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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 15:24

En juin de la même année, le préfet de police Tsuyo Mishima organise une rencontre entre les différentes écoles de Jū-Jutsu de la ville, et le Kōdōkan est sur la liste des écoles invitées. Pour les représentants du Jū-Jutsu ancien, c´est une occasion de prouver leur supériorité et de réduire à néant les prétentions de Kanō. Le tournoi a pour but l´attribution de postes d´instructeurs d´arts martiaux de la police métropolitaine de Tōkyō................ Le jour „J“, les principales écoles de Jū-Jutsu de Tōkyōsont présentes: Ryōi shintōryū, Yōshin ryū, Takenouchi-santo ryū, Sekiguchi-shin-shin ryū, etc., le Kōdōkan, de son coté, est représenté par une équipe dans laquelle sont présents: Tsunejirō Tomita, Sakujirō Yokoyama, Yoshiaki Yamashita, Ichirō Munekata, Katsutarō Oda, Matsujirō Honda, Hoken Iwasaki, Shizuya Iwanami et bien sur l´invincible Shirō Saigō. Les combats commencent dès le matin et voient l´élimination successive de presque toutes les écoles classiques de Jū-Jutsu. Le soir, deux écoles restent en lice pour la grande finale: la Yōshin ryū du Maitre Totsuka et le Kōdōkan de Kanō........

 

...Le jour du tournoi de la police, Yoshiaki Yamashita l´emporte face à TarōTerushima avec une projection debout de type ippon-seoi-nage. Ichirō Munekata étrangle son adversaire jusqu´à l´inconscience, Sakujirō Yokoyamaremporte lui aussi son combat, tandis que Katsutarō Oda fait match nul. Hoken Iwasaki et Shizuya Iwanami furent les seuls à perdre leur match.

 

Le combat vedette est celui qui oppose Shirō Saigō à Entarō Kochi, surnommé le démon de l´´ecole Totsuka [.......]

 

[...]le représentant du Kōdōkan se jette de nouveau sur son opposant et lui applique sa technique favorite: yama-arashi. Kochi heurte lourdement le tatami avec la tete et reste étendu, inconscient sur le sol.

 

Dans l´assistance, le maitre Hikosuke Totsuka vient de comprendre que le règne de son école au sein de la police est terminé............... cette victoire du Kōdōkan, maintes fois commentée, fut véritablement décisive dans l´évolution du Jūdō.“

 

 

                                                                        Patrick Lombardo „Encyclopédie mondiale des arts martiaux".Kano-Jigoro-nel-14--anno-dell-era-Meiji--1881--a-22-anni--.jpg

                                                                                Un jeune Jigoro Kano

 

 

 

 

En 1882, Jigorō Kanō fonde, dans un total anonymat, le Jūdō en s´appuyant techniquement sur deux écoles de Jū-Jutsu: le Tenjin Shin´yo ryū et le Kito ryū. Il souhaite s´affranchir des traditions du passé et ambitionne de créer un système de combat à visée éducative basé sur des principes scientifiques.

 

D´après Jean François Hernandez: „le Jūdō de Kanō est une méthode de formation physique, intellectuelle et morale qui s'appuie sur le principe du développement (éducation) (puis du perfectionnement) de soi, de son corps comme de son esprit, qui apprend à mieux utiliser ses capacités ("énergies") avec un côté utile, agréable, social, etc.“

 

Des méthodologies héritées du passé, Kanō souhaite faire table rase. Il supprime toutes les techniques jugées dangereuses, inapliquables, obsolètes ou qui requièrent une utilisation trop importante de la force physique. Aussi, définit-il le Jū-Jutsu comme „un ensemble de techniques conçues principalement pour estropier ou tuer un ennemi, mais en aucun cas comme quelque chose de positif, que cela soit moralement, intellectuellement ou physiquement“.

Il décide, néanmoins, de conserver une partie non négligeable de ce patrimoine dans la pratique des kata classiques.

