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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 11:31

 

 

 

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                                                                                      Takeda Sokaku

 

 

 

Virtuellement inconnu jusqu´au début des années 1990, Sokaku Takeda est devenu l´objet de toutes les attentions depuis que des historiens spécialisés dans les Arts Martiaux japonais ont redécouvert un pratiquant hors norme, lequel peut, sans conteste, prétendre au titre de plus grand expert Japonais de la premiére moitiée du XXème siècle. Personnage pour le moins anachronique, pour ne pas dire excentrique, doté d´une formidable technique elle même au service d´une agressivité hors du commun, Sokaku Takeda aura marqué durablement ses contemporains par ses interminables voyages à travers le Japon pour enseigner et difffuser son art, totalement inédit  à l´époque: Le Daitō-Ryū Aikijūjutsu.

 

Nous retracerons donc les grandes étapes de la vie du fondateur du Daitō-Ryū Aikijūjutsu depuis sa formation aux arts martiaux au sein du clan Aizu, en évoquant ses annèes de pélerinage auprès des experts de l´époque lors de son Musha Shugyo, ainsi que  ses innombrables Koshu (séminaires) dispensés aux 4 coins de l´archipel nippon. 

 

L´ENFANCE D´UN PRODIGE.

 

 

 

Comme souvent, les sources sont sujettes à caution. Si certains documents écrits ont survécu et sont encore aujourd´hui précieusement conservés, l´unique source d´information à notre disposition concernant l´enfance et la formation martiale de Sokaku, provient de son fils Takeda Tokimune qui a consigné par écrit les événements de relief mettant en scène son père dans des bulletins d´informations distribués au sein de la Takeda-den Daito-ryu Aiki Budo. On recense, au total, une douzaine d´articles retracant le parcours du jeune Sokaku, parfois en relation avec l´histoire du clan et de ses fortunes diverses. Il semble acquis que Tokimune se soit contenté de léguer à la postérité les anecdotes qui lui ont été transmises directement par Sokaku. A ce titre, il n´est pas invraisemblable de penser que certains embellissements de l´histoire "officielle" aient pu être plus ou moins sciemment introduits. Ces documents, s´ils s´inscrivent, pour la majorité d´entre eux,  dans une période charnière allant de la fin de la fin de l´époque Edo jusqu´à la restauration Meiji , ne sauraient être considérés comme des chroniques historiques totalement fiables, ni complètement impartiales.

 

Fils cadet d´un lutteur de Sumo de haut niveau et combattant aguerri, Sokaku nait le 10 octobre 1859 en Aizu, un fief situé dans le nord-est de Honshu et allié indéfectible du Bafuku (pouvoir Shogunal) . L´extreme fidélité et le jusqu´au boutisme quasi fanatique des Aizuppo aux Tokugawa constitue le motif principal de la destruction de la capitale de la province, planifiée par la coalition des clans Satsuma et Choshu, puis du démantelement du clan et de la dispersion de ses Samourais.


En dépit  de leur prestigieux patronyme et de leur non moins illustre linéage, les Takeda n´occupaient pas de positions à responsabilité au sein du clan Aizu et ne faisaient vraisemblablement pas partie des familles les plus influentes. En tout état de cause, leur position dans la hiérarchie locale était très modeste. De fait, Takeda Sokichi, le père de Sokaku, probablement un simple Goshi, ( Samourai qui réside à la campagne) fut autorisé à demeurer en Aizu après la chute du clan, contrairement aux familles de Samourais de haut rang qui durent se résoudre à l´exil dans des zones particulièrement inhôspitalières du pays et dans des conditions absolument dramatiques.

 

Au sortir de la guerre Boshin, Sokichi  est contraint de cultiver lui meme les terres dont il a la charge. En sus de ses travaux agricoles, il enseigne activement le Kenjutsu et le Bojutsu dans son Budojo, construit plusieurs années auparavant. Il poursuit, parrallèlement, la pratique du Sumo et acceuille régulièrement chez lui entre 4 et 5 uchi deshi (élèves à résidence) qui lui prètent main forte aux champs en échange de son enseignement.

 

Sokichi n´est pas uniquement un Sumotori de renom et un expert en arts martiaux, il est également un homme de culture et parvient remarquablement bien à analyser les profonds changements à venir et à anticiper en conséquence.  Il pressent ainsi l´importance croissante de l´éducation et transforme le temple Saiko-ji, fondé par Takeda Kunitsugu, en une école destinée aux jeunes enfants du clan.

 

Les rapports qu´entretient Sokaku avec son père méritent que l´on s´y attarde un instant. Sokichi semble avoir éprouvé les pires difficultés dans la gestion de l´éducation de son cadet lequel, de son coté, ne tarde guère à se faire défavorablement remarquer pour son caractère rebelle et sa propension à  embarrasser son père. Les habitants du village ne tardent pas non plus à l´affubler du sobriquet peu flatteur de "vilain petit singe".

