                                                                                                                  ancienne poésie japonaise.

 

 

 

Yokoyama-Sakujiro-copie-1.jpg

 

"L´opportunité (dans un combat) est un instant qui cesse immédiatement".

 

 

                                                                                                        Yokoyama Sakujiro, un des légendaires Shitenno.

 

 

 

 

 

 

4031343choki-sensei-jpg

 

 

"Le Kata et le Waza (technique) sont, par essence, limités. Ils sont inutiles tant que l´on n´apprend pas comment les appliquer dans chaque situation".

 

 

"Se limiter à copier la technique d´un autre ne peut, et,  ne pourra jamais produire les mêmes résultats que la recherche personnelle et méticuleuse. Une fois les principes intégrés, le reste devient facile". 

 

 

"La duperie est l´une des meilleurs techniques du Kenpo".

 

 

 

                                                                                                                Motobu Choki, expert Okinawaien de Karate

 

 

 

 

photo-22-1-300x300.jpg

"La pratique intermittente, quelque soit son degré d´intensité, est parfaitement inutile. Vous devez pratiquer chaque jour de votre vie. Ceci, et, ceci uniquement constitue le véritable entrainement, ou Shugyo".

 

 

"Garder ce Bujutsu secret en préserve la force. Il est complètement différent des autres arts (martiaux) car nous connaissons quelque chose que les autres ne savent pas".

 

 

                                                                            Sagawa Yukyoshi, fondateur du Sagawa-ha Daito-ryu Aikibujutsu

 

 

094-tokimune-tech2.jpg

"La superbe doit être évitée. Tous les grands maitres au cours de l´histoire sont parvenus à compléter et à comprendre la vérité de l´art (martial) après de très longues périodes de recherche et de pratique, suant littéralement sang et eau et  au péril de leur vie. Il est très facile de devenir superbe et indolent après une période brève de pratique au sein du dojo, mais cette attitude est mauvaise. La superbe nous fait grandir de façon erronée et subir des défaites à cause d´une trop grande désinvolture".

 

 

 

                                                                       Takeda Tokimune, 36ème et dernier Soke du Daito-ryu Aikijujutsu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Ashura - dans Articles
commenter cet article
11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 07:47

La préservation, le développement et la correcte transmission des techniques et  principes d´une école classique (Koryu) d´une génération à l´autre est, sans aucun doute, l´une des phases les plus délicates à gérer pour le patriarche d´une tradition martiale parfois pluri centenaire. Les Koryu Bujutsu sont un monument en péril. Souvent cataloguées comme des traditions surannées, des survivances tenaces et complètement dépassées d´un autre temps ou encore comme un simple folklore,  leur déficit d´image et le peu d´intérêt qu´elles suscitent, tant au Japon que dans le reste du monde,  expliquent en partie cette regrettable situation. Alors qu´en pleine période Edo, certaines ryu-ha, telles la Tenjin shin´yo ryu ou la Hokushin Itto-ryu affichaient une vitalité admirable et comptaient jusqu´à plusieurs milliers d´adeptes, leurs effectifs se sont aujourd´hui dramatiquement réduits comme peau de chagrin et, dans certains cas, le nombre restreint et l´âge avancé des pratiquants actifs ne permettera vraisemblablement pas à de nombreuses écoles, à terme, de survivre.

 

 

 

La transmission du savoir, au sein des Koryu Bujutsu, est assurée au travers de l´étude du Kata. Sans être totalement exclusive, cette méthode constitue néanmoins une part non négligeable, et surtout non négociable, de l´apprentissage. Le terme Kata dans les écoles classiques japonaises ne doit pas être confondu, dans la forme, avec celui utilisé pour (les) Karate. En Karate, le Kata correspond  à une séquence de mouvements, plus ou moins longue, effectuée en solo et dans le vide face à un ou plusieurs adversaires imaginaires. Cette description est bien évidemment très réductrice et ne saurait en aucun cas constituer un argument d´autorité, ni une définition complète.

 

 


 

 

 

En Koryu Bujutsu, le Kata se pratique principalement à deux. Tori exécute une technique sur Uke qui la reçoit au cours d´une séquence pré-établie. Les scénarios sont nombreux et incluent tout une palette d´attaques diverses et variées allant des frappes aux saisies effectuées dans, et à partir de, différentes positions. Le Kata est la mémoire vivante de l´école, il contient tous les principes et les stratégies qui constituent l´essence même de la ryu-ha.  A ce titre, il représente bien plus qu´une simple compilation de mouvements ou qu´une technique isolée, or son rôle, pourtant fondamental, est souvent mal compris par les pratiquants d´arts martiaux dits "modernes".

 

Le Kata constitue le fondement, le socle, sur lequel l´adepte viendra asseoir sa "martialité". Il ne s´agit pas pour le pratiquant de mémoriser des centaines de séquences techniques à usage unique mais plutôt d´intégrer progressivement un certain nombre de principes fondamentaux, communs à la quasi totalité des écoles, et qui sont susceptibles de permettre la victoire ou, à défaut, la survie lors d´un affrontement. Sans rentrer trop profondement dans les détails et de façon non exhaustive, ces principes sont: l´intuition et la perception active ce qui nous entoure (genshin), la gestion de la distance (ma-ai), l´aptitude à créer le déséquilibre chez l´adversaire pour pouvoir appliquer la technique (kuzushi) et la capacité à maintenir l´esprit concentré et éveillé une fois le combat terminé (zanshin).

 

 

L´observateur se méprend régulièrement sur le but et la fonction du Kata au sein des écoles dites "traditionnelles". En réalité, l´étude du Kata évolue de pair avec la progression de l´adepte. Dans un premier temps, il est demandé au débutant d´agir par mimétisme et de copier purement et simplement les mouvements du sensei (professeur) ou du sempai (ancien). Cette phase dans l´apprentissage, bien qu´étant strictement nécessaire, apparait  particulièrement ingrate, voire rébarbative (1.000 répétitions pour la maitrise, 10.000 pour le polissage dit le proverbe) aux yeux du jeune novice qui n´a pas encore l´expérience, le recul et les connaissances nécessaires pour appréhender dans sa globalité ce qui lui est enseigné.

 

Il existe traditionellement deux formes de Kata keiko (exercices de pratique du Kata). La version omote dite de "surface" et enseignable à tous les membres de l´école indépendamment de leur implication personelle et de leur potentiel intrinsèque. On considère qu´il n´est pas dommageable pour l´école de voir ses techniques être divulgées à des individus extérieurs à la ryu-ha, fussent ils eux mêmes pratiquants. Ces techniques représentent en quelque sorte la partie visible du programme accessible à tous.

 

 

 


 

 

 


 

 

 

L´exécution dite "ura" (cachée) des techniques est, en revanche, un secret jalousement gardé. Il s´agit toujours de Kata mais dont les applications en combat réel sont jugées infiniment supérieures. Ces techniques demandent une meilleure expertise et une aisance technique plus prononcée par rapport aux versions de base mais apportent sans aucun doute une plus value très significative lors d´un affrontement. Paradoxalement, la différence entre techniques omote et ura est parfois étonnamment  ténue alors que le ressenti pour Uke et l´efficacité sont sans commune mesure. Tous les adeptes n´ont pas nécessairement accès à ce savoir, seuls une partie d´entre eux, triés sur le volet, seront initiés à cet enseignement qualifié de supérieur. Par enseignement supérieur, il convient d´entendre une  utilisation optimale du corps pour une génération de puissance supérieure ainsi que toute une série de prises, saisies, déplacements et frappes inédits qui n´existent pas ou qui ne sont pas étudiés dans les formes omote.

 

 

Une fois le grade de shodan obtenu, l´étude du Kata devient résolument évolutive et l´adepte se voit accorder une plus grande autonomie dans son apprentissage. Les rythmes changent également. Les attaques et les saisies se font plus tranchantes, plus rapides, plus résolues. La complaisance n´est plus de mise et progressivement l´adepte intègre et adapte le Kata en fonction de sa personnalité et des ses capacités. Si les principes fondamentaux restent incontournables, d´autres qualités sont désormais à développer telles l´intention, l´intensité et la fluidité dans l´exécution des techniques. Il n´est plus question d´interrompre un mouvement en pleine action sous prétexte que l´on n´était pas prêt ou que l´adversaire a attaqué sans prévenir ou de façon inhabituelle. Il convient désormais de poursuivre l´action et de s´adapter aux circonstances. Au sein du Dojo, l´étude du Kata constitue une relation donnant/donnant, gagnant/gagnant entre deux adeptes, chacun se nourrissant de l´expérience et des capacités de l´autre. Le kohai peut ainsi ressentir et apprécier la technique de son sempai et ce dernier, à son tour, progresse à travers l´enseignement et la transmission qu´il donne. A niveau égal, deux adeptes peuvent complètement s´affranchir du carcan du Kata et en profiter pour expérimenter leurs découvertes et affiner leurs techniques.