 

Selon Kanō, cette démarche n´a, dans un premier temps, pas été receuillie favorablement par la poignée de pratiquants de Jū-Jutsu tentant désespérement de maintenir en vie leur tradition depuis la restauration Meiji. Afin d´exprimer leur mécontentement, des adeptes de certaines écoles de Jū-Jutsu apparaissent ponctuellement au Kōdōkan pour venir défier les élèves de Kanō. Affrontements qui n´auront de cesse de se multiplier au cours des années à venir jusqu´au dénouement, ô combien dramatique pour le Jū-Jutsu, en 1888, au cours d´un tournoi organisé par un organisme de la police nationale japonaise.

 

 

L´épineux problème des sources.

 


Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de se pencher, au préalable, sur les sources fiables dont nous disposons. En effet, il est communément admis que lors de ce tournoi fatidique, l´équipe représentant le Kodokan Jūdō a littéralement balayé les autres écoles de Jū-Jutsu, unies dans leur désir de détruire ce jeune art martial. Il existe tellement de versions différentes relatant les faits qu´il serait absolument impossible de toutes les consigner ici. Certains auteurs ont manifestement fait preuve d´une imagination débordante et se sont vraisemblablement laissés emportés par leur fougue tant ils ont donné de détails précis, rédigés sur un ton péremptoire qui ne laisse aucune place au doute et encore moins à la réflexion. Une simple recherche sur internet permet de s´en convaincre définitivement.

 

Le véritable problème, en ce qui concerne ce fameux tournoi, réside, d´une part, dans l´absence quasi totale de sources et, d´autre part, dans le fait que ces dernières, hormis celles directement reliables à  Jigorō Kanō, ne font jamais mention de ce tournoi, mettant ainsi très sérieusement à mal les théories avançées jusqu´ici et qui ont été très largement vulgarisées depuis près d´un siècle.

 

En 2007, dans son ouvrage Jūdō no rekishi to bunka( L´histoire et la culture du Jūdō), l´auteur, Tōdō Yoshiaki fait cette suprenante confession: „On prétend qu´en 1885, une rencontre opposant la branche Totsuka de l´école Yoshin et le Kodokan a eu lieu dans le dojo de la police métropolitaine, mais il n´existe aucune archive précisant les règles en vigueur“.

 


Tōdō Yoshiaki est professeur à l´université de Tsukuba, il est également 7ème dan de Jūdō et a rédigé de nombreux articles sur son art martial conjointement avec Murata Naoki, le responsable des archives au sein du Kodokan. En d´autres termes, lorsque Tōdō affirme qu´il n´existe aucune trace écrite concernant les règles utilisées au cours de ce tournoi, il ne s´agit pas là d´une affirmation fantaisiste mais, bien au contraire, d´une information fiable et dûment vérifiée.

 


Plus surprenant encore, aucun chercheur Japonais n´a, jusqu´à ce jour, réussit à trouver la moindre trace de l´événement dans la presse de l´époque, pas un article, pas une coupure de presse, pas une seule photo pour relater et commenter l´épisode. Les archives nationales japonaises sont, à ce sujet, entièrement muettes et n´apportent pas la moindre information, ni n´offent  le moindre détail.

 


D´autres éléments ajoutent à la confusion: en 1912, Ernest John Harrison, sujet Britannique, l´un des tous premiers Occidentaux à obtenir le shodan en Jūdō publie un livre intitulé „Figthing spirit of Japan“. Il s´agit là du premier ouvrage mentionnant le Jūdō rédigé par un „Gaijin“. E.J Harrison pratique assidument le Jūdō et se lie d´amitié avec certains grands noms de la discipline comme, excusez du peu, Mifune Kyūzō et Yokoyama Sakujirō. Au sujet de ce dernier, il lui consacre un chapitre entier intitulé „les souvenirs d´un champion“

   
Quand E.J Harrison fait la rencontre de Yokoyama au début du XXème siècle (1864-1912), ce dernier a la flatteuse réputation d´etre le plus brillant Jūdōka de sa génération. Harrison souhaite léguer à la postérité les exploits martiaux de celui qu´il considère comme un ami, amitié visiblement réciproque. Il l´invite donc un soir chez lui pour recueuillir ses confidences.

