Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 09:17

L´Enbu Kai s´est déroulé le 03 novembre et a été globalement couronné de succès. Pour l´occasion, un journaliste de la revue Hiden avait fait le déplacement depuis Sapporo pour s´entretenir avec Sano Sensei. Eric a eu la gentilesse d´assurer la traduction de l´entretien pour les francophones sur son blog.  Nous avons pu assister à de belles démonstrations, celle de Norio Sensei étant particulièrement réussie. L´Enbu Kai est également l´occasion de montrer des techniques plus "personnalisées", moins formelles. Il s´agit d´une certaine facon de "présenter" une partie de son répertoire personnel en relation avec ses affinités et ses envies.

 

 

  HPIM2663

                                                                                Le Budokan de Kitami

 

Le Budokan de Kitami dans lequel nous avons effectué la démonstration est flambant neuf et est absolument magnifique. Il a été inauguré 3 semaines avant le déroulement de la manifestation par le légendaire Yamashita Yasuhiro. Le complexe comprend plusieurs salles réservées aux différents styles de Karate enseignés à Kitami (Shotokan, Wado-ryu, Kyokushin), au Kendo, au Judo ainsi qu´une aire de tir consacrée au Kyudo. Le Budokan est ouvert tous les jours du matin jusqu´au soir et ne désemplit jamais. La sérénité et la sollenité se dégageant du batiment est impressionante.

 

HPIM2668

                                                                       Vue intérieure du Budokan de Kitami

 

 

 

IMG_0311-copie-1.JPG

                                                                   Le sympathique Kodama Goro en action

 

 

 

 

      IMG_0591.JPG               IMG 0600

               Norio Sensei et Albert Berlovitz                                            Etranglement suivi d´un contrôle

 

 

 

    IMG 1346

                                                                  Sichiribiki sur attaque au couteau

 

 

IMG_1381.JPG

                                                                                     Gyaku ude dori

 

 

IMG_1465.JPG

                                                            Une technique de contrôle caractéristique de l´école

 

 

IMG_1617.JPG

                                                                                                     Kubi wa

 

 

 

IMG_0101--2-.JPG

                                                                Miyamoto Shihan démontrant Soto gote

 

IMG_0144--2-.JPG

                                                                              Kasa dori par Sasaki Shihan

 

 

Si la pratique en Dojo est très éloignée de ce qui est démontré lors des Enbu Kai, ces derniers n´en sont pas moins fondamentaux pour une association. Ils permettent un effet aux membres du Dojo de se retrouver dans un autre contexte et surtout de présenter au public, profane ou non, les techniques de l´école et pourquoi pas, de susciter ou de raviver des vocations. C´est aussi l´occasion pour les pratiquants vivant à l´étranger de pouvoir faire la connaissance avec les autres membres Japonais de la Shiseikan et de tisser des liens d´amitié, d´échange et de partage. Pratiquer au Japon est une expérience très enrichissante et qu´il convient de renouveller aussi souvent que possible. Quand on connait la gentillesse et la générosité sans égale des gens du Hokkaido, on ne saurait s´en passer.

 

IMG_0005.JPG

 

Repost 0
24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 14:25

A l´invitation de Sasaki Shihan, je me suis rendu à Kitami dans le Hokkaido fin octobre dernier afin de participer au 10ème Enbu Kai du Daito-ryu Aikijujutsu Shiseikan.

 

Kitami est une ville relativement peu peuplée à l´échelle japonaise (125 000 habitants environ). Elle est située dans le nord du Hokkaido.

 

C´est à Kitami que le Daito-ryu Aikijujutsu Shiseikan, fondé par Sano Matsuo Sensei a établit ses quartiers. Sano Sensei pratique le Daito-ryu depuis plus de 60 ans et a eu pour professeur Takeda Tokimune, 36ème Soke de l´école.