 

Parmi les stratégies à appliquer figure le go no sen (réaction face à une action/agression). Si le terme est familier pour les pratiquants d´arts martiaux japonais, il est généralement à la fois mal intégré et mal enseigné. Pour beaucoup le go no sen est une parade que l´on oppose à une sollicitation agressive avant de passer à la contre attaque. Cette définition se rapproche plus du go no go (action contre action) et ne permet pas, en situation réelle, de reprendre l´initiative de façon décisive lors d´une confrontation. Il convient donc, dans le cadre de l´étude du Kata, de bien intégrer cet aspect particulier du combat et d´acquérir la capacité à "lire" le langage corporel de l´adversaire afin de pouvoir appliquer correctement le go no sen. La nature et la qualité de l´apprentissage évolue donc très sensiblement au cours des années pour se rapprocher toujours plus des conditions d´un affrontement non codifié. Le but est de mettre un terme à l´agression en réagissant de façon appropriée avant que cette dernière n´ait eu le temps de "s´extérioriser" totalement. Cette étude, plus spécifique, n´est abordée qu´après un certain laps de temps et est probablement responsable de la mauvaise compréhension du go no sen et de la fonction du Kata.

 

Parmi les pionniers Occidentaux en arts martiaux japonais, rares sont ceux à avoir réellement étudié dans la durée et encore moins nombreux sont ceux ayant eu accès à un enseignement autre que de "surface". Par conséquent, ce qu´il aurait fallut considérer comme de simples Kata de base ont été présentés au grand public comme des techniques authentiques et représentatives des Koryu Bujutsu. En d´autres termes, des pratiquants légérement plus avancés que de simples débutants ont tenté, avec plus ou moins de succès, de transmettre ce qu´ils avaient appris, de façon lacunaire, en Occident sans avoir eu nécessairement conscience qu´ils n´avaient jamais eu accès à l´essentiel et qu´ils étaient, en réalité, restés sur le "seuil de l´école". Si l´on considère la situation actuelle en Europe et la multitude de pseudos écoles traditionnelles se réclamant du Japon, au travers de ces pionniers, on ne peut que constater que les dégâts sont considérables.

 

L´importance du Kata keiko demeure fondamentale dans la formation d´un adepte. Progressif et évolutif, il est le garant de la bonne compréhension des principes et des stratégies fondamentaux de l´école et en constitue le répertoire technique. Sans principes et sans stratégies dûment intégrés, la technique n´est d´aucune utilité et sans technique il est impossible de vérifier la validité et la pertinence des principes et des stratégies. Dans les Koryu, toutes les techniques contenues dans les Kata sont connexes, c´est à dire qu´il est possible d´appliquer une ou plusieurs techniques indépendamment de l´attaque à laquelle il faut faire face. Le Kata n´est pas un catalogue technique rigide appliquable dans un cas précis uniquement, bien au contraire, il permet le lien fondamental entre principe, technique et stratégie et exprime sa pleine potentialité à travers l´adepte. En d´autres termes, il s´agit d´un outil pédagogique incontournable mais qui impose une implication totale et quotidienne. Des conditions bien drastiques pour une époque qui n´a plus le temps de prendre son temps et dans laquelle seul l´effet immédiat et la satisfaction béate sont recherchés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Ashura - dans Articles
commenter cet article
2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 15:43

Saigo-Shiro1.jpg                                                                           Un jeune Saigo Shiro

 

 

Peu d´artistes martiaux, passés et contemporains, peuvent se targuer de bénéficier d´une aura  légendaire comparable à celle de Saigo Shiro. Alors que sa "carrière officielle" en tant que combattant est relativement courte (1882-1891), l´écho de ses exploits résonne encore plus de 90 ans après sa disparition et divise le monde du Budo.

 

Saigo, né Shida, voit le jour en 1866 en Aizu, un fief connu pour l´indéfectible fidélité qu´il voue à la maison Tokugawa. Saigo est âgé de deux ans à peine lorsque le clan tombe après une lutte désespérée face à la toute nouvelle armée impériale composée principalement par les forces combinées des grands clans du sud de l´Archipel.

 

La famille Shida, comme beaucoup d´autres, est contrainte temporairement à l´exil, le jeune Shiro ne revient sur ses terres qu´ après la mort de son père Teijiro vers 1872. La filiation réelle de Saigo est sujette à controverse. En effet, si officiellement son père biologique est Saigo Teijiro, Samourai du clan Aizu, il semble que Saigo Tanomo, un haut dignitaire du clan, soit en réalité son véritable géniteur et que le jeune Shiro soit le fruit d´un amour adultère. Il s´agit en tous cas de la thèse avançée par Takeda Tokimune pour expliquer les liens très étroits qui uniront, à une certaine période, Shida Shiro à Saigo Tanomo.

 

En sa qualité de haut dignitaire du clan Aizu, Saigo Tanomo a vécu de l´intérieur l´assaut mené par les troupes impériales sur le chateau Tsuruga. Peu avant la chute du chateau et la reddition du clan, Saigo Tanomo réussit à s´échapper avec une poignée d´hommes pour Sendai afin de rejoindre les derniers irréductibles demeurés fidèles à la cause des Tokugawa.  Parmi ces hommes se trouve un combattant expérimenté et expert Sumotori, un certain Takeda Sokichi. Il doit, en revanche, abandonner sur place le reste de sa famille laquelle préfère se suicider plutôt que de se rendre aux forces impériales.

 

---.jpg

                                                             Le chateau Tsuruga après la fin des hostilités

 

A l´instar des ses compatriotes Aizuppo, longtemps catalogués comme ennemis impériaux, Saigo a du mal à se trouver une place dans la nouvelle société japonaise, d´autant plus que l´homme est ambitieux. Il rêve, en effet, de devenir général en dépit d´une éducation somme toute modeste et d´un caractère emporté très largement  incompatible avec la fonction.

 

En 1882, il se rend à Tokyo pour réaliser son projet. Une fois dans la capitale, il réalise très vite que son entreprise est vouée à l´échec et est contraint d´accepter des emplois peu qualifiés pour pouvoir survivre.  La fortune commence à lui sourire lorsqu´il rencontre un certain Kano Jigoro au Dojo de Inoue Keitaro, un enseignant de Tenjin shin´yo ryu. Même si cette version des faits est contestée par Kano en personne, il semble que les étonnantes capacités martiales de Saigo ont su susciter un très vif intérêt chez Kano. Ce dernier n´est pas un simple pratiquant de Ju-jutsu, il ambitionne de réformer profondement les méthodes des Ju-jutsu anciens et de créer une nouvelle discipline à la fois moderne et efficace.  Pour ce faire, il a besoin de s´entourer d´adeptes de valeur pour l´aider dans l´élaboration technique de son Judo. Saigo est ainsi choisit directement par Kano et devient uchi-deshi (élève à résidence) au Kodokan.

 

C´est à cette époque que nait véritablement la légende de Saigo Shiro, encore connu comme Shida Shiro. Shiro ne tarde pas à acquérir une réputation de combattant invincible. En effet, il remporte toute une série de combats mettant aux prises le Kodokan Judo aux diverses factions du ju-jutsu ancien qui se sont unies pour détruire l´école de Kano Jigoro au cours de Dojo Yaburi. La liste des "victimes" de Saigo depuis son entrée au Kodokan jusqu´à son départ précipité en 1891 est prestigieuse et force l´admiration.  Tour à tour, Yokoyama Sakujiro le démon de l´école Tenjin Shin´yo et  Okuda Matsugoro subissent les foudres de Saigo et sont très nettement vaincus en dépit d´une supériorité physique indéniable. En 1886, au cours d´un tournoi célèbre, Saigo et son imparable technique entrent définitivement dans la légende: un autre démon du Ju-jutsu, Kochi Entaro de l´école Totsuka-ha Yoshin, le plus redoutable combattant de l´époque et largement favori,  est terrassé par le Yama-arashi de Saigo. Le Kodokan a définitivement gagné sa place dans le monde des arts martiaux japonais et peut même prétendre à la première place.Le Judo devient à l´occasion la méthode suprème au détriment des Ju-jutsu anciens. La victoire du Kodokan est totale et les autres écoles de Ju-jutsu seront contraintes de jurer allégeance au Kodokan et à Kano afin de pouvoir survivre.

 

Pour beaucoup d´historiens, le rôle joué par Saigo a été déterminant, d´aucun avancent même que sans sa contribution, le Judo n´aurait pas su résister à long terme face aux attaques répétées et hostiles des combattants de Ju-jutsu. D´autres encore, reprochent à Kano d´avoir eu recours à des pratiquants expérimentés de Ju-jutsu (Yokoyama Sakujiro, Yamashita Yoshitsugu et.... Saigo Shiro) pour défendre la bannière du Kodokan contestant ainsi la validité des principes du Judo et la probité de son fondateur.

 

Le mystère entourant les rapports entre Shida Shiro et son futur père adoptif, Saigo Tanomo sont à l´origine des innombrables controverses mettant aux prises adeptes du Ju-jutsu et pratiquants de Judo. La principale polémique porte sur la nature, la durée et la qualité de la formation aux arts martiaux que Saigo Shiro aurait reçu en Aizu avec ou sans l´aide de Saigo Tanomo. Le Nishinkan, le Dojo du clan Aizu, était un grand centre d´entrainement ou de nombreux experts réputés à l´échelle du pays enseignaient. La réputation flatteuse des Samourai d´Aizu est due en grande partie à la qualité de l´enseignement dispensé au Nishinkan. Après la démantelement du clan Aizu, le célèbre Dojo a néanmoins pu être reconstruit et les experts ayant survécu au conflit ont pu reprendre leurs activités. Il était possible d´accéder au Nishikan à partir de l´âge de 9 ans, soit pour Saigo dès 1875 ce qui laisse potentiellement supposer 7 années d´apprentissage avant son départ pour Tokyo en 1882.