 

SakujiroYokoyama.jpg                                                                                   Yokoyama Sakujiro

 


A l´époque féodale, il existait de nombreuses écoles de Jū-Jutsu; je commençai la pratique (du Jū-Jutsu n.d.a) au cours de mon enfance sous la houlette d´un Maitre de la Tenjin Shin´yo ryū.  

 

A cette époque, les combats étaient très violents, parfois on pouvait meme mourir au cours d´un match; ce n´est pas un hasard si mes parents étaient préoccupés et qu´ils me faisaient systématiquement promettre de rentrer vivant à la maison.

 

Au cours des affrontements, peu de techniques étaient interdites, on n´hésitait pas à recourir aux coups les plus dangereux pour se défaire de  l´adversaire.

 

Ce n´est que plus tard que les techniques les plus dangereuses furent interdites, tant pour réduire les risques importants de blessure que pour rendre la discipline plus accessible et plus populaire.

   
A l´age de 23 ans, j´affrontai Samura Masahara du Takenouchi ryū , la rencontre se déroula dans le dōjō de la police métroplitaine et j´eus la chance de remporter la victoire.  

 

Quelques jours plus tard, dans le meme dōjō, je défiai Nakamura Haruze du Ryōi shintō ryū lequel venait à peine d´atteindre la plénitude de ses moyens physiques et qui avait la réputation d´etre le Jū-Jutsuka le plus fort de la région.

 

La rencontre dura 55 minutes, le temps le plus long jamais enregistré et se conclût sur un match nul; pousuivre le combat aurait pu nous occasionner des blessures, meme si nous étions préparés pour les supporter, aussi l´arbitre qui était le capitaine de la police Mishima Tsuyo, mit un terme à notre affrontement.

 

Ces deux combattants furent les meilleurs adversaires que j´eu à affronter dans ma vie. A cette époque, un classement des champions de Jū-Jutsu fut établit. Nakamura y était désigné comme le champion oriental et moi, comme le champion occidental.

 

La plupart de mes rencontres à l´époque se concluaient après 2 ou 3 minutes.

 

A partir de 1890, la passion pour le Jū-Jutsu commença à décliner et les ryūgi (écoles) se mirent à perdre toujours plus d´élèves, mais avec l´affirmation du Kōdōkan, elle reprit de la vigueur et il y a aujourd´hui des nouveaux enseignants compétents [...]

 

[...]En dehors du Kōdōkan, on retrouve d´autres Maitres renommés tels Imai de Okayama, comparable à un 5ème dan (du Kōdōkan n.d.a), Tanabe (il s´agit vraisemblablement de Tanabe Mataemon du Fusen ryū, expert en ne -waza n.d.a), lui aussi de Okayama et Yamamoto de Chiba tous deux comparables à des 4ème dan.

 

Les Yudansha du Kōdōkan sont éparpillés dans toutes les provinces du Japon, ou ils essaient de diffuser la discipline, certains ont meme émigré à l´étranger ou ils ont acquis une grande réputation.“

 


Comme nous pouvons le contaster, Yokoyama, au soir de sa vie, (il décède en septembre 1912) et,  alors qu´on lui demande de raconter ses exploits martiaux,  ne fait pas mention d´un tournoi au cours duquel le futur et la survie du Kōdōkan Jūdō était en jeu. Certes, il confirme avoir affronté des adeptes d´autres écoles mais ne parle pas de la grande rencontre qui nous intéresse ici. On peut légitimement se demander pourquoi un événement d´une telle importance et qui est considéré comme l´acte fondateur du Kōdōkan, et  comme la preuve absolue de la pertinence de la démarche entreprise par Kanō envers et contre tous, n´est pas évoqué dans les souvernirs de Yokoyama.  

 

En réalité, il semble que bon nombre d´informations au sujet du tournoi qui aurait opposé le Kōdōkan aux autres écoles de Jū-Jutsu proviennent de la meme et unique souce: Jigōrō Kanō.