 

Le Hombu Dojo de Kitami présente la particularité d´être entièrement privé, les membres de l´école l´ont constuit par leurs propres moyens. Cette indépendance est un atout précieux car il permet aux pratiquants de s´entrainer aux heures prévues mais également à tout moment de la journée et de la semaine, c´est à dire en dehors des 2 sessions quotidiennes prévues.HPIM2634.JPG

                                                                        Vue d´une partie du Hombu Dojo

 

 

Aussi n´est il pas rare de voir apparaitre un élève alors que la leçon est déjà commencée. Les conditions dans le Dojo  sont spartiates. Pas de vestaires, ni de sanitaires, le chauffage est assuré par une poële à pétrole et les tatami sont durs comme de la pierre.Sur les murs, on retrouve les catalogues techniques de l´école rédigés à la main et en Kanji par Sano Sensei en personne. Pas de doutes, nous sommes bien dans un Dojo destiné à la pratique du Daito-ryu Aikijujutsu caractéristique du Hokkaido.

 

HPIM2639.JPG

                                                                         Les fameux catalogues techniques

 

La pratique commence systématiquement par le Junbi Taiso, série d´exercices mélant atemi, assouplissements, projections et chutes. Une grande importance est accordée aux fondamentaux, Aiki Age, Aiki Nage, Aiki Sage et toute une série de routines sont inlassablement repétées. Vient ensuite l´étude des techniques à proprement parler. Etant donné le niveau général très élevé des élèves, 90% des membres du Dojo sont sandan (3ème Dan) et plus, chacun travaille avec son partenaire et paufine les techniques et/ou les principes qu´il souhaite. A propos des grades, il convient de préciser qu´en Daito-ryu Shiseikan le système ne va pas au delà du 5ème Dan, personne à ce jour ne s´est d´ailleurs vu décerner ce grade et, que ,seules 2 personnes Sasaki et Miyamoto Shihan ont obtenu le titre de Shihan. 2 autres pratiquants ont obtenu le 4ème Dan, Sato et Nakano Sensei, quasiment tous les autres membres de l´association sont sandan.

 

Sasaki et Miyamoto Shihan méritent une mention spéciale, ils ont commencé le Daito-ryu Aikijujutsu le même jour voilà 48 ans! et ont continué jusqu´à aujourd´hui en s´entrainant quasiment chaque jour.

 

Bien évidemment, les étudiants étrangers ont pu bénéficier de l´expertise de tous les hauts gradés de l´école. A ce titre, il est toujours très surprenant mais également très rassurant de constater que chaque Daitoryuka possede une technique et des caractéristiques techniques qui lui sont propres et strictement personnelles. Pour Uke, si le résultat reste invariablement le même, à savoir projeté face contre le sol et prit dans un levier articulaire ou un étranglement foudroyant, l´expérience est à chaque fois différente ce qui laisse songeur quant à la profondeur du répertoire technique de l´école et de la liberté qu´elle accorde à ses adeptes. A partir de l´étude formelle des Kata, chaque pratiquant développe ses propres techniques basées sur les grands principes directeurs de l´école: Ma-ai, Kuzushi, Zanchin.

 

La qualité de l´enseignement et des partenaires est infiniment supérieure à tout ce qui se pratique en Europe. Même si cela était prévisible, je ne m´attendais pas à un tel clivage tant au niveau technique qu´au niveau de l´investissement personnel. Le Daito-ryu est une affaire sérieuse à Kitami, contrairement aux Dojo européens, on ne pratique pas dans une optique de loisir ou pour passer un moment avec des camarades d´entrainement. Si l´ambiance est studieuse et le rythme soutenu, l´atmosphère générale est très conviviale et les relations entre les pratiquants est excellente. Une réelle et sincère amitié unit les membres de la Shiseikan.