 

NishinkanSchool-copie-1.jpg

                                                                              Le Dojo Nishinkan

 

 

Un autre enfant terrible du clan Aizu, Takeda Sokaku, aurait également bénéficié de la bienveillance de Saigo Tanomo. Selon ses dires,Sokaku aurait hérité de Saigo Tanomo les techniques secrètes du clan, l´Oshikiuchi, qui formeront la base technique du Daito-ryu Aikijujutsu, avec pour mission de préserver et de transmettre ces techniques en les divulgant au grand public. Etant donné la nature et l´étroitesse des relations entre Saigo Tanomo et Shida Shiro, officiellement adopté en 1884 au cours d´un bref retour en Aizu, beaucoup d´historiens ont conclut que Saigo Shiro avait vraisemblablement été formé aux techniques très efficaces de l´Oshikiuchi par son père et qu´il était déjà un combattant chevronné bien avant de défendre les couleurs du Kodokan pour le compte de Kano Jigoro. Cette hypothèse expliquerait également l´origine mystérieuse de la technique ultime de Saigo: Yama arashi. Cette dernière n´appartiendrait pas au corpus technique du Judo mais bien à celui de l´Oshikiuchi.

 

La simple évocation de Yama arashi déchaine souvent les passions et les fantasmes, un peu à l'image de la polémique qui caractérise les débats Judo/Ju-jutsu. Il n'existe malheureusement pas de vidéo connue ou préservée de Saigo Shiro en action ou en démonstration. Seuls ses proches partenaires d'entrainement, les Judoka de la première heure, peuvent réellement apporter un témoignage direct. Yokoyama Sakujiro, une autre légende du Judo, s´y est essayé dans son ouvrage intitulé sobrement Judo Kyohan publié en 1909 à Tokyo. La technique y est brièvement décrite sans pour autant réellement éclairer le lecteur sur sa véritable nature et est accompagnée de l´illustration ci après.

 

Y-Yama-Arashi.jpg                                                              Yama arashi d´après l´ouvrage de Yokoyama

 

Il apparaît, d´après les différents témoignages, que Saigo profitait de sa petite taille et de sa vitesse d'exécution phénoménale pour effectuer Yama arashi. En tout état de cause, ce qui pouvait sembler au départ un sérieux désavantage physique s'est transformé en une technique imparable. Saigo "disparaissait" subitement sous le bras tout en placant simultanément sa hanche en dessous de celle de son adversaire, il effectuait dans le même temps un balayage de la jambe d'appui tout en tirant sur le bras saisi en direction du sol provoquant ainsi la chute de l'adversaire dans des conditions plutôt périlleuses.

 

Techniquement parlant, cette description peut renvoyer à certaines techniques fondamentales de projection du Judo telles Tai otoshi, O goshi et/ou Harai goshi, voire à une audacieuse combinaison des trois. On peut considérer que la petite taille de Saigo lui permettait d' attaquer directement la hanche de l'adversaire sans avoir à fléchir ou à abaisser son centre de gravité ce qui rendait l'exécution de Yama arashi d´autant plus imprévisible.

 

Pour Obata Toshishiro, Yama arashi serait une forme légèrement modifiée de Shiho nage suivie d´un balayage.

 

YAMAAR-1.GIF

                                                                   Yama arashi d´après la vision de Obata

 

 

 

On retrouve cependant dans le Daito-ryu Aikijujutsu une technique assez proche de la description de Yama arashi. Il s'agit de Koshi guruma, une technique recensée dans la section ikkajo du Hiden Mokuroku. Dans sa forme de base, le principe est d´entraver les bras de l´adversaire de façon à pouvoir "prendre son  centre", un Tai sabaki permet ensuite de laisser "glisser" l´adversaire (et non pas de le charger) sur les hanches pour ensuite le projeter. Générer le déséquilibre (Kuzushi) à partir d´une saisie est une des caractéristiques du Daito-ryu Aikijujutsu. Le Kuzushi permet une exécution correcte de la technique. L´ukemi est également difficile à effectuer pour qui subit la technique car il ne contrôle plus, ni ses bras, ni l´espace autour de lui. Executée en vitesse, cette technique peut occasionner de sérieux dégats à qui la subit, l´adversaire étant incapable de ralentir et d´amortir sa chute.

 

IMG_1081.JPG

                                                            Koshi guruma par Oleg Popov (Kitami 2013)

 

 

Se prononcer définitivement sur l´origine de Yama arashi reste délicat, chaque discipline, Judo comme Aikijujutsu pouvant légitimement en revendiquer la paternité. Quoi qu´il en soit et qu´elle qu´ait pu être la forme de cette technique, personne mieux que Saigo et, surtout, personne depuis Saigo, n´a été en mesure de la reproduire avec l´efficacité qui lui est prêtée.

 

Il est difficile, en revanche, de ne pas être frappé par les innombrables traits communs entre Saigo et Sokaku. En sus de leur appartenance au même clan, les 2 hommes étaient de petite taille, même pour l´époque, (environ 150 cm), de constitution plutôt menue (entre 50 et 55 Kg environ) et fameux pour leur agilité phénoménale. Leur caractère est également très proche, tous deux étaient connus pour leur propension à faire le coup de poing à la moindre provocation, leur humeur querelleuse, et pour leur formidable maîtrise des armes classiques. Seul leur rapport à l´alcool les différencie notablement, Saigo était un buveur invétéré tandis que Sokaku était, pour sa part, complètement astinent. Quant à leurs capacitès en matière martiale, elles ne font aucun doute et ont été très largement commentées tant de leur vivant qu´après leur disparition et n´ont pas besoin d´etre commentées ultérieurement.

 

Or, pour beaucoup d´experts et de chercheurs, Saigo Tanomo était un administrateur aux hautes responsabilités au service des Matsudaira (Daimyo de Aizu) un profil bien peu compatible avec celui d´un authentique maitre en arts martiaux. Il est effectivement probable que Saigo Tanomo n´ait pas été un expert en arts martiaux et qu´il n´ait été qu´un "simple haut fonctionnaire" mais il n´est pas interdit de penser qu´un Maitre dans l´entourage même de Saigo ait pu enseigner en son nom. Dans tous les cas, même si la nature véritable des relations entre les 3 hommes restera probablement à jamais un mystère, il est difficile de nier que, deux authentiques génies des arts martiaux japonais aux caractéristiques techniques proches, ont eu le même mentor à des périodes bien précises de leur vie.

 

Dans Tomei na Chikara, Sagawa Yukiyoshi révèle l´anecdote suivante:

 

Takeda Sensei séjournait chez nous alors que j´étais âgé de 15 ans (probablement aux alentours de 1917 ndt). A cette époque, un homme originaire de la ville de naissance de Takeda Sensei, Itabashi Rinzo vint lui rendre visite et, alors que nous étions  tous les trois seulement, Sensei projeta Itabashi de différentes façons en utilisant le Taichi ai aiki nage (projection en utilisant l´aiki avec les deux mains depuis la station debout). Itabashi remarqua:" c´est différent de l´ancien style de Ju-jutsu que vous pratiquiez auparavant", ce à quoi Sensei répondit qu´il (ce Ju-jutsu ndt) l´avait appris auprès de Hoshina san.  (nom adopté par Saigo Tanomo après la chute du clan ndt). [...] Quand il (Sokaku ndt) eut atteint la trentaine ou la quarantaine, il commenca à enseigner l´Aiki après avoir en avoir reçu l´enseignement  de la part de Hoshina Chikanori.

 

[...] Takeda Sensei mentionna une fois que seules deux personnes, lui même inclus, avaient étudié avec Hoshina san et que l´autre personne était déjà décédée. Cette personne pourrait être Saigo Shigo (qui était en fait le fils adoptif de Hoshina) [...] On prétend que l´Aiki aurait été transmis à Takeda Sensei par Hoshina/Saigo Sensei bien que je crois que, en réalité, c´est Takeda Sensei qui l´a créé.

 

Comme nous pouvons le constater, la filiation entre Saigo Tanomo, Saigo Shiro et Takeda Sokaku est loin de faire l´unanimité même au sein de la communauté du Daito-ryu. Or, il existe une description assez précise sur la technique de Saigo lors de ses années au Kodokan. Elle nous est révélée par Arima Sumihito, l´un des tous premiers Judoka de l´histoire, auteur du premier livre sur le Judo et partenaire d´entrainement de Saigo.

 

"Son expertise était telle qu´à peine l´adversaire posait la main sur lui, il (l´adversaire ndt) semblait perdre tout contrôle sur son équilibre et sa force et il était projeté avec facilité. Expliquer comment il accomplissait ceci était très difficile même lorsque le voyait de nos propres yeux".

 

Le témoignage en question date de la première décennie du XXème siècle, probablement 1904 ou 1905 ce qui le rend d´autant plus précieux et plus troublant. Le lecteur attentif reconnaitra sans nul doute une description assez vraisemblable de l´Aiki tel qu´il a été popularisé par Takeda Sokaku, Ueshiba Morihei et Sagawa Yukiyoshi et ce bien avant qu´ils n´apparaissent dans le paysage martial de l´époque. Même si ce témoignage ne constitue pas une preuve absolue et irréfutable, il semble néanmoins fort probable que Saigo Shiro ait pu avoir accès à un enseignement supérieur par l´intermédiaire de son père adoptif. Il est, en revanche, impossible de se prononcer sur le degré d´expertise qu´il a pu atteindre.