 

 Les mémoires de Jūdō de Jigōrō Kanō (Judo memoirs of Jigoro Kano), rassemblées, compilées et traduites par Brian N. Watson nous permettent d´en savoir en peu plus sur l´événement.

 


A cette époque, le Jūdō avait acquis une flatteuse réputation. Aussi recevions nous des demandes toujours plus nombreuses de défis de la part de dōjō rivaux de Jū-Jutsu. Par conséquent, nous devions toujours nous tenir prêts et bien que les meilleurs compétiteurs du Kōdōkan étaient désireux d´accepter des adversaires venant du Japon tout entier, peu sont ceux qui se manifestèrent les jours ou des matches étaient organisés (au Kōdōkan n.d.a). Le peu de challengers qui se présentèrent furent, toutefois, vaincus. En partie grace à la réputation grandissante du Jūdō, l´administration de la police nationale décida de convoquer et de réunir tous les figures proéminentes de la nation en arts martiaux. Le Kōdōkan fut informé et prié d´envoyer des représentants. Ni Saigō, ni Tomita ne purent y assister, mais Yamashita, Yokoyama, Sato, Toharitaki et d´autres encore acceptèrent d´y participer.

 

Parmi les représentants du Kōdōkan, certains n´étaient pas des pratiquants de premier ordre, cependant, à partir du moment ou la police nous avait sollicité, nous étions contraints d´envoyer une effectif complet en réponse à leur demande. La compétition s´avéra plutôt hardue. Les matches qui attirèrent le plus l´attention furent ceux opposant les représentants du Kōdōkan à ceux de la fameuse école de Yōshin ryū  de Totsuka. La plupart de nos hommes exécutèrent correctement les techniques de projection, mais lors du travail au sol, certains d´entre eux se retrouvèrent souvent en difficulté. Cet évènement constitua pour nous une sérieuse prise de conscience et nous commençames à effectuer une révision urgente et une étude plus approfondie de nos techniques au sol.“

 

Les informations fournies par Kanō sont, dans ce contexte précis, fondamentales. En effet, nous apprenons que l´invincible Shirō Saigō ne faisait pas partie de l´effectif défendant les couleurs du Kōdōkan et que les élèves de Kanō ont eu maille à partir avec des adeptes de Jū-Jutsu versés dans l´art du ne waza (combat au sol). Ce témoignage direct tord ainsi le cou à deux légendes jusqu´ici tenaces: la présence systématique, en tant que grand champion, de Shirō Saigō dans les „défis“ relevés par le Kōdōkan au cours de ses jeunes années et la confirmation que les Jūdōka n´ont pas, loin s´en faut survolé les débats. Enfin, preuve est faite qu´ils possedaient déjà un certain bagage technique, quoique manifestement lacunaire, en ne waza. Tanabe Mataemon du Fusen ryū n´a donc pas véritablement été le révélateur de la faiblesse du Jūdō avec sa science du combat au sol comme il est communément admis.

 


Dés 1887, le jeune Kōdōkan avait commençé à acquérir une certaine réputation à l´échelle du pays. Cette réputation grandissante attira de nouveau l´attention de l´administration de la police nationale. En 1888, une compétition fut organisée entre 15 représentants du Kōdōkan et 15 autres de l´école Totsuka. 2 équipes de 10 combattants furent engagés. De surcroit, des „candidats libres“ affrontèrent d´autres pratiquants de Jū-Jutsu appartenant à d´autres écoles (différentes de celle de Totsuka n.d.a).

 

Parmi les représentants de l´école Totsuka se trouvaient deux de ses meilleurs élèves, Taro Terushima, un excellent tacticien, et Teisuke Nishimura. Terushima combattit contre Yoshigitsu (Yoshiaki ) Yamashita, Nishima fit face à Sato et Kawai affronta Katayama. A part deux ou trois matches nuls, tous les autres combats furent étonnament remportés par des représentants du Kōdōkan. Même si mes élèves avaient progressé, je n´attendais pas d´eux qu´ils remportent la compétition par une telle marge. Je crois que le résultat favorable était une réflection de leur esprit combatif. En dépit de la haute réputation de l´école Totsuka, mes élèves s´étaient montré à la hauteur et par conséquent s´était démontré loin d´être inférieurs (à leurs adversaires n.d.a).