 

 

 

 

 

Repost 0
6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 11:31

 

 

 

081797_2a.jpg

                                                                                      Takeda Sokaku

 

 

 

Virtuellement inconnu jusqu´au début des années 1990, Sokaku Takeda est devenu l´objet de toutes les attentions depuis que des historiens spécialisés dans les Arts Martiaux japonais ont redécouvert un pratiquant hors norme, lequel peut, sans conteste, prétendre au titre de plus grand expert Japonais de la premiére moitiée du XXème siècle. Personnage pour le moins anachronique, pour ne pas dire excentrique, doté d´une formidable technique elle même au service d´une agressivité hors du commun, Sokaku Takeda aura marqué durablement ses contemporains par ses interminables voyages à travers le Japon pour enseigner et difffuser son art, totalement inédit  à l´époque: Le Daitō-Ryū Aikijūjutsu.

 

Nous retracerons donc les grandes étapes de la vie du fondateur du Daitō-Ryū Aikijūjutsu depuis sa formation aux arts martiaux au sein du clan Aizu, en évoquant ses annèes de pélerinage auprès des experts de l´époque lors de son Musha Shugyo, ainsi que  ses innombrables Koshu (séminaires) dispensés aux 4 coins de l´archipel nippon. 

 

L´ENFANCE D´UN PRODIGE.

 

 

 

Comme souvent, les sources sont sujettes à caution. Si certains documents écrits ont survécu et sont encore aujourd´hui précieusement conservés, l´unique source d´information à notre disposition concernant l´enfance et la formation martiale de Sokaku, provient de son fils Takeda Tokimune qui a consigné par écrit les événements de relief mettant en scène son père dans des bulletins d´informations distribués au sein de la Takeda-den Daito-ryu Aiki Budo. On recense, au total, une douzaine d´articles retracant le parcours du jeune Sokaku, parfois en relation avec l´histoire du clan et de ses fortunes diverses. Il semble acquis que Tokimune se soit contenté de léguer à la postérité les anecdotes qui lui ont été transmises directement par Sokaku. A ce titre, il n´est pas invraisemblable de penser que certains embellissements de l´histoire "officielle" aient pu être plus ou moins sciemment introduits. Ces documents, s´ils s´inscrivent, pour la majorité d´entre eux,  dans une période charnière allant de la fin de la fin de l´époque Edo jusqu´à la restauration Meiji , ne sauraient être considérés comme des chroniques historiques totalement fiables, ni complètement impartiales.

 

Fils cadet d´un lutteur de Sumo de haut niveau et combattant aguerri, Sokaku nait le 10 octobre 1859 en Aizu, un fief situé dans le nord-est de Honshu et allié indéfectible du Bafuku (pouvoir Shogunal) . L´extreme fidélité et le jusqu´au boutisme quasi fanatique des Aizuppo aux Tokugawa constitue le motif principal de la destruction de la capitale de la province, planifiée par la coalition des clans Satsuma et Choshu, puis du démantelement du clan et de la dispersion de ses Samourais.


En dépit  de leur prestigieux patronyme et de leur non moins illustre linéage, les Takeda n´occupaient pas de positions à responsabilité au sein du clan Aizu et ne faisaient vraisemblablement pas partie des familles les plus influentes. En tout état de cause, leur position dans la hiérarchie locale était très modeste. De fait, Takeda Sokichi, le père de Sokaku, probablement un simple Goshi, ( Samourai qui réside à la campagne) fut autorisé à demeurer en Aizu après la chute du clan, contrairement aux familles de Samourais de haut rang qui durent se résoudre à l´exil dans des zones particulièrement inhôspitalières du pays et dans des conditions absolument dramatiques.

 

Au sortir de la guerre Boshin, Sokichi  est contraint de cultiver lui meme les terres dont il a la charge. En sus de ses travaux agricoles, il enseigne activement le Kenjutsu et le Bojutsu dans son Budojo, construit plusieurs années auparavant. Il poursuit, parrallèlement, la pratique du Sumo et acceuille régulièrement chez lui entre 4 et 5 uchi deshi (élèves à résidence) qui lui prètent main forte aux champs en échange de son enseignement.