 

Que Saigo ait été initié ou même pressenti pour faire perdurer la tradition martiale secrète du clan d´Aizu ne constitue pas le problème principal. Il s´agit même d´un problème d´importance secondaire surtout si on considère que son rôle factuel dans la sanctuarisation de l´insitution  Kodokan relève infiniment plus de la fiction que de la stricte vérité.

 

En consultant les notes personnelles laissées par Kano à la postérité, on constate que Saigo Shiro n´a jamais participé en tant que combattant au fameux tournoi de 1886 (parfois 1888 selon les sources) et que la tenue meme de ces rencontres est sujette à caution. La rivalité supposée entre Judo et Ju-jutsu a été très largement sur évaluée par les historiens, peut être induits en erreur par les écrits de Kano. Il ne fait également guère de doutes que la nouvelle rédigée par Tomita Tsuneo: Sugata Sanshiro, et, censée être une biographie fiable de la vie de Saigo est à l´origine de cette légende. La nouvelle sera adaptée à l´écran par un génie du cinéma mondial, Kurosawa Akira. Auijourd´hui encore, des pratiquants font souvent la confusion entre les noms Saigo Shiro et Sugata Sanshiro et la trame du film passe malheureusement pour être une version authentique et crédible de l´histoire.

 

 

Cette image relativement nouvelle de Saigo décevra certainement ceux qui pensaient qu´il  avait été une pièce maîtresse dans l'élaboration et l'ascension fulgurante du Kodokan au sein du paysage martial Nippon, or il conviendrait désormais de redimensionner sa figure légendaire tout comme il serait judicieux de le faire en ce qui concerne les résultats d'une rencontre dont l'authenticité est plus que douteuse.

 

Attendu que rien ne saurait être simple chez Saigo, les raisons de son départ précipité du Kodokan ont également fait l´objet de spéculations et de théories hasardeuses.  L´une d´elles avance le conflit moral insoluble qui aurait torturé Saigo. Refusant de trancher entre l´Oshikiuchi et le Judo, Saigo se serait enfuit pour se consacrer au journalisme et au Kyudo dont il deviendra expert et surtout pour éviter d'avoir à choisir.

 

Las, la vérité se révèle moins noble pour Saigo qui n´a jamais totalement réussit à dompter son irrascible caractère. Après une énième bagarre de rue ayant également impliqué les forces de l´ordre, Kano est contraint d´expulser Saigo du Kodokan pour manquement grâve au réglement intérieur. Kano avait suffisament dénoncé les experts de Ju-jutsu qui s´adonnaient à des pratiques violentes au détriment de la population pour tolérer ce genre de comportements chez ses élèves fussent ils l´élite de la jeune discipline. On imagine aisément que la décision n´a pas du être prise de gaieté de coeur par Kano mais qu' elle était tout à fait inévitable et probablement justifiée.

 

La vie de Saigo après ses années au Kodokan est mal documentée. Certains chercheurs pensent qu´il est devenu journaliste, d´autres qu´il a été espion pour le compte de sociétés secrètes cherchant à se défaire du joug occidental pesant sur l´Asie. Etant donné le caractère bouillant de Saigo et son dangereux penchant pour la bouteille, cette hypothèse est peu crédible. Il a, en revanche, très bien pu devenir homme de main ou garde du corps de certaines personnalités importantes au sein de ces mêmes sociétés. Il décède en 1922 à 56 ans.

 

Saigo-Shiro-con-Sun-Yat-Sen-secondo-da-sinistra-copie-1.jpg

  Saigo Shiro (deuxième à partir de la droite) en compagnie (en qualité de garde du corps?) de Sun Yat Sen

 

 

Saigo est un mystère à plus d´un titre et beaucoup de gens se sont accaparés son nom et son supposé héritage technique et essaient toujours de le perpétuer longtemps après sa mort. Il est malaisé d´affirmer ou d´infirmer avec certitude si Saigo a continué à enseigner après 1891 et, si c'est le cas , de préciser la nature exacte de ce qu´il a enseigné et qui furent ses élèves.

 

Au final, l´image de Saigo demeure floue, enveloppée de mystères et de mythes. La légende a très vite pris le dessus sur la réalité et il est consternant de constater que nombres d´inexactitudes le concernant auraient pu (du) être corrigées si un travail de recherche plus rigoureux avait été effectué.

 

Pour autant, il est probable que nous ne connaitrons jamais la version définitive de l´histoire de la vie de ce pratiquant hors norme dont la légende a malheureusement pris le pas sur la réalité objective rendant ainsi quasiment vaine toute tentative de redimensionnement du personnage dans des proportions plus raisonnables.

 

 

 

 

Repost 0
Published by Ashura - dans Articles
commenter cet article
25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 09:17

L´Enbu Kai s´est déroulé le 03 novembre et a été globalement couronné de succès. Pour l´occasion, un journaliste de la revue Hiden avait fait le déplacement depuis Sapporo pour s´entretenir avec Sano Sensei. Eric a eu la gentilesse d´assurer la traduction de l´entretien pour les francophones sur son blog.  Nous avons pu assister à de belles démonstrations, celle de Norio Sensei étant particulièrement réussie. L´Enbu Kai est également l´occasion de montrer des techniques plus "personnalisées", moins formelles. Il s´agit d´une certaine facon de "présenter" une partie de son répertoire personnel en relation avec ses affinités et ses envies.

 

 

  HPIM2663

                                                                                Le Budokan de Kitami

 

Le Budokan de Kitami dans lequel nous avons effectué la démonstration est flambant neuf et est absolument magnifique. Il a été inauguré 3 semaines avant le déroulement de la manifestation par le légendaire Yamashita Yasuhiro. Le complexe comprend plusieurs salles réservées aux différents styles de Karate enseignés à Kitami (Shotokan, Wado-ryu, Kyokushin), au Kendo, au Judo ainsi qu´une aire de tir consacrée au Kyudo. Le Budokan est ouvert tous les jours du matin jusqu´au soir et ne désemplit jamais. La sérénité et la sollenité se dégageant du batiment est impressionante.

 

HPIM2668

                                                                       Vue intérieure du Budokan de Kitami

 

 

 

IMG_0311-copie-1.JPG

                                                                   Le sympathique Kodama Goro en action

 

 

 

 

      IMG_0591.JPG               IMG 0600

               Norio Sensei et Albert Berlovitz                                            Etranglement suivi d´un contrôle

 

 

 

    IMG 1346

                                                                  Sichiribiki sur attaque au couteau

 

 

IMG_1381.JPG

                                                                                     Gyaku ude dori

 

 

IMG_1465.JPG

                                                            Une technique de contrôle caractéristique de l´école

 

 

IMG_1617.JPG

                                                                                                     Kubi wa

 

 

 

IMG_0101--2-.JPG

                                                                Miyamoto Shihan démontrant Soto gote

 

IMG_0144--2-.JPG

                                                                              Kasa dori par Sasaki Shihan

 

 

Si la pratique en Dojo est très éloignée de ce qui est démontré lors des Enbu Kai, ces derniers n´en sont pas moins fondamentaux pour une association. Ils permettent un effet aux membres du Dojo de se retrouver dans un autre contexte et surtout de présenter au public, profane ou non, les techniques de l´école et pourquoi pas, de susciter ou de raviver des vocations. C´est aussi l´occasion pour les pratiquants vivant à l´étranger de pouvoir faire la connaissance avec les autres membres Japonais de la Shiseikan et de tisser des liens d´amitié, d´échange et de partage. Pratiquer au Japon est une expérience très enrichissante et qu´il convient de renouveller aussi souvent que possible. Quand on connait la gentillesse et la générosité sans égale des gens du Hokkaido, on ne saurait s´en passer.

 

IMG_0005.JPG

 

Repost 0
24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 14:25

A l´invitation de Sasaki Shihan, je me suis rendu à Kitami dans le Hokkaido fin octobre dernier afin de participer au 10ème Enbu Kai du Daito-ryu Aikijujutsu Shiseikan.

 

Kitami est une ville relativement peu peuplée à l´échelle japonaise (125 000 habitants environ). Elle est située dans le nord du Hokkaido.

 

C´est à Kitami que le Daito-ryu Aikijujutsu Shiseikan, fondé par Sano Matsuo Sensei a établit ses quartiers. Sano Sensei pratique le Daito-ryu depuis plus de 60 ans et a eu pour professeur Takeda Tokimune, 36ème Soke de l´école.

 

Le Hombu Dojo de Kitami présente la particularité d´être entièrement privé, les membres de l´école l´ont constuit par leurs propres moyens. Cette indépendance est un atout précieux car il permet aux pratiquants de s´entrainer aux heures prévues mais également à tout moment de la journée et de la semaine, c´est à dire en dehors des 2 sessions quotidiennes prévues.HPIM2634.JPG

                                                                        Vue d´une partie du Hombu Dojo

 

 

Aussi n´est il pas rare de voir apparaitre un élève alors que la leçon est déjà commencée. Les conditions dans le Dojo  sont spartiates. Pas de vestaires, ni de sanitaires, le chauffage est assuré par une poële à pétrole et les tatami sont durs comme de la pierre.Sur les murs, on retrouve les catalogues techniques de l´école rédigés à la main et en Kanji par Sano Sensei en personne. Pas de doutes, nous sommes bien dans un Dojo destiné à la pratique du Daito-ryu Aikijujutsu caractéristique du Hokkaido.