 

A ce propos, les surveillants employés à la prison de Chiba étaient formés dans l´art du Jū Jutsu par des élèves de Totsuka. Suite à ces compétions, le préfet de Chiba accompagné par certains des hauts gradés de l´école Totsuka visitèrent le Kodokan pour assister à une conférence sur les méthodes d´entrainement en Jūdō. S´en suivit une démonstration de randori par Shirō Saigō. Hideyoshi Totsuka  fut apparement impressioné par la performance de Saigō et formula des appréciations favorables. Quand j´eus vent de tout ceci, j´en fus fort satisfait“.

 


Ce témoignage met de nouveau à mal les „versions officielles“ proposées au grand public comme celles rédigées par Patrick Lombardo et par tant d´autres encore. Yokoyama et Saigō n´ont visiblement pas participé à cette rencontre dont le dénouement, même s´ il est,en tout état de cause, invérifiable, est infiniment moins dramatique pour le Jū Jutsu que ne le laissent entendre certains „historiens“ auto-proclamés des arts martiaux. De fait, cet événement n´en est, de facto, pas un, et n´a pas eu d´incidence significative sur le développement exponentiel du Jūdō, ni sur la lente érosion du Jū Jutsu au cours des années à venir.

 

Nous sommes très loin de la rude réalité des compétions de Vale Tudo qui se développeront au Brésil dans la première moitiée du XX ème siècle, et surtout,  les enjeux et la rivalité étaient bien moins intenses entre les différentes factions par rapport aux versions généralement admises.

 

 Considérée l´absence totale  de sources  entièrement impartiales confirmant les dires de Kanō, et en confrontant les différents témoignages entre eux, il apparait très clairement que le fameux tournoi organisé par la police métroplitaine de Tokyō en vue d´assigner des postes d´instructeur appartient plus à la mythologie, savamment orchestrée et habilement entretenue par Jigōrō Kanō, qu´à un fait historique avéré et indiscutable.

Que des rencontres plus ou moins viriles aient eu lieu entre différents adeptes de certaines écoles incluant le Kōdōkan ne fait aucun doute. En revanche, leur importance et leur brutalité a été très largement surévaluée par toute une génération d´historiens vulgarisateurs. Les nombreux récits écrits par des adeptes des deux camps (Jūdō et Jū Jutsu) relatant les événements en question à travers des articles dans lesquel le sensationalisme le dispute au pathétique sont, d´un point de vue purement historique, majoritairement apocryphes et manquent singulièrement de rigueur.

La version des faits rapportée par Kanō a été admise en tant que telle, sans avoir été préalablement vérifiée.

 


Le Jūdō doit une grande part de son succès et de son expansion à ses méthodes d´entrainement révolutionnaires pour l´époque et non pas en raison de la supériorité, réelle ou supposée, de ses principes et de son répertoire technique. A cet égard, l´attitude de Kanō laisse une désagréable impression de parvenu. On pourrait se demander ce qui a pu le motiver dans cette voie pourtant très éloignée de ses grands principes. La réponse se trouverait elle in fine dans les „mémoires“ du Professeur Kanō?

 


Peu de temps après la chute du shogunat, le Jū Jutsu de l´école Totsuka avait atteint le summum de sa réputation. Des instructeurs de Tenjin Shin´yo ryū et de Kitō ryū avaient perdu face à des représentants de cette école lors de rencontres au Kobusho (centre d´entrainement militaires ou plusieurs styles de Jū Jutsu, entre autres disciplines martiales, étaient enseignés). Ainsi, mes étudiants et, en particulier Saigō qui s´était montré si brillant face aux hommes de Totsuka me firent un plaisir immense. Aujourd´hui encore, je garde de fiers souvenirs de ces jours passés“.