 

Sokichi n´est pas uniquement un Sumotori de renom et un expert en arts martiaux, il est également un homme de culture et parvient remarquablement bien à analyser les profonds changements à venir et à anticiper en conséquence.  Il pressent ainsi l´importance croissante de l´éducation et transforme le temple Saiko-ji, fondé par Takeda Kunitsugu, en une école destinée aux jeunes enfants du clan.

 

Les rapports qu´entretient Sokaku avec son père méritent que l´on s´y attarde un instant. Sokichi semble avoir éprouvé les pires difficultés dans la gestion de l´éducation de son cadet lequel, de son coté, ne tarde guère à se faire défavorablement remarquer pour son caractère rebelle et sa propension à  embarrasser son père. Les habitants du village ne tardent pas non plus à l´affubler du sobriquet peu flatteur de "vilain petit singe".

 

Takeda Tokimune nous révèle l´anedocte suivante:"Il y avait dans le village un prêteur d´argent cupide. Sokaku réalisa à quel point il était la cause de troubles importants parmi les villageois en raison de ses méthodes de recouvrements peu recommandables. Il élabora donc un stratageme afin de verser de l´urine sur la tête du prêteur lorsque celui ci franchirait le seuil de sa porte. Lorsque le père de Sokaku eut vent de l´agitation qui s´en était suivie, il fut contraint dese prosterner aux pieds du prêteur pour s´excuser du comportement de son fils. Sokaku, pour sa part, s´était déjà enfuit et était hors d´atteinte".

 

Des tournois de Sumo amateurs étaient régulièrement organisés dans les villages avoisinants. Sokichi, en tant que lutteur professionnel ayant atteint le rang prestigueux de Ozeki (le plus élevé à l´époque, le rang de Yokozuna ayant été introduit à partir de 1890) avait formellement interdit à son fils d´y participer. En effet, Sokaku avait pour habitude de remporter systématiquement tous les tournois et, ce avec une facilité déconcertante. La présence même de Sokaku à ses tournois était inconvenante du fait de son lien de parenté avec Sokichi. Afin de préserver l´honneur et la réputation de sa maison, Sokaku était assigné, sous la contrainte, dans le Dojo familial et vivement encouragé à polir ses techniques en Bojutsu lorsque des rencontres étaient organisées. En dépit des consignes strictes imposées par son père, il semble que Sokaku ait réussit à plusieurs reprises à s´échapper du Dojo pour se rendre à ces tournois. Probablement ulcéré par le comportement peu respectueux de son fils et, désabusé par sa propre incapacité à gérer une personnalité si singulière, Sokichi brûle du moxa sur les ongles des pouces de Sokaku pour l´empêcher, via des blessures incapacitantes, d´aller combattre.

 

Si le jeune Sokaku montre, très tot, des dispositions exceptionnelles pour les arts martiaux et le Sumo, il n´en va pas de même pour les sciences humaines  telles l´écriture, la lecture des classiques ou la calligraphie. Refusant obstinement d´apprendre à lire et à écrire et étant une source de nuisance constante pour les autres élèves, Sokichi, en désespoir de cause, et, après de multiples tentatives pour remedier à l´aversion totale de son fils pour les études, est contraint d´expulser définitivement Sokaku de l´école qu´il a fondé. Il demeurera illettré pour le restant de ses jours.

 

Définitivement débarrassé de ces "encombrantes obligations", Sokaku se consacre corps et ame à l´étude des arts martiaux. Il fréquente assidument le Dojo Yokikan du Maitre Shibuya Toma ou il est initié aux subtilités de l´Ono-ha Itto-ryu, l´école de sabre officielle du clan. Il pratique également le Sojutsu de la Hozoin Takada-ryu sous la houlette de son père qui avait été lui même formé par son beau père Kurokichi Dengoro (grand père maternel de Sokaku). C´est à cette époque que Sokaku développe une technique inédite: porter simultanément un coup avec la lance et le sabre dans chaque main.