 

HPIM2639.JPG

                                                                         Les fameux catalogues techniques

 

La pratique commence systématiquement par le Junbi Taiso, série d´exercices mélant atemi, assouplissements, projections et chutes. Une grande importance est accordée aux fondamentaux, Aiki Age, Aiki Nage, Aiki Sage et toute une série de routines sont inlassablement repétées. Vient ensuite l´étude des techniques à proprement parler. Etant donné le niveau général très élevé des élèves, 90% des membres du Dojo sont sandan (3ème Dan) et plus, chacun travaille avec son partenaire et paufine les techniques et/ou les principes qu´il souhaite. A propos des grades, il convient de préciser qu´en Daito-ryu Shiseikan le système ne va pas au delà du 5ème Dan, personne à ce jour ne s´est d´ailleurs vu décerner ce grade et, que ,seules 2 personnes Sasaki et Miyamoto Shihan ont obtenu le titre de Shihan. 2 autres pratiquants ont obtenu le 4ème Dan, Sato et Nakano Sensei, quasiment tous les autres membres de l´association sont sandan.

 

Sasaki et Miyamoto Shihan méritent une mention spéciale, ils ont commencé le Daito-ryu Aikijujutsu le même jour voilà 48 ans! et ont continué jusqu´à aujourd´hui en s´entrainant quasiment chaque jour.

 

Bien évidemment, les étudiants étrangers ont pu bénéficier de l´expertise de tous les hauts gradés de l´école. A ce titre, il est toujours très surprenant mais également très rassurant de constater que chaque Daitoryuka possede une technique et des caractéristiques techniques qui lui sont propres et strictement personnelles. Pour Uke, si le résultat reste invariablement le même, à savoir projeté face contre le sol et prit dans un levier articulaire ou un étranglement foudroyant, l´expérience est à chaque fois différente ce qui laisse songeur quant à la profondeur du répertoire technique de l´école et de la liberté qu´elle accorde à ses adeptes. A partir de l´étude formelle des Kata, chaque pratiquant développe ses propres techniques basées sur les grands principes directeurs de l´école: Ma-ai, Kuzushi, Zanchin.

 

La qualité de l´enseignement et des partenaires est infiniment supérieure à tout ce qui se pratique en Europe. Même si cela était prévisible, je ne m´attendais pas à un tel clivage tant au niveau technique qu´au niveau de l´investissement personnel. Le Daito-ryu est une affaire sérieuse à Kitami, contrairement aux Dojo européens, on ne pratique pas dans une optique de loisir ou pour passer un moment avec des camarades d´entrainement. Si l´ambiance est studieuse et le rythme soutenu, l´atmosphère générale est très conviviale et les relations entre les pratiquants est excellente. Une réelle et sincère amitié unit les membres de la Shiseikan.

 

 

 

 

 

Repost 0
6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 11:31

 

 

 

081797_2a.jpg

                                                                                      Takeda Sokaku

 

 

 

Virtuellement inconnu jusqu´au début des années 1990, Sokaku Takeda est devenu l´objet de toutes les attentions depuis que des historiens spécialisés dans les Arts Martiaux japonais ont redécouvert un pratiquant hors norme, lequel peut, sans conteste, prétendre au titre de plus grand expert Japonais de la premiére moitiée du XXème siècle. Personnage pour le moins anachronique, pour ne pas dire excentrique, doté d´une formidable technique elle même au service d´une agressivité hors du commun, Sokaku Takeda aura marqué durablement ses contemporains par ses interminables voyages à travers le Japon pour enseigner et difffuser son art, totalement inédit  à l´époque: Le Daitō-Ryū Aikijūjutsu.

 

Nous retracerons donc les grandes étapes de la vie du fondateur du Daitō-Ryū Aikijūjutsu depuis sa formation aux arts martiaux au sein du clan Aizu, en évoquant ses annèes de pélerinage auprès des experts de l´époque lors de son Musha Shugyo, ainsi que  ses innombrables Koshu (séminaires) dispensés aux 4 coins de l´archipel nippon. 

 

L´ENFANCE D´UN PRODIGE.

 

 

 

Comme souvent, les sources sont sujettes à caution. Si certains documents écrits ont survécu et sont encore aujourd´hui précieusement conservés, l´unique source d´information à notre disposition concernant l´enfance et la formation martiale de Sokaku, provient de son fils Takeda Tokimune qui a consigné par écrit les événements de relief mettant en scène son père dans des bulletins d´informations distribués au sein de la Takeda-den Daito-ryu Aiki Budo. On recense, au total, une douzaine d´articles retracant le parcours du jeune Sokaku, parfois en relation avec l´histoire du clan et de ses fortunes diverses. Il semble acquis que Tokimune se soit contenté de léguer à la postérité les anecdotes qui lui ont été transmises directement par Sokaku. A ce titre, il n´est pas invraisemblable de penser que certains embellissements de l´histoire "officielle" aient pu être plus ou moins sciemment introduits. Ces documents, s´ils s´inscrivent, pour la majorité d´entre eux,  dans une période charnière allant de la fin de la fin de l´époque Edo jusqu´à la restauration Meiji , ne sauraient être considérés comme des chroniques historiques totalement fiables, ni complètement impartiales.

 

Fils cadet d´un lutteur de Sumo de haut niveau et combattant aguerri, Sokaku nait le 10 octobre 1859 en Aizu, un fief situé dans le nord-est de Honshu et allié indéfectible du Bafuku (pouvoir Shogunal) . L´extreme fidélité et le jusqu´au boutisme quasi fanatique des Aizuppo aux Tokugawa constitue le motif principal de la destruction de la capitale de la province, planifiée par la coalition des clans Satsuma et Choshu, puis du démantelement du clan et de la dispersion de ses Samourais.


En dépit  de leur prestigieux patronyme et de leur non moins illustre linéage, les Takeda n´occupaient pas de positions à responsabilité au sein du clan Aizu et ne faisaient vraisemblablement pas partie des familles les plus influentes. En tout état de cause, leur position dans la hiérarchie locale était très modeste. De fait, Takeda Sokichi, le père de Sokaku, probablement un simple Goshi, ( Samourai qui réside à la campagne) fut autorisé à demeurer en Aizu après la chute du clan, contrairement aux familles de Samourais de haut rang qui durent se résoudre à l´exil dans des zones particulièrement inhôspitalières du pays et dans des conditions absolument dramatiques.

 

Au sortir de la guerre Boshin, Sokichi  est contraint de cultiver lui meme les terres dont il a la charge. En sus de ses travaux agricoles, il enseigne activement le Kenjutsu et le Bojutsu dans son Budojo, construit plusieurs années auparavant. Il poursuit, parrallèlement, la pratique du Sumo et acceuille régulièrement chez lui entre 4 et 5 uchi deshi (élèves à résidence) qui lui prètent main forte aux champs en échange de son enseignement.

 

Sokichi n´est pas uniquement un Sumotori de renom et un expert en arts martiaux, il est également un homme de culture et parvient remarquablement bien à analyser les profonds changements à venir et à anticiper en conséquence.  Il pressent ainsi l´importance croissante de l´éducation et transforme le temple Saiko-ji, fondé par Takeda Kunitsugu, en une école destinée aux jeunes enfants du clan.

 

Les rapports qu´entretient Sokaku avec son père méritent que l´on s´y attarde un instant. Sokichi semble avoir éprouvé les pires difficultés dans la gestion de l´éducation de son cadet lequel, de son coté, ne tarde guère à se faire défavorablement remarquer pour son caractère rebelle et sa propension à  embarrasser son père. Les habitants du village ne tardent pas non plus à l´affubler du sobriquet peu flatteur de "vilain petit singe".

 

Takeda Tokimune nous révèle l´anedocte suivante:"Il y avait dans le village un prêteur d´argent cupide. Sokaku réalisa à quel point il était la cause de troubles importants parmi les villageois en raison de ses méthodes de recouvrements peu recommandables. Il élabora donc un stratageme afin de verser de l´urine sur la tête du prêteur lorsque celui ci franchirait le seuil de sa porte. Lorsque le père de Sokaku eut vent de l´agitation qui s´en était suivie, il fut contraint dese prosterner aux pieds du prêteur pour s´excuser du comportement de son fils. Sokaku, pour sa part, s´était déjà enfuit et était hors d´atteinte".

 

Des tournois de Sumo amateurs étaient régulièrement organisés dans les villages avoisinants. Sokichi, en tant que lutteur professionnel ayant atteint le rang prestigueux de Ozeki (le plus élevé à l´époque, le rang de Yokozuna ayant été introduit à partir de 1890) avait formellement interdit à son fils d´y participer. En effet, Sokaku avait pour habitude de remporter systématiquement tous les tournois et, ce avec une facilité déconcertante. La présence même de Sokaku à ses tournois était inconvenante du fait de son lien de parenté avec Sokichi. Afin de préserver l´honneur et la réputation de sa maison, Sokaku était assigné, sous la contrainte, dans le Dojo familial et vivement encouragé à polir ses techniques en Bojutsu lorsque des rencontres étaient organisées. En dépit des consignes strictes imposées par son père, il semble que Sokaku ait réussit à plusieurs reprises à s´échapper du Dojo pour se rendre à ces tournois. Probablement ulcéré par le comportement peu respectueux de son fils et, désabusé par sa propre incapacité à gérer une personnalité si singulière, Sokichi brûle du moxa sur les ongles des pouces de Sokaku pour l´empêcher, via des blessures incapacitantes, d´aller combattre.