 


La mythologie créée par Kanō peut être interprétée comme un hommage aux traditions martiales anciennes japonaises. Les écoles de Jū Jutsu aiment à se référer à une figure mythologique ou historique, voire historico-mythologique pour expliquer leur génèse et l´origine de leurs incomparables techniques.

Kanō, homme résolument moderne et rigoureusement engagé dans une démarche scientifique ne peut pas faire référence à des forces surnaturelles qui l´auraient guidé ou à un improbable satori. C´est l´analyse subtile et exhaustive des grands principes physiques et la rigueur scientifique qui l´ont mené dans la création de son Jūdō.  Pouvait il  décemment imaginer une meilleure occasion que cette compétion organisée dans un cadre prestigieux et remportée sans coup férir pour assoir définitivement sa légitimité?

 Dans son esprit, ces rencontres auraient du symboliser le nécessaire passage de témoin entre l´ancien et le nouveau, entre la tradition surranée et le modernisme triomphant dans lequel le Japon tout entier  s´était engagé.

 

Lorsque l´on réalise que les premières informations au sujet de ce tournoi ont commencé à apparaitre dans les „témoignages“ de Kanō bien des années après les faits et sans qu´aucune source ou document ne vienne étayer substantiellement ses dires, on est en droit penser qu´il s´agit d´une  manipulation peu élégante et d´une contre vérité historique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Ashura - dans Histoire
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commentaires

Ashura 13/01/2014 19:34

Bonsoir Nicolas,

Effectivement, toutes les sources concernant ces rencontres remontent au Kodokan et plus précisément aux écrits de Jigoro Kano. Comme il est précisé dans l´article, aucune source totalement
indépendante ne vient confirmer les affirmations de Kano ce qui, d´un point de vue strictement historique, est très problématique.

Le personnage Kano est très ambivalent, je reste convaincu que Kano n´aimait pas les anciennes écoles, j´en veux pour preuve que les premiers ouvrages sur le Judo, celui de Yokoyama et, surtout
celui de Arima, sont très critiques, voire carrément méprisant envers les Ju-Jutsu anciens. Difficile de croire que Kano avait une opinion différente de ses élèves.

Contrairement à une idée fort répandue, Kano n´était pas véritablement un expert de Ju-jutsu, son expérience en tant qu´élève de l´école Tenjin Shin´yo est d´à peine deux années d´apprentissage
avec, de surcroit, pratiquement pas de partenaire de pratique. Son expérience en Kito-ryu est en revanche plus significative. Je crois également que Kano ne connaissait que la situation du Ju-jutsu
à Tokyo et qu´il était complètement ignorant de ce qui se passait dans les autres préfectures et qu´il n´a probablement jamais rencontré de véritable expert avant sa rencontre avec Ueshiba.

Les pérégrinations de Sokaku Takeda et ses leçons données au propre comme au figuré dans les commissariats de police de l´Archipel prouvent également que le Judo, même celui des origines, était à
peine plus qu´une pratique sportive et que son manque de profondeur technique a été plus néfaste au Budo japonais que bénéfique. Je crains que beaucoup d´éléments n´aient été perdus ou pire encore
qu´ils aient été encore plus jalousement gardés.

Nicolas 10/01/2014 13:22

Merci pour cet article. Il est vrai qu'une très grand part de ce qui nous est parvenu de cette époque des rencontres jujutsu/judo nous vient directement ou indirectement du kodokan (histoires
maintes fois relayées par internet).
Difficile de faire toujours la part des choses.

Un aspect qui est rarement abordé sur cette opposition est le fait que les anciens jujutsu (pas trop encore judoïsés) étaient quasiment toujours des pratiques où l'arme étaient considérée dans la
lutte... Là où le judo était plus spécialisé dans la lutte non armée (bien qu'ayant des kata incorporant des armes). Cela change à mon sens à la fois l'aspect technique de ces confrontations (sans
arme) et le type d'entrainement.
Toujours est-il qu'avec le succès du Judo et de ses méthodes, les jujutsu survivants se sont pour beaucoup judoïsés (avec des adeptes de haut niveau parfois soke, mais aussi gradés du Kodokan).

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