Infiniment peu d´experts en Kenjutsu ont choisit d´opter pour une tenue du sabre à une main. Cette saisie atypique et les adaptations techniques qu´elle impose n´a vraisemblablement jamais été considérée comme une stratégie viable et, ce, en dépit des exploits accomplis par Miyamoto Musashi. Sokaku, pour sa part, affine ultérieurement cette technique. Il parvient, non seulement, à frapper avec son sabre d´une seule main  à une vitesse et une précision fulgurante mais il est également complètement ambidextre et peut alterner les coups, à volonté, aussi bien avec sa main droite qu´avec sa main gauche. Cette technique absolument phénonémale deviendra caractéristique de son style et sera très largement éprouvée, nous y reviendrons plus tard, au cours des duels à venir dans les innombrables Dojo de l´archipel.

 

Après avoir sollicité et affronté tous les experts en arts martiaux du clan Aizu ayant survécu à la guerre de Boshin, Sokaku décide de rejoindre en 1873 le Dojo d´un expert en Jiki Shinkage ryu, Sakakibara Kenkichi. Cette date marque le début formel de son Musha Shugyo (pélerinage martial).

 

A cette date (1873), il n´est pas formellement établit que Sokaku possédait déjà une expertise en Ju-jutsu. On ignore même s´il y avait été simplement initié. Lorsqu´il quitte l´Aizu, Sokaku est déjà très avancé en Kenjutsu, Sojutsu, Bojutsu et en Sumo, et s´il n´est pas interdit de penser que son père ait pu tenter de lui transmettre quelque rudiment en Ju-jutsu, rien ne laisse supposer qu´il maitrise ou qu´il s´intéresse à ce qui constituera la base technique du Daito-ryu Aikijujutsu, l´Oschikiuchi. Les événements à venir dans les années suivant son départ du clan confortent très sensiblement cette impression.

 

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE.


 

 


 


Repost 0
5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 13:08

Daito-Tech11.jpg

                                                                                   Takeda Tokimune

 

 

 

Successeur désigné de Takeda Sokaku, le troisième fils du petit Tengu d´Aizu reste, paradoxalement, une figure largement méconnue dans le petit monde du Daito-ryu Aikijujutsu et ce, en dépit du relatif regain d´intérêt et de curiosité de la part du grand public pour l´école.

 

Il est difficile d´expliquer rationalement pourquoi Takeda Tokimune (1916-1993), contrairement à d´autres experts de l´école, n´a pas su susciter plus d´attention de la part des chercheurs modernes en arts martiaux. Ainsi le fameux chercheur Américain, Donn Draeger, dans son "Modern Bujutsu & Budo"  (rédigé en 1974) se limite t´il à un très laconique: "Takeda Tokimune est l´actuel chef de file de l´école". Difficile d´être plus expéditif. En fait, il semblerait que le profil résolument discret adopté par Tokimune au cours de ses années d´enseignement ainsi que la localisation même du Daitokan Dojo, dans la lointaine et froide Abashiri, aient joué en sa défaveur et aient ainsi contribué à son quasi anonymat.

 

A ce titre, il convient de signaler, une fois de plus, l´excellent travail effectué par Eric Grousilliat sur son Blog. En parcourant l´article, on peut mesurer, à sa juste valeur, l´ampleur de la tâche à laquelle s´est astreinte Tokimune au sortir de la deuxième guerre mondiale et ce, dans des conditions que l´on imagine dantesques.

 

La mort de Takeda Tokimune en 1993 a sapé les bases de l´association qu´il avait fondé (qui comptait jusqu´à 3.000 membres pour une soixantaine de Dojo ) et  provoqué un schisme au sein de l´école. Privée de son leader technique et en l´absence de consignes claires et précises de la part du Soke, la "ligne principale" élaborée et transmise patiemment au cours des décennies précedentes s´est morcellée en une multitude de courants. La santé de Takeda Tokimune avait commencé à se détériorer à partir du milieu des années 80 pour ne cesser d´empirer, ses dernières années ayant été particulièrement douloureuses pour ses proches, ce qui a grandement contribué à l´inexorable délitescence de l´organisation.