 

Si le jeune Sokaku montre, très tot, des dispositions exceptionnelles pour les arts martiaux et le Sumo, il n´en va pas de même pour les sciences humaines  telles l´écriture, la lecture des classiques ou la calligraphie. Refusant obstinement d´apprendre à lire et à écrire et étant une source de nuisance constante pour les autres élèves, Sokichi, en désespoir de cause, et, après de multiples tentatives pour remedier à l´aversion totale de son fils pour les études, est contraint d´expulser définitivement Sokaku de l´école qu´il a fondé. Il demeurera illettré pour le restant de ses jours.

 

Définitivement débarrassé de ces "encombrantes obligations", Sokaku se consacre corps et ame à l´étude des arts martiaux. Il fréquente assidument le Dojo Yokikan du Maitre Shibuya Toma ou il est initié aux subtilités de l´Ono-ha Itto-ryu, l´école de sabre officielle du clan. Il pratique également le Sojutsu de la Hozoin Takada-ryu sous la houlette de son père qui avait été lui même formé par son beau père Kurokichi Dengoro (grand père maternel de Sokaku). C´est à cette époque que Sokaku développe une technique inédite: porter simultanément un coup avec la lance et le sabre dans chaque main.

Infiniment peu d´experts en Kenjutsu ont choisit d´opter pour une tenue du sabre à une main. Cette saisie atypique et les adaptations techniques qu´elle impose n´a vraisemblablement jamais été considérée comme une stratégie viable et, ce, en dépit des exploits accomplis par Miyamoto Musashi. Sokaku, pour sa part, affine ultérieurement cette technique. Il parvient, non seulement, à frapper avec son sabre d´une seule main  à une vitesse et une précision fulgurante mais il est également complètement ambidextre et peut alterner les coups, à volonté, aussi bien avec sa main droite qu´avec sa main gauche. Cette technique absolument phénonémale deviendra caractéristique de son style et sera très largement éprouvée, nous y reviendrons plus tard, au cours des duels à venir dans les innombrables Dojo de l´archipel.

 

Après avoir sollicité et affronté tous les experts en arts martiaux du clan Aizu ayant survécu à la guerre de Boshin, Sokaku décide de rejoindre en 1873 le Dojo d´un expert en Jiki Shinkage ryu, Sakakibara Kenkichi. Cette date marque le début formel de son Musha Shugyo (pélerinage martial).

 

A cette date (1873), il n´est pas formellement établit que Sokaku possédait déjà une expertise en Ju-jutsu. On ignore même s´il y avait été simplement initié. Lorsqu´il quitte l´Aizu, Sokaku est déjà très avancé en Kenjutsu, Sojutsu, Bojutsu et en Sumo, et s´il n´est pas interdit de penser que son père ait pu tenter de lui transmettre quelque rudiment en Ju-jutsu, rien ne laisse supposer qu´il maitrise ou qu´il s´intéresse à ce qui constituera la base technique du Daito-ryu Aikijujutsu, l´Oschikiuchi. Les événements à venir dans les années suivant son départ du clan confortent très sensiblement cette impression.

 

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE.


 

 


 


Repost 0
5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 13:08

Daito-Tech11.jpg

                                                                                   Takeda Tokimune

 

 

 

Successeur désigné de Takeda Sokaku, le troisième fils du petit Tengu d´Aizu reste, paradoxalement, une figure largement méconnue dans le petit monde du Daito-ryu Aikijujutsu et ce, en dépit du relatif regain d´intérêt et de curiosité de la part du grand public pour l´école.

 

Il est difficile d´expliquer rationalement pourquoi Takeda Tokimune (1916-1993), contrairement à d´autres experts de l´école, n´a pas su susciter plus d´attention de la part des chercheurs modernes en arts martiaux. Ainsi le fameux chercheur Américain, Donn Draeger, dans son "Modern Bujutsu & Budo"  (rédigé en 1974) se limite t´il à un très laconique: "Takeda Tokimune est l´actuel chef de file de l´école". Difficile d´être plus expéditif. En fait, il semblerait que le profil résolument discret adopté par Tokimune au cours de ses années d´enseignement ainsi que la localisation même du Daitokan Dojo, dans la lointaine et froide Abashiri, aient joué en sa défaveur et aient ainsi contribué à son quasi anonymat.

 

A ce titre, il convient de signaler, une fois de plus, l´excellent travail effectué par Eric Grousilliat sur son Blog. En parcourant l´article, on peut mesurer, à sa juste valeur, l´ampleur de la tâche à laquelle s´est astreinte Tokimune au sortir de la deuxième guerre mondiale et ce, dans des conditions que l´on imagine dantesques.

 

La mort de Takeda Tokimune en 1993 a sapé les bases de l´association qu´il avait fondé (qui comptait jusqu´à 3.000 membres pour une soixantaine de Dojo ) et  provoqué un schisme au sein de l´école. Privée de son leader technique et en l´absence de consignes claires et précises de la part du Soke, la "ligne principale" élaborée et transmise patiemment au cours des décennies précedentes s´est morcellée en une multitude de courants. La santé de Takeda Tokimune avait commencé à se détériorer à partir du milieu des années 80 pour ne cesser d´empirer, ses dernières années ayant été particulièrement douloureuses pour ses proches, ce qui a grandement contribué à l´inexorable délitescence de l´organisation.

 

Au lendemain de la mort de Takeda Tokimune, plusieurs organisations "indépendantes" ont ainsi vu le jour dans le but, affiché, de perpétuer les techniques orthodoxes du Daito-ryu Aikijujutsu.

 

Quels sont les élèves du dernier Soke qui peuvent légitimement se réclamer de son enseignement et qui ont transmis les techniques, principes et stratégies de l´école à la postérité?

 

On ne sera guère surpris de retrouver dans cette liste, non exhaustive,  les élèves, membres du Daitokan Dojo, qui ont pu bénéficier d´un enseignement direct, quotidien pendant plusieurs décennies mais, il convient de citer également également d´autres experts, qui ont fait l´effort de se rendre à Abashiri pour parfaire leur art.

 

L´un d´eux est Chiba Tsugutaka Sensei du Takumakai qui a été l´élève du fameux Takuma Hisa et de Takeda Tokimune. Une série vidéo produite par Guillaume Erard lui est actuellement consacrée pour notre plus grand bonheur.  Une des vidéos relate l´expérience vécue par Chiba Sensei et certains de ses compagnons au sein du Daitokan Dojo. Il s´agit, bien évidemment, d´un document à la valeur inestimable surtout si l´on considère que rares sont les  élèves directs de Takeda Tokimune  encore en vie aujourd´hui.

 

 

shikoku-chiba-01.jpg

                                                         Chiba Sensei avec Guillaume Erard et Olivier Gaurin.

 

Un autre ancien membre de la Takumakai s´est également rendu à Abashiri pour bénéficier de l´enseignement de Tokimune Soke. Il s´agit du fondateur du Hakuho-ryu Aiki Budo, Okabayashi Shogen. En dehors de son apprentissage auprès de Takuma Hisa, puis de Takeda Tokimune, Okabayashi Sensei présente la particularité d´avoir longtemps fait partie de la Seishinkai, l´organisation fondée par les élèves du défunt Soke, membres du Daitokan Dojo, basée à Abashiri et à Kitami. En 2002, Okabayashi Sensei décide de fonder son propre système basé sur l´apprentissage reçu au sein de la Takumakai, du Daitokan Dojo, puis de la Seishinkai.  Il relate ses différentes expériences au cours d´un entretien accordé à FigthingArts.com.

 

En Hokkaido, plusieurs pratiquants se sont également distingués. Parmi eux, Suzuki Shinpachi Shihan, très peu connu même au sein de l´école Daito en raison d´un décès prématuré. D´un avis unanime de la part des anciens membres du Daitokan Dojo, Suzuki Sensei était un pratiquant hors normes, expert en Ju-jutsu et calligraphe émérite.

 

_wsb_266x212_daito.jpg

                                                                 Arisawa Gunpachi

 

 

 

Kato Shigemitsu et Arisawa Gunpachi Shihan ont suivi l´enseignement de Takeda Tokimune pendant plus de 30 ans. A la mort de ce dernier, ils fondent conjointement avec Sano Matsuo Shihan, la Nihon Daito-ryu Aikibudo Seishinkai dans le but de préserver les techniques du Daito-ryu Aikijujutsu tel qu´il était pratiqué au Daitokan Dojo. La sévérité de l´entrainement à Abashiri est décrite par Kato Shigemitsu Shihan dans un passage de son autobiographie intitulée Michi (ma voie):

 

"C´était très dur, pas léger comme aujourd´hui“ raconte t´il à propos des leçons et de la pratique de l´époque. Par exemple, les nagewaza (techniques de projection) s´effectuaient de facon à empêcher l´adversaire de faire un ukemi (brise chute) correct. Par conséquence, on assistait quotidiennement à des pertes de connaissance suite à la chute sur la tete de l´un des pratiquants. En raison des nombreux ukemi, les bleus tiraient sur le noir plutôt que sur le gris bleu".