 

Takeda Tokimune nous révèle l´anedocte suivante:"Il y avait dans le village un prêteur d´argent cupide. Sokaku réalisa à quel point il était la cause de troubles importants parmi les villageois en raison de ses méthodes de recouvrements peu recommandables. Il élabora donc un stratageme afin de verser de l´urine sur la tête du prêteur lorsque celui ci franchirait le seuil de sa porte. Lorsque le père de Sokaku eut vent de l´agitation qui s´en était suivie, il fut contraint dese prosterner aux pieds du prêteur pour s´excuser du comportement de son fils. Sokaku, pour sa part, s´était déjà enfuit et était hors d´atteinte".

 

Des tournois de Sumo amateurs étaient régulièrement organisés dans les villages avoisinants. Sokichi, en tant que lutteur professionnel ayant atteint le rang prestigueux de Ozeki (le plus élevé à l´époque, le rang de Yokozuna ayant été introduit à partir de 1890) avait formellement interdit à son fils d´y participer. En effet, Sokaku avait pour habitude de remporter systématiquement tous les tournois et, ce avec une facilité déconcertante. La présence même de Sokaku à ses tournois était inconvenante du fait de son lien de parenté avec Sokichi. Afin de préserver l´honneur et la réputation de sa maison, Sokaku était assigné, sous la contrainte, dans le Dojo familial et vivement encouragé à polir ses techniques en Bojutsu lorsque des rencontres étaient organisées. En dépit des consignes strictes imposées par son père, il semble que Sokaku ait réussit à plusieurs reprises à s´échapper du Dojo pour se rendre à ces tournois. Probablement ulcéré par le comportement peu respectueux de son fils et, désabusé par sa propre incapacité à gérer une personnalité si singulière, Sokichi brûle du moxa sur les ongles des pouces de Sokaku pour l´empêcher, via des blessures incapacitantes, d´aller combattre.

 

Si le jeune Sokaku montre, très tot, des dispositions exceptionnelles pour les arts martiaux et le Sumo, il n´en va pas de même pour les sciences humaines  telles l´écriture, la lecture des classiques ou la calligraphie. Refusant obstinement d´apprendre à lire et à écrire et étant une source de nuisance constante pour les autres élèves, Sokichi, en désespoir de cause, et, après de multiples tentatives pour remedier à l´aversion totale de son fils pour les études, est contraint d´expulser définitivement Sokaku de l´école qu´il a fondé. Il demeurera illettré pour le restant de ses jours.

 

Définitivement débarrassé de ces "encombrantes obligations", Sokaku se consacre corps et ame à l´étude des arts martiaux. Il fréquente assidument le Dojo Yokikan du Maitre Shibuya Toma ou il est initié aux subtilités de l´Ono-ha Itto-ryu, l´école de sabre officielle du clan. Il pratique également le Sojutsu de la Hozoin Takada-ryu sous la houlette de son père qui avait été lui même formé par son beau père Kurokichi Dengoro (grand père maternel de Sokaku). C´est à cette époque que Sokaku développe une technique inédite: porter simultanément un coup avec la lance et le sabre dans chaque main.

Infiniment peu d´experts en Kenjutsu ont choisit d´opter pour une tenue du sabre à une main. Cette saisie atypique et les adaptations techniques qu´elle impose n´a vraisemblablement jamais été considérée comme une stratégie viable et, ce, en dépit des exploits accomplis par Miyamoto Musashi. Sokaku, pour sa part, affine ultérieurement cette technique. Il parvient, non seulement, à frapper avec son sabre d´une seule main  à une vitesse et une précision fulgurante mais il est également complètement ambidextre et peut alterner les coups, à volonté, aussi bien avec sa main droite qu´avec sa main gauche. Cette technique absolument phénonémale deviendra caractéristique de son style et sera très largement éprouvée, nous y reviendrons plus tard, au cours des duels à venir dans les innombrables Dojo de l´archipel.

 

Après avoir sollicité et affronté tous les experts en arts martiaux du clan Aizu ayant survécu à la guerre de Boshin, Sokaku décide de rejoindre en 1873 le Dojo d´un expert en Jiki Shinkage ryu, Sakakibara Kenkichi. Cette date marque le début formel de son Musha Shugyo (pélerinage martial).

 

A cette date (1873), il n´est pas formellement établit que Sokaku possédait déjà une expertise en Ju-jutsu. On ignore même s´il y avait été simplement initié. Lorsqu´il quitte l´Aizu, Sokaku est déjà très avancé en Kenjutsu, Sojutsu, Bojutsu et en Sumo, et s´il n´est pas interdit de penser que son père ait pu tenter de lui transmettre quelque rudiment en Ju-jutsu, rien ne laisse supposer qu´il maitrise ou qu´il s´intéresse à ce qui constituera la base technique du Daito-ryu Aikijujutsu, l´Oschikiuchi. Les événements à venir dans les années suivant son départ du clan confortent très sensiblement cette impression.

 

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE.


 

 


 


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