 

Au lendemain de la mort de Takeda Tokimune, plusieurs organisations "indépendantes" ont ainsi vu le jour dans le but, affiché, de perpétuer les techniques orthodoxes du Daito-ryu Aikijujutsu.

 

Quels sont les élèves du dernier Soke qui peuvent légitimement se réclamer de son enseignement et qui ont transmis les techniques, principes et stratégies de l´école à la postérité?

 

On ne sera guère surpris de retrouver dans cette liste, non exhaustive,  les élèves, membres du Daitokan Dojo, qui ont pu bénéficier d´un enseignement direct, quotidien pendant plusieurs décennies mais, il convient de citer également également d´autres experts, qui ont fait l´effort de se rendre à Abashiri pour parfaire leur art.

 

L´un d´eux est Chiba Tsugutaka Sensei du Takumakai qui a été l´élève du fameux Takuma Hisa et de Takeda Tokimune. Une série vidéo produite par Guillaume Erard lui est actuellement consacrée pour notre plus grand bonheur.  Une des vidéos relate l´expérience vécue par Chiba Sensei et certains de ses compagnons au sein du Daitokan Dojo. Il s´agit, bien évidemment, d´un document à la valeur inestimable surtout si l´on considère que rares sont les  élèves directs de Takeda Tokimune  encore en vie aujourd´hui.

 

 

shikoku-chiba-01.jpg

                                                         Chiba Sensei avec Guillaume Erard et Olivier Gaurin.

 

Un autre ancien membre de la Takumakai s´est également rendu à Abashiri pour bénéficier de l´enseignement de Tokimune Soke. Il s´agit du fondateur du Hakuho-ryu Aiki Budo, Okabayashi Shogen. En dehors de son apprentissage auprès de Takuma Hisa, puis de Takeda Tokimune, Okabayashi Sensei présente la particularité d´avoir longtemps fait partie de la Seishinkai, l´organisation fondée par les élèves du défunt Soke, membres du Daitokan Dojo, basée à Abashiri et à Kitami. En 2002, Okabayashi Sensei décide de fonder son propre système basé sur l´apprentissage reçu au sein de la Takumakai, du Daitokan Dojo, puis de la Seishinkai.  Il relate ses différentes expériences au cours d´un entretien accordé à FigthingArts.com.

 

En Hokkaido, plusieurs pratiquants se sont également distingués. Parmi eux, Suzuki Shinpachi Shihan, très peu connu même au sein de l´école Daito en raison d´un décès prématuré. D´un avis unanime de la part des anciens membres du Daitokan Dojo, Suzuki Sensei était un pratiquant hors normes, expert en Ju-jutsu et calligraphe émérite.

 

_wsb_266x212_daito.jpg

                                                                 Arisawa Gunpachi

 

 

 

Kato Shigemitsu et Arisawa Gunpachi Shihan ont suivi l´enseignement de Takeda Tokimune pendant plus de 30 ans. A la mort de ce dernier, ils fondent conjointement avec Sano Matsuo Shihan, la Nihon Daito-ryu Aikibudo Seishinkai dans le but de préserver les techniques du Daito-ryu Aikijujutsu tel qu´il était pratiqué au Daitokan Dojo. La sévérité de l´entrainement à Abashiri est décrite par Kato Shigemitsu Shihan dans un passage de son autobiographie intitulée Michi (ma voie):

 

"C´était très dur, pas léger comme aujourd´hui“ raconte t´il à propos des leçons et de la pratique de l´époque. Par exemple, les nagewaza (techniques de projection) s´effectuaient de facon à empêcher l´adversaire de faire un ukemi (brise chute) correct. Par conséquence, on assistait quotidiennement à des pertes de connaissance suite à la chute sur la tete de l´un des pratiquants. En raison des nombreux ukemi, les bleus tiraient sur le noir plutôt que sur le gris bleu".