 

 

"[...]Une autre anecdote maintenant: Il était tacitement de norme que les sessions d´entrainement qui se déroulaient au Daitokan ne soient généralement pas ouvertes aux membres ne faisant pas partie du Dojo. Pourtant, un jour, un pratiquant d´un autre Dojo eut l´occasion d´assister à une séance d´entrainement. Ce dernier découvrit ainsi que la pratique était vraiment très dure et sévère au Honbu Dojo, et retournant, dans son Dojo, repenti, il dit à ses partenaires: Nous sommes bien trop légers, c´est une honte d´utiliser le nom de Daito-ryu pour désigner notre pratique bien trop légère“.

 

 

"[...]Les élèves auxquels Maitre Tokimune enseignait directement sont différents de ceux des dojo affiliés et à qui le Maitre enseignait en dehors du siège central. Le Maitre enseignait de façon très sévère aux élèves du siège central alors qu´il ne procédait qu´à de légères corrections quand il enseignait à l´extérieur. Par conséquent, on disait alors que l´on ne pouvait apprendre les techniques authentiques qu´au Daitokan. Le Soke Takeda Tokimune à partir de l´an 66 de l´époque Showa (1991), en raison de sa maladie, ne parvenait plus à enseigner tous les jours, par conséquent, l´organisation toute entière vécut une période de troubles importants. C´est avec un sens aigu du devoir et afin de protéger et de transmettre les techniques authentiques du Maitre Tokimune, que certains membres, pleins de bonne volonté, fondèrent en 1993 le siège central de la Nihon Daito-ryu Aikibudo Seishinkai à Abashiri [une nouvelle association avec un nouveau Dojo appelé Nakagawa Ise et dont Sano Matsuo devint le président], ou Takeda Tokimune avait fondé le Daitokan [dans une autre partie de la ville NDT].

 

Traduction complète disponible ici.


Certa.png

kato01

 

Une branche européenne de la Seishinkai, devenue Daitokai par la suite, a été fondée par Antonino Certa au milieu des années 90.Une écrasante majorité des pratiquants de Daito-ryu actifs en Europe et dans d´autres parties du monde comme Israël et la Russie font ou ont fait partie de la Daitokai à un moment donné de leur pacours martial.

daito-ryu-aikibudo-libro-71906

 

 

Certa Sensei a très largement contribué à diffuser les enseignements re çus à Abashiri et dans d´autres Dojo du Hokkaido et à faire connaitre les techniques du Daito-ryu Aikijujutsu à l´extérieur du Japon. Il est également l´auteur d´un ouvrage très complet sur le Daito-ryu incluant des passages historiques rédigés de la main de Takeda Tokimune et de nombreuses photographies inédites. Le livre est disponible en anglais et en italien. Il constitue l´un des rares ouvrages incontournables en la matière. Il présente,en outre, l´avantage d´avoir été rédigé par un pratiquant avancé, de surcroit, contrairement à la grande majorité des livres consacrés au Daito-ryu et qui sont le fruit de non pratiquants (de Daito-ryu) n´ayant pas ou très peu d´expérience en Daito-ryu, ou de journalistes. De fait, ces essais comportent souvent de grossières erreurs et contribuent á véhiculer une image très largement erronée sur l´art et sur ses principales figures.

 

 

Au milieu des années 90, la société de productions BAB (Budo and Bujutsu) a publié une série de 5 vidéos. Il s´agissait alors d´une oeuvre unique puisque le Hiden Mokuroku dans sa totalité, agrémenté de quelques ura waza a ainsi pu  être mis à la disposition du grand public.

 

Ci dessous, un court extrait au cours duquel il est possible de voir en action les regrettés Kato Shigemitsu et Arisawa Gunpachi Shihan en action ainsi que Sano Matsuo Shihan.

 

 


 

 

Sano Matsuo Shihan est aujourd´hui à la tête du Daito-ryu Aikibudo Sisheikan, une organisation basée à Kitami. De nombreux Dojo européens sont affiliés à cette association. Si Sano Shihan n´enseigne plus en personne, la Sisheikan peut se réjouir d´avoir en son sein des enseignants de haut niveau, d´une immense générosité et sincèrement passionnés par le Daito-ryu Aikijujutsu. Un certain nombre d´entre eux étaient également élèves au Daitokan Dojo et pratiquent l´art de puis plus de 30 ans avec une constance et un dévouement admirable.  Préserver cet art martial et le transmettre correctement à la prochaine génération est le but et l´objectif partagé par tous les membres de la Shiseikan.

 

 

Si l´héritage martial de Takeda Tokimune est moins impressionant que celui laissé par son père, il n´en est pas moins important, ni fondamental. Takeda Tokimune a réussit à créer une structure solide et à former nombre de Shihan capables lesquels, à leur tour, ont formé d´autres pratiquants de haut niveau qui seront les Maitres de demain. L´attrait croissant que suscite l´école à l´extérieur du Japon est également un motif de satisfaction et d´espoir pour  le futur du Daito-ryu Aikijujutsu. Préserver les principes et les enseignements profonds du système est une prioritée absolue et nombreux sont les experts qui s´y consacrent entièrement, pour notre plus grand plaisir. J´espère que ces quelques lignes sauront leur rendre un hommage grandement mérité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 15:33

-Remembering-Aizu.jpg

 

 

Pour ceux qui en doutaient encore, il existe réellement des trésors insoupçonnés dans la littérature et plus particulièrement dans certaines autobiographies. Remembering Aizu fait partie de cette catégorie. Ouvrage confidentiel par excellence, "le testament de Shiba Goro" nous plonge en pleine guerre Boshin à une époque ou deux conceptions diamètralement opposées du Japon s´opposent sans merci.

 

Le père de Shiba Goro, Satazo est un Kurohimo, un Samourai de haut rang au sein du clan Aizu (2ème rang le plus important dans la hiérarchie). Il est également un homme influent et respecté par ses pairs, ses émoluments, estimés à 280 Koku par an, lui permettent de maintenir sa famille confortablement et d´offrir une bonne éducation à ses enfants.

 

La vie de Shiba Goro et de ses proches bascule brutalement en septembre 1868 lorsque le nouveau gouvernement décide de soumettre le clan par la force. Catalogué comme ennemi impérial, le Daimyo d´Aizu Matsudaira Katamori est un serviteur zélé de la famille Tokugawa et ses Samourais stationnés à Kyoto ont longtemps contrarié les plans des Loyalistes, ennemis acharnés du Shogunat et fervents partisans du retour de l´Empereur au pouvoir.

 

Remembering Aizu relate, avec force détails, les événements tragiques liés à la guerre tels les sacrifices poignants des femmes de Samourai préférant se donner la mort plutôt que de se soumettre, la destruction du chateau, la longue marche vers Tokyo en qualité de prisonnier de guerre, le démantelement du clan et l´exil forcé dans l´extrème nord de Honshu ou nombre de famille de fidèles Samourai feront l´amère expérience de la misère, du froid et et de la famine. Les derniers chapitres sont consacrés au combat que l´auteur mène pour se refaire une place dans une société alors en pleine mutation et terminent en apothéose avec la rebellion Satsuma menée par Saigo Takamori. Ironie de l´histoire, certains des commandants ayant contribué activement à la chute du clan Aizu périront au cours de cette rebellion, et de nombreux Aizuppo, galavanisés par l´esprit de vengeance participeront aux batailles en qualité de soldats de l´armée impériale.

 

Le récit, à la fois captivant et tragique, constitue un document exceptionnel et a le mérite d´exposer le point de vue et les sentiments des Samourai ayant combattu aux côtés des forces Shogunales jusqu´à l´extrème limite de leur forces et de leur indéfectible loyauté.

 

Traduit et annoté par Craig Teruko.

 

 

Repost 0
Published by Ashura - dans Livres
commenter cet article
31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 20:33

L´indigence de (bons) livres traitant du Daito-ryu Aikijujutsu en langue anglaise ou dans une autre langue européenne est un problème auquel le pratiquant se heurte souvent. En général, lorsqu´un étudiant se met spontanément à la recherche de sources sur son art, c´est qu´il commence à envisager l´étude sous un angle nouveau et qu´il entend parfaire ses connaissances sur l´histoire, les traditions et les personnages qui ont façonné "son" école.

 

Pour les japonisants, ce problème n´en est, en réalité, pas un. Les ouvrages disponibles sont nombreux et certains ont été rédigés par des pratiquants très avancés pour des pratiquants eux mêmes solidement engagés sur la voie. A ce titre, certains auteurs refusent catégoriquement de laisser leurs livres être traduits dans une langue étrangère. Ils souhaitent réserver le contenu et le fruit de leurs recherches à des lecteurs en mesure de lire le japonais. Si la démarche peut être frustrante, elle peut aussi constituer une forme de motivation pour les étudiants en arts martiaux japonais qui ne savent pas (encore) déchiffrer les différents alphabets constituant l´écriture japonaise.

 

D´autres livres n´ont pas vocation à être introduits auprès du grand public. C´est le cas du Soden de la Takumakai. Le Soden est un ouvrage unique en son genre. Il est constitué de 11 volumes abondament illustrés par des photographies datant du milieu des années 30. Les volumes numérotés de 1 à 6 reprennent l´enseignement dispensé par Ueshiba Morihei, fondateur de l´Aikido, tandis que les 5 suivants s´inspirent des leçons imparties par Takeda Sokaku immédiatement après le départ de Ueshiba.