 

 

"[...]Une autre anecdote maintenant: Il était tacitement de norme que les sessions d´entrainement qui se déroulaient au Daitokan ne soient généralement pas ouvertes aux membres ne faisant pas partie du Dojo. Pourtant, un jour, un pratiquant d´un autre Dojo eut l´occasion d´assister à une séance d´entrainement. Ce dernier découvrit ainsi que la pratique était vraiment très dure et sévère au Honbu Dojo, et retournant, dans son Dojo, repenti, il dit à ses partenaires: Nous sommes bien trop légers, c´est une honte d´utiliser le nom de Daito-ryu pour désigner notre pratique bien trop légère“.

 

 

"[...]Les élèves auxquels Maitre Tokimune enseignait directement sont différents de ceux des dojo affiliés et à qui le Maitre enseignait en dehors du siège central. Le Maitre enseignait de façon très sévère aux élèves du siège central alors qu´il ne procédait qu´à de légères corrections quand il enseignait à l´extérieur. Par conséquent, on disait alors que l´on ne pouvait apprendre les techniques authentiques qu´au Daitokan. Le Soke Takeda Tokimune à partir de l´an 66 de l´époque Showa (1991), en raison de sa maladie, ne parvenait plus à enseigner tous les jours, par conséquent, l´organisation toute entière vécut une période de troubles importants. C´est avec un sens aigu du devoir et afin de protéger et de transmettre les techniques authentiques du Maitre Tokimune, que certains membres, pleins de bonne volonté, fondèrent en 1993 le siège central de la Nihon Daito-ryu Aikibudo Seishinkai à Abashiri [une nouvelle association avec un nouveau Dojo appelé Nakagawa Ise et dont Sano Matsuo devint le président], ou Takeda Tokimune avait fondé le Daitokan [dans une autre partie de la ville NDT].

 

Traduction complète disponible ici.


Certa.png

kato01

 

Une branche européenne de la Seishinkai, devenue Daitokai par la suite, a été fondée par Antonino Certa au milieu des années 90.Une écrasante majorité des pratiquants de Daito-ryu actifs en Europe et dans d´autres parties du monde comme Israël et la Russie font ou ont fait partie de la Daitokai à un moment donné de leur pacours martial.

daito-ryu-aikibudo-libro-71906

 

 

Certa Sensei a très largement contribué à diffuser les enseignements re çus à Abashiri et dans d´autres Dojo du Hokkaido et à faire connaitre les techniques du Daito-ryu Aikijujutsu à l´extérieur du Japon. Il est également l´auteur d´un ouvrage très complet sur le Daito-ryu incluant des passages historiques rédigés de la main de Takeda Tokimune et de nombreuses photographies inédites. Le livre est disponible en anglais et en italien. Il constitue l´un des rares ouvrages incontournables en la matière. Il présente,en outre, l´avantage d´avoir été rédigé par un pratiquant avancé, de surcroit, contrairement à la grande majorité des livres consacrés au Daito-ryu et qui sont le fruit de non pratiquants (de Daito-ryu) n´ayant pas ou très peu d´expérience en Daito-ryu, ou de journalistes. De fait, ces essais comportent souvent de grossières erreurs et contribuent á véhiculer une image très largement erronée sur l´art et sur ses principales figures.

 

 

Au milieu des années 90, la société de productions BAB (Budo and Bujutsu) a publié une série de 5 vidéos. Il s´agissait alors d´une oeuvre unique puisque le Hiden Mokuroku dans sa totalité, agrémenté de quelques ura waza a ainsi pu  être mis à la disposition du grand public.

 

Ci dessous, un court extrait au cours duquel il est possible de voir en action les regrettés Kato Shigemitsu et Arisawa Gunpachi Shihan en action ainsi que Sano Matsuo Shihan.

 

 


 

 

Sano Matsuo Shihan est aujourd´hui à la tête du Daito-ryu Aikibudo Sisheikan, une organisation basée à Kitami. De nombreux Dojo européens sont affiliés à cette association. Si Sano Shihan n´enseigne plus en personne, la Sisheikan peut se réjouir d´avoir en son sein des enseignants de haut niveau, d´une immense générosité et sincèrement passionnés par le Daito-ryu Aikijujutsu. Un certain nombre d´entre eux étaient également élèves au Daitokan Dojo et pratiquent l´art de puis plus de 30 ans avec une constance et un dévouement admirable.  Préserver cet art martial et le transmettre correctement à la prochaine génération est le but et l´objectif partagé par tous les membres de la Shiseikan.

 

 

Si l´héritage martial de Takeda Tokimune est moins impressionant que celui laissé par son père, il n´en est pas moins important, ni fondamental. Takeda Tokimune a réussit à créer une structure solide et à former nombre de Shihan capables lesquels, à leur tour, ont formé d´autres pratiquants de haut niveau qui seront les Maitres de demain. L´attrait croissant que suscite l´école à l´extérieur du Japon est également un motif de satisfaction et d´espoir pour  le futur du Daito-ryu Aikijujutsu. Préserver les principes et les enseignements profonds du système est une prioritée absolue et nombreux sont les experts qui s´y consacrent entièrement, pour notre plus grand plaisir. J´espère que ces quelques lignes sauront leur rendre un hommage grandement mérité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 08:49

Au cours de ses inlassables pérégrinations martiales, Takeda Sokaku a eu des milliers d´élèves à travers tout le Japon. Le terme élève est ici mal choisit. Sokaku Takeda comptabilisait comme "élève" toute personne ayant signé dans ses registres (eimeiroku) et ayant participé meme partiellement à l´un de ses koshu (séminaires d´une durée moyenne de 10 jours).

 

On recense environ une trentaine de pratiquants ayant obtenu une licence d´enseignement appelée kyoju dairi. Si l´on rapporte ce chiffre aux quelques 30,000 noms repris dans les registres conservés par la famille Takeda, on réalise sans trop de difficultés que Sokaku Takeda ne distribuait pas facilement les titres.

 

Parmi les récipiendaires de ces licences, figure un certain Hisa Takuma, ancien yokozuna (grade le plus élévé en sumo).

Hisa était dans les années 30 responsable de la sécurité des locaux du quotidien Asahi news à Osaka. Suite à des agressions, la direction avait décidé de constituer une équipe de sécurité pour éviter tout risque de sabotage.

 

Takeda Sokaku a été l´un des deux experts ayant assuré la formation des agents de sécurité lesquels étaient tous de hauts gradés en Judo et/ou en Kendo. Le second étant Ueshiba Morihei. C´est ainsi que l´un des principaux groupes "modernes" du Daito-ryu Aikijujutsu est né, groupe toujours très actif aujourd´hui.

 

A des milliers de kilomètres de Osaka, un groupe suivant ces enseignements s´est également constitué, en Europe septentrionnale, en Finlande pour l´exactitude. La distance séparant le Japon du pays des mille lacs n´a visiblement pas altéré la qualité de la pratique, ni la maitrise des principes de l´école.

 

La vidéo ci-après est l´une des meilleures qu´il m´ait été donné de voir. Vitesse, timing, précision, le document force l´admiration. Le groupe finlandais est assurément une référence et une adresse sure pour qui souhaiterait s´initier aux techniques et aux principes du Daito-ryu aikijujutsu.

 

 

 


 

 

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Ashura
  • Le blog de Ashura
  • : Blog consacré aux Ryû authentiques du Japon et plus particulièrement au Daito-Ryû JûJutsu et Daito-Ryû Aikijûjutsu. Par extension,des articles sur d'autres écoles et/ou styles de JûJutsu seront également publiés. Ponctuellement, d´autres disciplines ou d´autres experts pourront être abordés.
  • Contact

Traductions

Recherche

Catégories