 

Soden-10.jpg

                                      Une des photographies illustrant le Soden de la Takumakai.

 

 

Dans la même veine, Takeda Tokimune, avait également publié un ouvrage réservé, pour sa part, exclusivement aux  Shihan de la Takeda-den Daito-ryu Aikibudo. Que l´on se rassure cependant, les passages les plus importants d´un point de vue historique ont été traduits dans l´un des ouvrages que nous allons maintenant présenter.

 

Transparent power de Kimura Tatsuo traite pricipalement de la vie de Sagawa Yukioshi, un des rares élèves de Takeda transparentpower-cover2-lgSokaku à avoir activement enseigné avec lui en qualité d´assistant instructeur. De fait, le livre regorge d´anecdotes concernant Sokaku, sur sa personnalité, sur sa technique, sur ses prouesses en sabre et sur sa formidable vitalité. Deux chapitres sont consacrés aux notes personnelles prises par l´auteur au cours des 20 années passées auprès de Sagawa Sohan. Le livre est désormais un grand classique au Japon et est absolument indispensable pour qui s´intéresse à la technique et à l´histoire du Daito-ryu Aikijujutsu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daito-ryu Aikibudo de Antonino Certa.

 

 

Un livre écrit par le seul Occidental a avoir durablement pratiqué avec Takeda Tokimune, puis avec ses élèves de Abashiri. Il s´agit de l´un des seuls ouvrages qui soit rédigé par un pratiquant non japonais avec une grande expérience de l´école. La première partie donne un historique très complet de l´école tiré de l´ouvrage publié par Takeda Tokimune et distribué au sein de l´association Takeda-den à l´intention de ses seuls Shihan. La seconde partie est consacrée à l´histoire de l´Ono-ha Itto-Ryu.

 

Buch-Certa.png

                                                           Techniques issues du Hiden Mokuroku

 

 

Conversation with Daito-ryu masters de Stanley Pranin.

 

Pranin, pratiquant d´Aikido et journaliste, a interviewé beaucoup de pratiquants avancés en Daito-ryu Aikijujutsu dont certains ont été des élèves directs de Takeda Sokaku. Parmi eux, Takeda Tokimune, Sagawa Yukiyoshi, Hisa Takuma et Sato Keisuke, tous disparus depuis. L´ouvrage propose ce qui est vraisemblablement la première biographie en anglais consacrée à Takeda Sokaku. Comme on pouvait s´y attendre, les relations qu´entretenaient ce dernier avec Ueshiba Morihei sont également abordées. 

 

 

Cette bibliographie, somme toute très modeste, surtout si on la compare avec d´autres disciplines, n´en demeure pas moins indispensable pour qui s´intéresse à l´histoire du Daito-ryu Aikijujutsu. Les 3 ouvrages sont traités avec beaucoup de sérieux et contiennent tous des photographies et des anecdotes inédites. Cette liste n´a toutefois pas la prétention d´etre exclusive, ni exhaustive, nous espérons sincèrement que d´autres chercheurs viendront, dans le futur,  apporter leur contribution et enrichir cette collection.

 

 

 

 

Repost 0
Published by Ashura - dans Livres
commenter cet article
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 08:23

On ne présente plus Helio Gracie (1913-2009) le co-fondateur, avec son frère Carlos (1902-1994) de l´un des systèmes de combat les plus populaires au monde: le Gracie Jiu-Jitsu.

 

En 2005, Helio, alors agé de 92 ans,  publie un ouvrage monumental intitulé sobrement Gracie Jiu-Jitsu.

 

Helio-Gracie-book-cover.jpg

 

 

1.200 photos de très grande qualité sont reparties sur plus de 275 pages, on voit Helio Gracie présenter l´oeuvre de sa vie avec son fils et successeur désigné Rorion pour partenaire. Paradoxalement, serait on tenté de dire, les techniques démontrées sont exclusivement axées sur la self defense et n´abordent pas l´aspect sportif qui a pourtant fait le succès du Jiu Jitsu brésilien. On y retrouve pèle mèle des défenses sur différentes saisies, sur des coups et comment faire face à une arme, chaque séquence est décortiquée phase après phase et fait l´objet de commentaires eux mêmes agrémentés de "conseils particuliers" (1 à 2 par technique).

 

On retrouve bon nombre de ces techniques dans cette vidéo mettant aux prises Helio avec certains de ses petits enfants.

 

 


 

 

Il ne s´agit pas ici de discuter sur la qualité, la pertinence, l´applicabilité et le réalisme des solutions proposées. On note néanmoins que Helio affectionnait tout particulièrement les projections de hanche de type O-goshi et qu´on les retrouve dans pratiquement toutes les séquences effectuées en station debout.

 

Si le livre est abondament illustré, il est, en revanche, beaucoup plus lapidaire en ce qui concerne le texte. Helio Gracie ne s´attarde guère ni sur son histoire personnelle, ni sur celle de l´art qu´il a contribué à créer.  Cependant, certains passages sont assez percutants, en voici quelques extraits:

 

"Quelle que soit votre formation martiale et votre niveau d´expérience, je vous recommande de considérer ce livre en vous partant du principe que, dans une situation réelle, votre agresseur pourrait bien être plus grand, plus lourd et plus fort que vous. L´objectif étant de vous dissuader de recourir exclusivement à des attributs physiques tels la force, la vitesse et/ou la coordination. Gardez touours à l´esprit que quel que soit votre niveau, il y aura toujours quelqu´un  plus fort, plus rapide et plus coordonné que vous".

 

 

"La répétition est un élément clé dans l´élaboration des réflexes d´un étudiant. En d´autres termes, c´est au professeur qu´incombe la responsabilité de s´assurer que l´étudiant répête ses gammes infiniment."

 

 

"De nos jours, les écoles de Jiu-Jitsu sont, dans la plupart des cas, devenues des usines à fabriquer "des champions de tournoi", et l´on assiste à un effet boule de neige dans lequel les étudiants les plus costauds deviennent des champions  et ouvrent des écoles, enseignant ainsi leur style à d´autres pratiquants costauds lesquels, à leur tour, deviendront également instructeurs. Etant donné que beaucoup de compétiteurs ouvrent des écoles et enseignent sans la méthodologie adéquate, le Jiu-Jitsu est en train de se diluer de plus en plus, la priorité étant donnée à l´aspect sportif. Souvent, l´individu lambda est intimidé par cette atmosphère "tough guy" et alors qu´ils représentent la catégorie de personnes qui pourraient  retirer le plus de bénéfices de la pratique du Jiu-Jitsu, ils sont mis de côté."

 

"Il se pourrait que vous constatiez des similitudes entre les techniques contenues dans ces pages et leurs équivalentes japonaises. Comme je l´ai déjà dit plusieurs fois, je n´ai pas inventé le Jiu-Jitsu, je l´ai juste amélioré. C´est un peu comme si j´avais eu un Kimono trop grand et que je l´avais adapté parfaitement à ma taille. Le Gracie Jiu-Jitsu est une version améliorée des concepts traditionnels. J´ai mis l´accent sur les leviers, la technique et l´économie de mouvements au lieu de la vitesse et de la puissance."

 

"Il existe un nombre limité de techniques de base mais, en revanche, il y a un nombre illimité de variations. Ce livre abordera les techniques de base.  Ce sont celles qui sont, à mon avis, les plus importantes et dont vous pourrez tirer le plus de bénéfices dans des situations réelles. Depuis que j´ai commencé la pratique du Jiu-Jitsu, et en raison de mon manque de force, mon objectif a toujours été d´obtenir une efficacité maximum de la façon la plus simple et demandant le moins d´effort possible. Je n´ai pas passé ma vie à essayer d´améliorer un système qui me ferait faire bonne figure au cours d´une compétition, plein de pirouettes fantaisistes et de mouvements pittoresques. J´ai developpé une méthode de self dfense complète, facile et efficace. Les techniques présentées dans cet ouvrage, lorsqu´elles sont exécutées correctement, permettent à des individus de petite stature de se défendre face à des adversaires plus grands et plus forts.

 

 

Lors de sa parution en 2005, beaucoup de lecteurs ont défini le livre de Helio Gracie tantot comme un manuel technique, une bible ou encore un testament. A chacun de se faire une idée en fonction de sa compréhension du document et de son implication dans le Jiu-Jitsu brésilien. La conclusion, toutefois mérite de revenir à Helio:

 

"Petit à petit, les éléments les plus importants du Jiu-Jitsu  sont négligés et l´aspect sportif devient de plus en plus prépondérant. Le réalisme qui était autrefois l´essence du Jiu-Jitsu est en train de s´éclipser. Ce livre est la garantie qu´il ne sera [le réalisme ndt] jamais oublié".

 

 

helio-gracie-jiu-jitsu-vale-tudo.jpg

                                                                        Helio et Rorion  Gracie

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Ashura - dans Livres
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Ashura
  • Le blog de Ashura
  • : Blog consacré aux Ryû authentiques du Japon et plus particulièrement au Daito-Ryû JûJutsu et Daito-Ryû Aikijûjutsu. Par extension,des articles sur d'autres écoles et/ou styles de JûJutsu seront également publiés. Ponctuellement, d´autres disciplines ou d´autres experts pourront être abordés.
  • Contact

Traductions

Recherche

Catégories